Entretien
" L'ODAC est mort en bonne santé "
Jacques Atlan, maire PS de Saint Jean de Védas, est conseiller général de l'Hérault, président de la commission culture. Il nous parle de l'après ODAC, de la carrière de la Peyrière et de la Communauté d'agglomération de Montpellier.
La Citoyenneté : A propos de la "mort-intégration" de l'ODAC (Office départemental de l'action culturelle), une rumeur circule selon laquelle l'ODAC est en difficulté financière. Qu'en est-il exactement ?
Jacques Atlan : L'ODAC n'est pas en difficulté financière, pour la bonne raison qu'il n'a de ressources financières que celles provenant du Département. L'ODAC est l'instrument, sous forme associative, de la politique culturelle du Département, donc il ne peut pas avoir de difficulté financière, puisque c'est le Conseil général qui lui donne toutes ses ressources. Par conséquent, si l'ODAC était en difficulté financière, il y aurait eu deux solutions, soit il n'y aurait plus eu de politique départementale en matière culturelle, soit le Département y aurait mis les moyens qu'il faut. Comme je l'ai déjà dit, l'ODAC est mort en bonne santé. Ce qui disparaît, c'est un sigle et une enveloppe, mais le contenu existe toujours et ne change pas. Il faut que cette structure qui a 20 ans corresponde à une réalité d'aujourd'hui, or il n'est plus pensable que la politique d'une collectivité puisse s'exprimer par une association indépendante, parce qu'il n'y a plus de lisibilité.
Aujourd'hui, le Département a fait un choix auquel j'adhère totalement. En effet, en accord avec le Président du Conseil général, André Vezinhet, j'approuve tout à fait cette reconsidération de la politique départementale. L'ODAC disparaît en tant qu'association, parce que c'était devenu une sorte d'usine à gaz, avec des personnels d'origines diverses. Il y avait des personnels mis à disposition par le Département, donc des fonctionnaires du Département ; il y avait des contrats de droit privé et une vingtaine d'emplois jeunes qui sont des emplois précaires. Donc, nous avons décidé, avec le Président Vezinhet, d'adapter la politique culturelle du Département avec une meilleure efficacité et une meilleure lisibilité. Cela veut dire que la structure n'est plus la même, mais que les missions vont continuer à être les mêmes. La meilleure preuve, c'est que tout ce personnel ne va pas être "fonctionnarisé" et ne va pas renter dans le service culture du Département. Tout ce personnel va continuer ses missions avec une décentralisation telle qu'elle existait auparavant. C'est-à-dire que nous allons créer quatre agences culturelles qui vont être détachées de l'administration centrale, qui auront un responsable qui ne sera pas l'administration centrale. Ces quatre agences vont correspondre aux quatre pays que le Président Vezinhet veut mettre en place, dans le cadre de "Hérault 2005". Ainsi, nous aurons toujours les missions anciennes de l'ODAC, c'est-à-dire le maillage du territoire, la proximité avec des agences qui vont être au contact des communes ou des intercommunalités. Il y aura donc l'agence du littoral, l'agence de l'est héraultais, l'agence des hauts cantons et l'agence de l'ouest biterrois.
La Citoyenneté : Qu'en sera-t-il des manifestations qui ont été jusqu'à présent assurées par l'ODAC ?
Jacques Atlan : Il y a des manifestations qui resteront incontournables, telles que le Mois de la Jeunesse, car c'est une compétence du Département en matière culturelle. De même, l'aspect économico-culturel de Primeurs d'Automne va aussi continuer, à la fois sur un caractère festif et sur un caractère de promotion des produits du Languedoc. Les Rencontres Méditerranéennes, quant à elles, vont continuer ; nous allons peut-être réfléchir à d'autres formes ; elles porteront peut-être un autre nom, mais surtout avec la politique que le Président Vezinhet est en train de mettre en place, en matière de coopération internationale, nous irons de plus en plus vers l'autre rive de la Méditerranée, c'est-à-dire que nous irons d'abord sur le continent vers Barcelone et Séville pour les problèmes de l'eau, pour l'aide que nous pouvons leur apporter grâce au savoir que nous avons en matière technologique et scientifique. En ce qui concerne le Sud, il y a des liens qui sont en train de se nouer avec le Maroc; le Président Vezinhet va aller en Algérie, en tant que Président de BRL pour les problèmes de l'eau, nous allons nouer des relations, et là il y aura encore une place pour l'échange des cultures.
Pour ce qui est du festival du Minervois, celui-ci étant à cheval entre l'Aude et l'Hérault, ce n'est pas très lisible comme action culturelle, et donc, nous allons très probablement le revoir. Le festival de la Vallée de l'Orb et les Hivernales du Rire continueront à être travaillés, peut-être sous d'autres formes.
Par conséquent, on peut dire qu'à 90 %, les missions de l'ODAC vont continuer à être remplies, sans aucun problème.
La Citoyenneté : Ces transformations au sein de l'ODAC ne représentent-elles pas une rupture avec le système de l'ancien Président du Conseil général, Gérard Saumade ?
Jacques Atlan : Il n'y a pas de rupture sur le fond. La preuve c'est qu'aujourd'hui, je suis encore responsable de la culture au niveau du Département. D'autant plus que j'ai été un ardent défenseur de Daniel Bedos, et si celui-ci est encore là, c'est parce que, contrairement à ce que voulaient certains, j'ai dit qu'il avait d'énormes qualités, car il avait une grande imagination.
En tous cas, moi étant là, je ne suis pas suspect de dire qu'on va se tourner vers les pays nordiques pour voir comment la culture entre Montpellier et ces pays-là pourra se faire. On reste bien toujours dans ce creuset méditerranéen.
La Citoyenneté : A propos de l'ouverture de la carrière de la Peyrière, quelle est votre position aujourd'hui ?
Jacques Atlan : Moi, je ne changerai pas de position. J'ai dit, et ça a été reproduit dans un journal, qu'entre un monument historique et la qualité de vie des générations futures, mon choix est vite fait.
La Citoyenneté : Cela ne risque-t-il pas d'altérer vos relations avec Georges Frêche ?
Jacques Atlan : Pas du tout, il m'approuve totalement. Il l'a dit publiquement avant-hier, il m'a téléphoné. D'ailleurs, je suis très indépendant au niveau du pouvoir que j'ai en tant que maire. Contrairement à ce qu'on peut imaginer, lorsque j'agis dans le cadre de mes pouvoirs, je ne demande pas l'autorisation à qui que ce soit. En général, je fais les choses et après je dis "c'est comme ça". C'est ce que j'ai fait avec Georges Frêche. D'après le Midi Libre de ce matin, le maire de Montpellier n'est pas demandeur de cette affaire, mais il y a eu des personnes de son équipe, notamment Passet qui s'occupe du patrimoine, qui ont pris ces initiatives. Moi, en tant que maire, je dois défendre un territoire pour des gens qui vont y vivre. Un monument historique, c'est bien, mais c'est un instrument du passé. Or, une vision du passé si belle soit-elle, ne doit pas pénaliser la vie des générations futures. Ce qui m'intéresse, c'est la manière dont les gens vont vivre, mais pas celle dont les gens vont regarder un monument qui remonte à trois ou quatre siècles.
Par conséquent, pour l'Arc de Triomphe, on s'aperçoit qu'après mon opposition, on peut trouver des pierres un peu partout. Le problème, c'est que c'était plus simple de venir ici à Saint Jean de Védas, parce que c'était à deux pas et qu'il n'y avait plus qu'à creuser. On n'a qu'à aller chercher ailleurs. Je considère que cet endroit est à préserver.
Comme je l'ai déjà dit, je crois que Monsieur Frêche est suffisamment responsable et intelligent pour comprendre la position du maire de Saint Jean de Védas. C'est comme si on lui demandait d'ouvrir une carrière à la Pompignane ou de creuser les rives du Lez pour prendre des pierres, il dirait qu'il veut préserver un cadre de vie pour les gens qui vont vivre dans ces endroits. Et donc, des pierres, on peut en trouver si on en cherche. En fait, tout cela est un test, dans une période où la Communauté d'agglomération est fragile. Le respect des maires et de la politique locale, surtout si elle noble, est une priorité.
La Citoyenneté : En ce qui concerne la Communauté d'agglomération de Montpellier, vous avez déclaré qu'il faut étudier l'éventualité de sanctions pour les communes qui ne veulent pas venir, notamment en matière d'avantages destinés aux habitants des communes qui feront partie de cette agglomération. Etes-vous toujours sur cette position ?
Jacques Atlan : Je suis toujours sur cette position. Je crois qu'il faut sanctionner le refus de voir l'histoire et la vie des gens évoluer. Si nous avons le tramway ici à Saint Jean de Védas, c'est parce qu'il y a une structure intercommunale qui peut le faire. De même, s'il y a une piscine d'agglomération à Saint Jean de Védas, moi en tant que maire, je n'aurais jamais pu la payer.
Du temps de l'ancien District, les contribuables de Saint Jean de Védas ont payé la piscine de Jacou, mais ils n'en profitent pas ; ils ont payé la piscine districale d'Antigone, on peut en profiter, mais elle n'est pas chez nous. Eh bien, demain, ce sont les autres qui vont payer pour nous. Donc, pour moi, il y a une solidarité, on ne peut pas profiter des équipements des autres, tout comme on ne peut pas avoir ses propres équipements, sans que l'on répartisse équitablement les efforts et les profits. Or, il y a des personnes qui veulent profiter, sans avoir à rendre des comptes à qui que ce soit, ce qui n'est pas normal.
Cela est regrettable pour les populations, mais celles-ci se donnent les dirigeants qu'elles veulent. Il faut donc assumer ses choix. Ainsi, à partir du moment où une population soutient une position qui n'est pas celle de la solidarité, je suis d'accord pour que cette population en soit privée. La seule solution, c'est qu'elle change de dirigeant, c'est le jeu démocratique des élections.
Saint Jean de Védas, le 08-02-2002
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Question à Jacques Atlan
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