Collection "Que sais-je ?"
L'esclavage
LE terme "esclavage" s'étend à deux systèmes profondément différents. La distinction historique en est imprécise et subtile.
Il y eut d'abord le type de servitude couramment qualifié d'"ancien" ou "doux". Il constituait une atténuation du sort des captifs. Ceux-ci avaient la possibilité d'échapper à la mort en se donnant au maître, pour ce que nous appellerions aujourd'hui "le minimum vital". La "corde au cou" pour la "franche lippée" a ainsi heureusement supplanté l'anthropophagie. C'est pourquoi l'institution a fait si longtemps figure de progrès. L'affamé, l'ennemi malheureux ont pu, grâce à elle, trouver auprès du maître les moyens de production nécessaires pour survivre. Système éminemment utile aux deux parties : le serviteur échappe à la mort et le maître augmente son cheptel vif d'un travailleur dont la consommation réduite va lui permettre d'améliorer la sienne. Telle est la raison pour laquelle une religion aussi fortement pénétrée de l'idée égalitaire que le christianisme a si longtemps hésité à se prononcer franchement contre cette institution.
Mais sous sa seconde forme, l'esclavage va se répandre progressivement comme un critère de ségrégation du niveau de vie, le plus souvent à base raciale.
La seconde forme d'esclavage découle, en quelque sorte, de l'abus de la première.
Les penseurs chrétiens ont eu raison d'approuver la première forme d'esclavage, grâce faite au vaincu. Les rois mercantilistes et les négriers blancs du XVIIe au XIXe siècles ont fait preuve d'hypocrisie lorsque, se retranchant derrière l'autorité des Pères de l'Eglise, ils suscitaient des querelles avec les tribus de couleur qu'ils avaient le dessein d'asservir.
Si les sociétés esclavagistes ont été florissantes, c'est grâce à une source permanente d'énergie humaine. Celle-ci, les multitudes de races étrangères la leur ont fournie, avant l'apparition des forces motrices modernes et la création, par les zootechniciens, des nouvelles races d'animaux domestiques de travail.
L'esclavage - 128 pages
de Maurice Lengellé
Presses Universitaires de France, 1992
Collection "Que sais-je ?"
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