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Quand l'école
donne une deuxième chance



Lancées en 1996, les "écoles de la deuxième chance" ont permis de récupérer des centaines de jeunes Européens ayant décroché du système scolaire traditionnel. Le bilan de ces projets pilotes de la Commission européenne est encourageant.

MARSEILLE, fin mai 2001. Des centaines de jeunes venus de tous les coins d'Europe s'affrontent sur des terrains de sport : foot-ball, volley-ball, basket-ball, etc. Ces matchs sont ponctués de manifestations culturelles. Le quatrième tournoi sportif des écoles de la deuxième chance (E2C) bat son plein.

"Cet événement peut paraître anecdotique, mais il résume très bien la philosophie des écoles de la deuxième chance", explique Edward Tersmette, responsable du projet à la direction générale de l'éducation et de la culture de la Commission européenne. "A cette occasion, des jeunes socialement défavorisés qui, dans bien des cas, n'ont jamais quitté leur pays, voire leur ville, s'embarquent dans des avions pour être projetés sur une scène européenne. C'est particulièrement valorisant. Cela leur donne un véritable coup de fouet sur le plan psychologique."

Et la psychologie est l'un des piliers du système pédagogique mis en oeuvre par les E2C. "Ces établissements vont au-delà du simple transfert de connaissances, caractéristique du réseau traditionnel de l'enseignement", commente Edward Tersmette. "Leur approche tend à intégrer toutes les dimensions de l'être humain en phase d'apprentissage, que ce soient le psychique, la santé ou l'environnement familial."


Un public cible différent


Fruit des recommandations du livre blanc sur l'éducation de 1995, et des initiatives qui en ont découlé, notamment en matière d'enseignement et de lutte contre l'exclusion sociale, les E2C s'adressent à un public différent de celui de l'éducation formelle. Il s'agit de jeunes adultes qui n'ont plus aucune obligation scolaire mais n'ont pas dépassé le cap du diplôme d'enseignement secondaire inférieur et souffrent de problèmes d'insertion dans le monde du travail ou, plus largement, dans la société. "Ce sont souvent des jeunes en révolte contre la société parce qu'ils ont subi de multiples revers et se retrouvent dans des situations de marginalisation. Ils affichent alors une attitude de défiance à l'égard des adultes."

C'est aux professeurs qu'il incombe, au premier chef, de restaurer cette confiance, d'où la nécessité pour les E2C de s'appuyer sur un corps professoral polymorphe, regroupant aussi bien des spécialistes du transfert des connaissances que des psychologues ou des travailleurs sociaux. D'où la nécessité, aussi, de privilégier un taux d'encadrement élevé ; il y a en moyenne deux fois plus d'enseignants par élève dans les écoles de la deuxième chance que dans le réseau traditionnel.

Enfin, rien ne serait possible sans l'engagement personnel des professeurs. "Les professeurs suivent chacun de leurs élèves, ce qui permet de tisser une relation humaine intense. Chacun a un nom et un visage", explique Edward Tersmette.

Les treize écoles de la deuxième chance réparties dans onze Etats membres de l'Union européenne signifient une nouvelle conception de l'enseignement et de sa vision des "échoués de la scolarité", comme le souligne Edward Tersmette : "Lorsque le projet a été lancé, certains experts ont émis des doutes quant à sa pertinence. Pour beaucoup, ceux que nous voulions ramener sur les bancs de l'école étaient un public perdu pour l'enseignement qu'il fallait tenter de réinsérer socialement par d'autres biais, comme les programmes de formation professionnelle, l'aide sociale ou, tout simplement, un travail, valorisant ou non. Les écoles de la deuxième chance reposent sur le pari selon lequel l'achèvement du processus général d'apprentissage est la meilleure garantie de réinsertion sociale."

Et qui dit réinsertion pense très vite travail, capacité à trouver un emploi au sortir d'un établissement de ce type. A cet égard, les relations avec les entreprises sont cruciales. Schématiquement, trois modèles cohabitent. Le premier lie chaque élève à une entreprise particulière, en fonction des capacités et des attentes de l'élève, ainsi que des besoins de ladite entreprise. Dans le deuxième modèle, plus flexible, l'école entretient une relation étroite tant avec les organismes tels que les chambres de commerce et les bureaux de placement qu'avec les employeurs de la région. Enfin, dans le troisième modèle, une grosse entreprise de la région prend une option sur un groupe d'élèves de l'école de la deuxième chance. "Le choix du modèle varie d'une culture à l'autre", commente Edward Tersmette. "Quoi qu'il en soit, l'idée de terminer la formation prédomine. Les écoles de la deuxième chance veulent aussi faire naître des ambitions personnelles et préfèrent faire l'impasse sur une offre d'emploi sans perspectives réelles d'épanouissement."


Les synergies avec la régénération urbanistique et sociale


La qualité des relations entre l'établissement et son environnement topographique et social est également cruciale pour la réussite d'un projet pilote type. Certaines villes ou localités, en général dans le sud de l'Europe, ont conçu un véritable plan de revitalisation architecturale, urbanistique, voire socio-économique, dans lequel l'école vient d'insérer. C'est par exemple le cas de Seixal, au Portugal, où l'E2C s'est installée sur le site d'une ancienne usine de liège, tombée en désuétude après la chute des colonies portugaises. Par contre, d'autres villes, comme Norrkoping, en Suède, préfèrent se concentrer sur des montages moins ambitieux, arguant des risques de stigmatisation qu'encourt un projet axé sur la réinsertion de personnes défavorisées. Question de culture.

L'intérêt de mener à bien pareil projet à l'échelon européen tient justement, en partie du moins, aux enseignements que leurs promoteurs peuvent tirer de leurs échanges d'expériences. La multiplicité est source de richesses. Les treize écoles font partie d'un réseau transnational : l'Association européenne des villes des écoles de la deuxième chance, qui a également pour vocation d'informer les autorités locales candidates à l'ouverture d'un établissement de ce type.

S'il est essentiel que les professeurs puissent partager leur expérience, il est tout aussi vital que les élèves participent à ce processus. Dans cette perspective, la projection de documentaires vidéo réalisés par les élèves sur leurs quartiers (comme ce fut le cas dans le cadre de la rencontre de Norrkoping, en mai dernier) leur permet de faire partager leur vision, toujours singulière, de leur environnement, de leurs racines, aux autres bénéficiaires des écoles de la deuxième chance. "La dimension européenne du projet les passionne. Cela leur permet de prendre du recul par rapport à leurs problèmes personnels, de se rendre compte que dans d'autres pays de l'Union européenne des gens de leur âge traversent les mêmes difficultés, et que ces difficultés relèvent d'une problématique sociétale plus globale dont ils ne sont pas les seuls responsables", conclut Edward Tersmette.



Une indéniable réussite


En tant que projets pilotes de la Commission européenne, les écoles de la deuxième chance ont vécu. La rencontre de Norrkoping, en Suède, au mois de mai, a officiellement clôturé cette phase. L'avenir des écoles de la deuxième chance devrait passer par leur intégration à l'action Grundtvig dans le cadre du programme Socrates.

Pour ce qui est des résultats, le rapport final montre que 55 % des élèves participent encore aux programmes de l'école de la deuxième chance. Sur les 3 503 élèves repris dans les statistiques, seuls 6 % sont sortis du dispositif à la suite d'un échec, alors que 11 % ont trouvé une nouvelle orientation en fonction d'attentes ou de dons particuliers et que 27 % ont terminé avec succès leur cycle d'étude. Il est vrai que les moyens mis en oeuvre sont importants, tant du point de vue humain (un enseignant pour six élèves, contre douze élèves en moyenne pour le réseau d'éducation secondaire traditionnel) que du point de vue matériel (moins de quatre élèves par ordinateur, contre vingt-huit en moyenne). Aussi, le coût moyen d'une année d'étude est de 7 901 euros, alors que le coût moyen par élève dans l'éducation secondaire est estimé à 4 696 euros. "Les résultats montrent que si on met les moyens et qu'on change les méthodes, on peut récupérer le jeune. La question qui se pose est de savoir si dans le système d'enseignement traditionnel, on est prêt à investir davantage dans une optique de prévention, ce qui coûterait moins cher à la société", commente le responsable du projet.

Source : Commission européenne


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