Intercommunalité
Entretien avec Robert Lecou, maire UDF de Lodève et conseiller général de l'Hérault
Robert Lecou est maire UDF de Lodève et conseiller général de l'Hérault (canton de Lodève). Il est également membre du groupe de l'opposition au sein du Conseil général de l'Hérault. Il est candidat à la candidature pour les élections législatives d'avril 2002 sur la quatrième circonscription de l'Hérault.
Entretien
La Citoyenneté : A propos du projet "Hérault 2005", apparemment vous n'en êtes pas tout à fait satisfait ?
Robert Lecou : Le projet "Hérault 2005" est un grand concept. Mais au-delà des concepts, il faut vivre la réalité. Ce que ce projet organise, c'est une réflexion sur le département, mais ça n'échappe pas non plus à une réflexion sur les territoires à l'intérieur de ce département. Alors, il y a une confusion qui s'est établie entre le projet "Hérault 2005" et la réflexion départementale sur les périmètres de préfiguration des territoires à travers les pays ou les communautés d'agglomération.
Actuellement, le département de l'Hérault communique ce projet à travers un certain nombre de réunions, c'est la communication du Conseil général. Ce que je pense c'est qu'au fond, il faut aussi provoquer un débat avec les acteurs de terrain, c'est-à-dire ceux qui sont légitimement élus dans leurs communes, mais aussi les acteurs des mondes économique, social, culturel, sportif. Car quand on a une grande ambition comme ce projet "Hérault 2005", il ne faut pas la conserver pour soi, mais il faut la partager avec ceux qui sont sur le terrain, qui vivent au quotidien sur ces problématiques-là.
La Citoyenneté : Ce matin, à la session publique du Conseil général, lors du vote du contrat de ville 2001 entre le Département et la Ville de Lodève, vous avez émis des réserves. Quel point vous gêne à ce niveau?
Robert Lecou : C'est la démarche, la méthode qui me gêne. Le contrat de ville de Lodève, ce n'est pas un contrat en soi, c'est une des actions du département de l'Hérault dans sa politique vis-à-vis des villes moyennes. C'est le président Gérard Saumade qui avait initié cette politique vers les villes moyennes, car il avait considéré que le département est émaillé par un certain nombre de villes qui pouvaient former une espèce de réseau de villes. Au départ, il y avait des villes qui avaient signé un contrat avec le département de l'Hérault ; je crois qu'il s'agissait d'Agde, de Pézenas, de Lunel et de Bédarieux. Moi quand j'ai été élu conseiller général en 1994, j'ai immédiatement proposé que la ville de Lodève soit titulaire d'un contrat de ville, car Lodève me paraît être la ville symbole au niveau de l'aménagement du territoire, étant située dans les hauts cantons, dans un territoire rural, mais avec une ville rayonnante, une ville centre qui sert, à travers son territoire, le territoire, et qui est servie par le territoire. Donc, j'ai tout de suite considéré que la politique vers les villes moyennes était une excellente chose. D'ailleurs, en 1996, Lodève tout comme Clermont-l'Hérault ont signé un contrat avec le département de l'Hérault, on était alors passé de 4 à 6 communes qui avaient signé un contrat avec le département. Après, j'avais plaidé pour que des communes comme Saint-Pons-de-Thomières et Ganges puissent être titulaires de ces contrats, notamment dans le secteur des hauts cantons. Il est important de maintenir ces pôles à travers ces petites ou ces moyennes villes, car à travers ces pôles, il y a des services publics, il y a de l'activité économique, il y a des établissements culturels et sportifs. On voit bien qu'il y a l'ensemble des ingrédients qui font qu'un pays peut vivre. Ainsi, si on coupe tout ça, il n'y a plus de vie dans le pays. Alors, il est vrai que des politiques de ville comme celle que le département avait initiée sont, à mon avis, très bonnes.
Cette année, le contrat de ville de Lodève n'est toujours pas passé au Conseil général. Il a fallu que j'attende le 19 novembre pour que ce contrat soit proposé à l'approbation du Conseil général, et c'est trop tard. Nous avons proposé nos actions en début d'année 2001, après que des réflexions aient été menées entre les services de la ville et ceux du département, et que nous ayons, en conseil municipal de Lodève, délibéré sur ces projets d'action, dès le mois de janvier. Ce matin, je n'ai pas voulu soulever ce problème, car le climat était un peu pesant. Dès que le maire de Lodève intervient, on a l'impression qu'il faut le contrer de toutes parts et qu'il est sur un débat politicien. Or ce n'est pas du tout ça.
La Citoyenneté : Et concernant cet amendement qui exige l'adhésion de la Ville de Lodève au réseau gérontologique?
Robert Lecou : Alors là vraiment, je pense que la démarche au niveau de la forme du département n'est pas bonne. Par un amendement de ce type-là, il donne l'impression d'être un organisme de tutelle et de forcer une collectivité de base à adhérer à un schéma. Je pense que sur le plan politique, c'est une erreur de la part du président du département, André Vezinhet. D'autant plus que je l'avais dit clairement, mon intention c'est de favoriser la ville de Lodève à ce schéma gérontologique, parce que c'est intéressant et c'est utile. Mais le fait d'avoir émis un amendement en disant "si tu ne signes pas ça, je ne signerai pas ça", ce n'est pas une bonne chose.
La Citoyenneté : Mais ceci n'est-il pas dû au climat politique qui règne dans la région et surtout en période électorale ?
Robert Lecou : C'est dû tout d'abord au fait qu'en milieu d'année, il y a eu l'annulation des élections de Lodève, ce qui fait qu'on n'a pas voulu signer un contrat de ville avec le maire de Lodève avant que les élections municipales aient eu lieu. C'est pour cela que je n'ai pas souhaité faire un appel au Conseil d'État de la décision du tribunal administratif de Montpellier. J'étais sûr de mon bon droit. Il n'y avait aucune raison pour que les élections soient annulées en mars à Lodève, parce que le recours était non fondé. Par contre, les juges ont décidé d'annuler. Citoyenneté oblige, j'ai accepté le verdict des juges. C'est alors que j'ai décidé de me retourner vers le verdict populaire, c'est-à-dire que c'est la justice populaire qui devait choisir. Et la justice populaire a choisi, elle a confirmé l'élection du maire de Lodève qui a eu lieu au mois de mars. Cela s'est passé le 9 septembre, c'est pour cela que nous avons perdu du temps. Je ne trouve pas que le comportement du Conseil général soit démocratique ni cohérent.
La Citoyenneté : Est-ce que ce ne serait pas également dû au fait que vous soyez candidat aux élections législatives pour la 4ème circonscription de Montpellier ?
Robert Lecou : Il est possible aussi qu'on ne veuille pas me faciliter la vie, parce que je suis en effet déclaré comme étant candidat aux élections législatives. Mais c'est franchement une fausse position.
La Citoyenneté : Mais concernant ces élections législatives, Georges Vincent, maire (DL) de Saint-Gély-du-Fesc, est également candidat ?
Robert Lecou : Il y a en fait de nombreux candidats sur cette circonscription. Ce que je sais c'est que j'ai une légitimité pour être candidat, puisque je l'ai été en 1993 en tant que suppléant du maire de Saint-Gély-du-Fesc, Maurice Bousquet. A cette époque-là, j'ai fait loyalement mon parcours avec lui, j'appréciais l'homme, il a fait un bon score, nous avons fait un bon score. C'était l'époque où la circonscription avait encore été remportée par Gérard Saumade, parce que c'était une circonscription qui était faite pour le président du Conseil général. En 1997, à l'époque de la vague rose, j'ai été candidat tout seul, personne n'est venu se disputer sur la circonscription pour avoir l'investiture. Donc, puisque j'ai fait un bon parcours la dernière fois, il est normal que cette fois-ci je sois candidat.
La Citoyenneté : A droite comme à gauche, nous remarquons que la quatrième circonscription est convoitée par de nombreux hommes politiques. Ils disent tous qu'elle est facile à prendre dans l'après Gérard Saumade. Mais en fait, elle est facile à prendre pour qui ?
Robert Lecou : La quatrième circonscription est plutôt difficile. Il y a 129 communes et plus de 100 000 électeurs. C'est une circonscription où il y a de la ruralité, des villes-centres avec la problématique qui va avec, comme Lodève, Ganges, Clermont-l'Hérault. C'est une circonscription où il y a un quartier de Montpellier, le huitième canton. C'est une circonscription où il y a une ceinture de villes qui sont autour de Montpellier, comme Fabrègues, Saint Jean de Védas, Lavérune, Saint-Georges-d'Orques, Saint-Gély-du-Fesc, Saint Clément de Rivière. Donc c'est un territoire qui est très complexe, avec une multiplicité de problématiques. Mais cette circonscription m'intéresse, parce qu'à Lodève, j'ai une expérience, un vécu en tant que conseiller général et maire, où justement toute cette problématique de cohabitation de communautés diverses, de vécu de l'urbain et du rural, je la connais bien, j'ai quelque chose à faire et quelque chose à dire là-dessus. C'est pour cela que je suis candidat.
La Citoyenneté : Concernant ces communautés, Lodève abrite une forte communauté harki. Qu'a fait la commune de Lodève pour les harkis ?
Robert Lecou : La première chose que la commune de Lodève a fait pour les harkis, c'est de les accueillir, de les inviter à habiter à Lodève, à envoyer leurs enfants à l'école, à aller dans les associations de Lodève. Ensuite, Lodève a reconnu cette communauté, en mettant un lieu de culte à disposition, à travers une mosquée. Par contre, la ville de Lodève n'a pas de dette à l'égard de la communauté harki. Si cette dette existe, elle est au niveau national. C'est à l'État français d'avoir une attitude claire sur ce dossier-là. Donc, nous à Lodève, ce que nous avons su faire, c'est arriver à vivre ensemble ; mais ce n'est pas simple, car il y a des coutumes, des religions, des traditions, des habitudes qui sont parfois divergentes, souvent différentes. Dans une ville comme Lodève, où il y a un enracinement religieux très fort, avec notamment une cathédrale, le chef-lieu d'un diocèse, c'est déjà un bel effort et une belle chose que cette communauté lodévoise dans son ensemble a su réaliser, en disant qu'il faut que chacun ait son lieu d'expression cultuelle. Et la mosquée est quelque chose de symbolique, de très fort. Donc, je pense que la situation locale est déjà suffisamment complexe pour qu'on y rajoute une problématique qui est nationale et qui n'est pas locale.
La Citoyenneté : A propos de l'intercommunalité, vous siégez à la CDCI, vous êtes en communauté de communes ; à Montpellier, la CDCI a voté un périmètre pour une communauté d'agglomération à 38 communes. Quelle est votre position concernant la situation à Montpellier ?
Robert Lecou : Ma position a toujours été claire. Je l'ai dit au Préfet, Daniel Constantin, lors de la commission départementale de la coopération intercommunale, lorsqu'il a présenté le projet initial qui, depuis, a été annulé par le tribunal administratif et la cour d'appel. J'avais donc dit au Préfet qu'il ne me paraît pas souhaitable de proposer un périmètre qui s'impose à des collectivités qui ne le veulent pas. En matière d'intercommunalité, je suis partisan de travailler au maximum, par le biais de l'incitation au volontariat. C'est-à-dire qu'il est quand même normal de reconnaître, au titre de la légitimité, les personnes qui, localement (maires, présidents de communautés de communes), ont une mission qui leur a été confiée par le suffrage universel. Ces personnes ont quand même fait passer un message dans le cadre de leur programme électoral, et il faut en tenir compte. D'autant plus qu'on était à quelques mois des élections municipales, et que je trouvais qu'il n'était pas normal que l'on force des collectivités à adhérer à un périmètre de Communauté d'agglomération, alors que le débat allait se faire au mois de mars suivant sur l'intercommunalité. Depuis, les élections ont eu lieu, le Préfet qui a vu son arrêté annulé, a relancé la proposition d'un nouveau périmètre d'agglomération. Donc, il vient un moment où la loi s'impose, je ne peux qu'en prendre acte. Si la majorité de deux tiers est acquise, si la volonté préfectorale est en accord avec cette majorité de deux tiers, il est bien entendu que les personnes qui sont concernées par cette Communauté d'agglomération, soient respectueuses de la loi. Mais si ces personnes ont des arguments, sur le plan légal, qu'il faut faire valoir, je pense qu'elles sont en mesure de saisir les instances judiciaires pour que celles-ci se prononcent. Si les tribunaux considèrent que le droit a été respecté, alors là le périmètre s'imposera, parce que c'est la loi.
La Communauté d'agglomération est un territoire qui concerne la couronne et la ville de Montpellier. Mais sur la configuration des pays, tel que celui où se situe Lodève, avec Clermont-l'Hérault, Gignac, Saint-André, Montarnaud et Aniane, il y a un territoire autour de Pézenas et de Montagnac qui regarde plutôt vers la mer, vers Agde ; ces communes veulent alors se regrouper avec Agde. Si Agde est d'accord, je serai très respectueux de cette volonté au niveau de la base. D'autant plus que sur une vingtaine de communes, je crois qu'il y en a dix-sept qui ont délibéré en faveur de cette Communauté d'agglomération entre Agde et Pézenas.
Montpellier, le 19 Novembre 2001
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