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Portrait

Jacques Atlan
Maire PS de Saint Jean de Védas (Hérault) et conseiller général du canton de Montpellier 8



Jacques Atlan est le maire PS de Saint Jean de Védas (Hérault) et conseiller général du canton de Montpellier 8. Il est président de la Commission culture au sein du Conseil général. Il est également vice-président de la Communauté d'agglomération de Montpellier.


Entretien


La Citoyenneté :
Quel est le point de départ de votre carrière politique ?
Jacques Atlan : Je suis rentré relativement tardivement en politique, parce que j'ai été très absorbé par mon activité professionnelle jusqu'en 1977. Dans les années 80, cette activité militante, politique et citoyenne m'intéressait. Donc, en 1989, j'ai commencé par les élections municipales qui ont été le point de départ de mon activité politique. Ainsi, pour la troisième fois, je suis réélu maire de Saint Jean de Védas.
Comme je considérais que l'activité de maire était compatible avec un autre mandat local très important pour le territoire, celui de conseiller général, j'ai donc, en 1995, décidé de me présenter aux élections cantonales. Cela suffit très largement à mes désirs et à combler mon envie de m'investir dans la vie politique. Y aller au-delà ne m'intéresse pas, parce que j'estime que la mission de maire et celle de conseiller général sont vraiment des missions de terrain, et qu'il y a une activité dont on est à peu près le maître, et dont on voit les effets, alors que des mandats électifs plus élevés sont beaucoup trop détachés, à la fois de la gestion locale, du contact avec les gens et surtout de l'efficacité.

La Citoyenneté : En termes de lecture, quels sont vos auteurs ou vos livres de référence ?
Jacques Atlan : Je n'ai malheureusement plus le temps de lire beaucoup. Mais je suis plutôt dans le classique qui a forgé chez moi quelques idées fortes: Victor Hugo, notamment, mais également les auteurs du siècle des Lumières, qui a fait accéder une grande partie de l'humanité à des idées nouvelles.

La Citoyenneté : Vous aimez donc les auteurs engagés, vu que Victor Hugo était lui-même engagé ?
Jacques Atlan : Victor Hugo était un personnage contesté. Si on le resitue uniquement dans son époque, il est vrai qu'on peut imaginer qu'il ne représente pas un idéal auquel on pourrait souscrire. Mais avec le recul, on s'aperçoit qu'il avait des idées qui, aujourd'hui, continuent d'exister sous une autre forme. Et puis après, il y a tous les auteurs qui ont parlé de la condition humaine, depuis Zola jusqu'à Albert Camus et Sartre.
J'avoue que je n'adhère pas beaucoup au roman nouveau. J'aime beaucoup la littérature sud-américaine, parce qu'elle représente l'expression d'un monde nouveau, très éloigné de nous, et la vision de ces problèmes est très importante pour comprendre notre façon d'agir et notre histoire.
Je ne parle pas de mes origines dont je suis très fier et qui sont celles de quelqu'un qui est né dans le Maghreb, dans une famille installée là-bas depuis avant 1830. Au niveau politique, je me sépare beaucoup d'une certaine vue de l'Algérie, dont je suis originaire, mais on peut englober toute la civilisation du Maghreb. Et c'est la raison pour laquelle je suis très attaché à ce souvenir, qui est très fort en moi, de mes origines qui préexistent à l'arrivée de la France en Afrique du Nord. Je suis très fier de dire que je suis un kabyle.

La Citoyenneté : Quels sont vos goûts en musique, d'autant plus que vous êtes président de la commission culture au Conseil général ?
Jacques Atlan : C'est à partir de mon action municipale que j'ai accédé à l'action publique en matière culturelle. Je dois dire que c'est mon activité politique qui a fait émerger au contact des gens que j'ai rencontrés, un goût pour l'action culturelle.
Pour ce qui est de la musique, j'aime tous les styles. Mais j'avoue qu'à part le plaisir d'écouter de grands classiques, qu'on ne peut pas ne pas aimer si on a besoin de s'élever un peu en écoutant de très belles musiques, la musique métissée me plaît beaucoup, car il y a une richesse, une confrontation, une émergence de sentiments qui sont plus perceptibles que dans une oeuvre de Mozart ou de Beethoven. C'est quelque chose qui est beau, que l'on reçoit, qui peut donner des émotions, mais qui est détaché d'un contexte dans lequel on vit. Alors que les musiques actuelles sont des musiques auxquelles on est confronté et qui émanent de gens que l'on voit.

La Citoyenneté : Avez-vous un goût pour la musique maghrébine ?
Jacques Atlan : Je peux parler de l'histoire de ma fille qui est née d'une mère métropolitaine et d'un père qui a ces origines. Ce qui est très curieux, c'est qu'elle a éprouvé le besoin - puisqu'elle a fait des études classiques de musique instrumentale et qu'ensuite, elle a travaillé sa voix - de s'engager dans cette culture musicale arabo-judéo-andalouse du bassin méditerranéen. Je crois qu'elle est devenue aujourd'hui une artiste assez reconnue sur le plan des civilisations à travers la musique. D'autant plus que c'est très surprenant qu'elle puisse chanter des choses extrêmement compliquées à comprendre et à restituer. Comment expliquer qu'une jeune femme qui n'est pas née dans ce pays, puisqu'elle est née en France, puisse retrouver dans son inconscient et dans sa personnalité quelque chose qui est enraciné ? Aujourd'hui, elle est totalement plongée dans ce mélange des trois cultures au travers de la musique : le Moyen-âge occidental, la tradition juive en Afrique du Nord qui préexistait aussi bien avant, et ensuite en Espagne, lorsque ce pays a vécu ce mélange entre les cultures juive, chrétienne et musulmane entre le VIIIème et le XIIIème siècle.

La Citoyenneté : Quel est le plus beau souvenir de votre parcours politique ?
Jacques Atlan : Quand on est élu, quand on est reconnu d'une certaine manière, à travers un suffrage, il est évident que c'est un bon souvenir. Mais il y a d'autres bons souvenirs. Il y a également des mauvais souvenirs, car on est confronté au jugement des autres qui n'est pas uniforme.

La Citoyenneté : Pour ce qui est des dernières élections municipales et cantonales, était-ce un bon ou un mauvais souvenir ?
Jacques Atlan : Les dernières élections ont été extrêmement difficiles pour moi. Et donc, je peux dire que ça a été une belle victoire. J'ai l'habitude de dire que seule la victoire est jolie, mais quand on prend des coups en matière politique, il faut avoir aussi la volonté et le courage de ne pas baisser les bras et souvent, on est confronté à des moments difficiles. Mais vu qu'on a fait ce choix, il faut être soumis au jugement des autres, qu'il soit bon ou mauvais.

La Citoyenneté : Avez-vous un homme politique modèle ?
Jacques Atlan : Je choisirai quelqu'un qui n'a pas réussi. Cela peut paraître curieux. Mais c'est peut-être parce qu'il n'a pas réussi que je le prends comme modèle. Au niveau d'une certaine éthique, d'une certaine volonté et de la preuve que l'on n'arrive pas à faire ce que l'on veut, parce qu'on est incompris ou oublié, je prendrai comme homme politique modèle Mendès France.

La Citoyenneté : Parce qu'il était en avance par rapport à son époque ?
Jacques Atlan : Je crois qu'il était en décalage par rapport à son époque. Il avait beaucoup de courage. Il avait des handicaps. Les gens qui naissent avec une cuillère d'argent dans la bouche, qui sont les fils de quelqu'un et les petits-fils de quelqu'un d'autre, ceux-là ne m'intéressent pas, parce qu'ils ont la voie ouverte, et qu'il n'y a pas de difficulté pour eux. Par contre, les gens qui rencontrent des difficultés, qui sont en décalage et incompris, et chez qui après, on peut retrouver des lignes de force, des pensées, même s'ils n'ont pas réussi, si on est d'accord avec ça, là je trouve que c'est bien. Mendès France a été dans l'action politique à un des moments les plus difficiles de l'histoire française, d'abord par ses origines, ensuite par des actions qu'il a entreprises au niveau de la période indochinoise, de l'occupation de l'Indochine, de la guerre d'Indochine, ensuite de la Tunisie, et puis après en France. C'est quelqu'un qui a été assez courageux pour faire émerger des idées de progrès humain, mais il ne les a pas mises en oeuvre, puisque très rapidement il a été balayé par un environnement.
On pourrait dire pourquoi pas de Gaulle, mais ce dernier n'avait pas la même vision humaniste, il avait une vision beaucoup plus nationaliste. L'affaire de l'Algérie a montré cela avec les drames que ça a entraînés, parce qu'on aurait pu imaginer autre chose.

La Citoyenneté : Si un jour, vous ne faites plus de politique, qu'est-ce que vous aimeriez faire ?
Jacques Atlan : J'ai 63 ans. Je terminerai mes deux mandats au Conseil général et à la municipalité à l'âge de 69 ans. Je n'ai pas l'intention d'aller au-delà. Parce que je pense qu'il faut laisser aux gens qui font quelque chose, notamment en matière politique, la durée pour pouvoir démontrer le fil d'une action et son déroulement. Mais j'estime qu'il y a un nombre d'années pendant lesquelles on a ou on n'a pas fait des choses. Si on a l'impression qu'on est arrivé au bout de ce qu'on avait envie de faire, il faut vite arrêter. Donc, pour moi, ça fera 18 ans de présence dans l'action publique. En 18 ans, j'aurai réussi ou échoué. D'autant plus que j'estime qu'à 69 ans, je n'aurai pas la même vision que quelqu'un qui a 20 ans de moins que moi.
En ce qui concerne ce que je ferai après, je suis un homme de la mer méditerranée, je navigue, parce que la Méditerranée est pour moi un symbole extraordinaire de peuples, de cultures, et je me sens bien quand je suis là. Donc, je resterai autour de la Méditerranée, que ce soit au Nord ou au Sud.

La Citoyenneté : Y a-t-il un pays qui vous plaît plus particulièrement, autour de la Méditerranée, en dehors des pays du Maghreb ?
Jacques Atlan : Si j'excepte le Maroc et l'Algérie, je choisirai la Grèce. Mais la Grèce, non pas dans son histoire mythologique. Ce qui m'intéresse dans les pays, ce n'est pas leur histoire passée, mais c'est la manière dont ces pays vivent et évoluent aujourd'hui.

La Citoyenneté : Avez-vous un conseil à donner aux jeunes qui veulent faire de la politique ?
Jacques Atlan : Je leur dirai d'abord de ne pas être trop pressés. Ensuite, je leur demanderai d'être prêts à assumer beaucoup de choses difficiles. Et donc, on peut ou on ne peut pas. Par conséquent, il faut avoir du tempérament, une vision claire du but vers lequel on veut aller. Il ne faut pas faire de la politique, parce qu'on voit le voisin réussir. C'est une recherche que l'on doit faire en soi, et puis ensuite, soit on fait de la politique seul, ce qui est difficile, soit on la fait avec des gens autour. Donc pour moi, la politique ne peut pas se faire s'il n'y a pas une certaine solidarité avec des gens qui sont autour de la personne. On ne fait pas de la politique dans sa tour d'ivoire.

La Citoyenneté : Quels sont vos goûts en gastronomie ?
Jacques Atlan : Mes goûts en gastronomie sont liés à mes origines, à ma famille, à tout ce qui m'a nourri. Par plaisanterie, je dirais que ma femme fait le couscous presque aussi bien que ma mère, mais elle le fait très bien.

La Citoyenneté : Avec quelle ville Saint Jean de Védas est-elle jumelée ?
Jacques Atlan : Nous sommes jumelés avec une petite ville espagnole qui est près de Murcie. En fait, avant la guerre civile espagnole de 1936, il y avait à Saint Jean de Védas une grosse colonie d'immigrés espagnols qui venaient de ce village et qui étaient aussi mal accueillis ici à l'époque que le sont aujourd'hui certains milieux. Nous avons de bons échanges. C'est le seul jumelage que nous avons, parce que nous nous y impliquons beaucoup et nous ne voulons pas trop mélanger. Mais j'avoue que franchement, un jumelage avec une ville du Maghreb me plairait beaucoup.

Saint Jean de Védas, le 08-02-2002

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