Portrait
Jean-Marcel Castet Maire de Jacou et conseiller général de l'Hérault
Jean-Marcel Castet est le maire PS de la commune de Jacou (Hérault). Il est également conseiller général du canton de Castries.
Entretien
La Citoyenneté : Quel est le principal trait de votre caractère ?
Jean-Marcel Castet : Au niveau politique, il ne s'agit pas d'une carrière. C'est un engagement militant. Concernant ma carrière, j'ai travaillé dans les transports. Ce que j'apprécie, c'est que j'ai tout fait. J'ai commencé comme receveur à Paris. Ensuite, j'ai été conducteur, puis agent de maîtrise. Je suis venu en province, parce que j'ai suivi ma femme. J'ai alors mis en place le service commercial, puis le service de formation professionnelle, etc. Et aujourd'hui, je suis président de la SODETRHE. Ce qui est intéressant, c'est de faire la boucle de tous les emplois, en commençant par le bas. Donc le principal trait de mon caractère, c'est l'engagement.
La Citoyenneté : Comment est venu cet engagement politique ?
Jean-Marcel Castet : J'ai eu un engagement syndical. A l'époque, les mouvements de jeunesse étaient assez forts, et donc j'ai fait partie de la JOC (ndlr : Jeunesse Ouvrière Chrétienne). J'ai commencé à travailler à 14 ans. La JOC imposait une adhésion syndicale, et j'ai adhéré à un syndicat. J'ai alors représenté les apprentis au premier congrès de la CFDT. Mais, contrairement au niveau professionnel, au niveau syndical, j'ai commencé par le haut. Ainsi, à 17 ans, j'ai été au bureau confédéral, à 22 ans, j'ai été responsable de fédération, et à 35 ans, j'ai été militant de base. Au niveau politique, j'ai adhéré, au moment de la signature du programme commun, parce que je trouvais que le mouvement syndical ne pouvait pas rester sans s'intéresser à ce qui se passait en politique. J'ai alors choisi le parti politique qui était le moins éloigné de mes idées. Je n'ai jamais eu de responsabilité politique autre qu'élective, c'est-à-dire que je n'ai jamais été secrétaire de section ou trésorier, par exemple. Pendant longtemps, j'ai été adhérent uniquement financièrement.
La Citoyenneté : Quel est votre plus beau souvenir politique ou syndical ?
Jean-Marcel Castet : Au niveau politique, j'espère que ce sera demain... Au niveau syndical, c'est d'avoir organisé le 1er mai 74 le rassemblement de la Courneuve, entre les deux tours des élections présidentielles. On avait alors organisé un rassemblement pour le candidat de la Gauche, qui était François Mitterrand. A l'époque, l'extrême droite avait menacé les défilés du 1er mai. Donc, on avait préparé une manifestation dans un endroit clos. Étant donné que j'avais une formation commerciale, on m'avait demandé de m'occuper de l'organisation, notamment de celle des buvettes. On avait vendu environ un million de bouteilles de bière.
La Citoyenneté : Si vous n'aviez pas fait de la politique, qu'auriez-vous aimé faire?
Jean-Marcel Castet : La politique, ce fut un hasard. J'ai travaillé à 14 ans. Aujourd'hui, j'ai 43 ans de cotisations. Donc, c'est un engagement militant qui a fait que j'ai ces responsabilités. Je considère que ce que j'ai fait au niveau carrière, c'est une carrière professionnelle dans les transports, dans deux entreprises, une de 40.000 salariés qui était la RATP, l'autre où, lorsque j'y ai débuté, il y avait 173 salariés. J'ai pu changer de fonction et avoir des promotions tous les deux ans, dans les deux entreprises.
La Citoyenneté : Avez-vous un homme politique comme modèle ?
Jean-Marcel Castet : Il y en a deux: Michel Rocard et André Mauroy. Pendant longtemps, je me suis reconnu dans les idées de Rocard, qui était plus un défricheur qu'un gestionnaire. Mauroy, parce qu'il a symbolisé le tribun socialiste qui a mis en place un certain nombre de réformes, et qui est parti lorsque ces réformes étaient arrêtées. Donc, je pense qu'en 1981, Mauroy a eu un rôle important, il est parti au bon moment. J'ai été très proche de Delors pendant quelques années, parce qu'on a habité près l'un de l'autre, en région parisienne; à l'époque, il était expert économique à la CFDT. Donc, très souvent, on prenait le bus ensemble. Je le considère plus comme un fonctionnaire qui a fait de la politique que comme un homme politique réel, il a fait de la politique par force.
La Citoyenneté : Quels sont vos auteurs préférés ?
Jean-Marcel Castet : Ce sont certainement les traditionalistes. Et parmi ceux-ci, il y a Victor Hugo.
La Citoyenneté : Parce qu'il était engagé?
Jean-Marcel Castet : Parce qu'il était engagé et ambigu. Un autre auteur est beaucoup moins connu, il s'agit de Van Der Meersch ; il a écrit sur le mouvement social, notamment dans le nord de la France.
La Citoyenneté : Quels sont vos goûts en musique ?
Jean-Marcel Castet : Je ne connaissais pas du tout la musique. Mon épouse aime beaucoup cela, donc elle va souvent aux concerts. Ce que j'aime bien, c'est Mozart, je trouve qu'il est tout à fait au-dessus des autres. Ce que j'aime à l'autre bout de la chaîne, ce sont les musiques populaires du Cap Vert, notamment la Morna. Le Fado a un côté un peu excessif, et la Morna est une nostalgie dynamique, ce que je trouve assez fabuleux.
La Citoyenneté : Quelle est votre devise ?
Jean-Marcel Castet : J'en ai au moins deux. J'en ai une pour la commune : c'est une réflexion de Bernadotte, à qui on faisait remarquer qu'il disait qu'il était un roi, alors qu'il n'était même pas un noble, puisqu'il n'avait pas d'ancêtre ; il répondit alors qu'il était lui-même un ancêtre. Il se trouve que chacun de nous a une histoire familiale, religieuse, historique..., mais qu'en même temps, nous créons de toutes pièces quelque chose. L'autre devise, c'est d'être avec sa famille d'engagement militant, d'être éventuellement un pas devant, mais si on est deux, on ne sert plus à rien. Donc, quelque part, non seulement on se coupe, mais on risque de se trahir. Dans les mouvements de jeunesse où j'étais, la devise était "voir, juger, agir".
La Citoyenneté : Quelle qualité préférez-vous chez un être humain ?
Jean-Marcel Castet : La première, c'est la sincérité, car sans cela, on ne peut rien construire. Je crois qu'on peut avoir des désaccords, mais si les gens sont sincères, on les surmonte. Je suis originaire du Sud-Ouest. Ici, je me refuse de rentrer dans des stratégies de "lui, il m'a dit que tu lui as dit que...". J'aime que l'on me dise les choses en face, car moi je fais de même. Cela surprend beaucoup.
La Citoyenneté : Que pensez-vous des conseils de jeunes qui sont mis en place par des élus adultes ?
Jean-Marcel Castet : Il y a toujours une ambiguïté, c'est-à-dire que j'ai un peu de mal à me situer. Autant un apprentissage est positif, autant il y a toujours un risque de manipulation. Par exemple, l'affiche du Conseil général avec un jeune portant le ruban tricolore, je trouve que ce n'est pas une bonne chose. J'aurais préféré qu'on lui mette le symbole du Département. Il ne faut pas singer les gens, car ces jeunes ne sont pas maires. D'autant plus qu'au Conseil général, on ne porte pas l'écharpe tricolore. Par contre, j'ai vu des conseils municipaux de jeunes, il y en a un qui termine son mandat de deux ans à Castries. Ces conseils ont tout connu, y compris un changement de mairie ; ils avaient une maturité très grande, ils avaient un budget, ils ont pu réaliser des choses, donc c'est en même temps très formateur. Mais il faut que les adultes soient très responsables pour que ce soit formateur pour les jeunes. J'ai vu d'autres cas où les jeunes étaient là pour "servir la soupe à des adultes" pour des réunions publiques, entre autres. Je ne trouve pas cela digne. Il est vrai que jusqu'à présent, je n'ai pas du tout eu d'action positive sur ces mouvements, parce que j'ai cette réticence. Ceci étant dit, ne rien faire, ce n'est pas la solution. Saint-Paul disait : "Toute faute est pardonnable, sauf celle de ne pas faire de faute". Ainsi, quand on est engagé, on ne peut pas ne pas avoir d'action.
La Citoyenneté : Que pouvez-vous conseiller aux jeunes qui veulent faire de la politique ?
Jean-Marcel Castet : S'engager, avoir des expériences, faire des erreurs. Ce que je crains c'est qu'aujourd'hui, l'échec est souvent irrémédiable.
La Citoyenneté : Si un jour vous ne faites plus de politique, qu'aimerez-vous faire ?
Jean-Marcel Castet : Je serai toujours militant. Par exemple, en plus des transports, il y a une autre activité où j'ai tout fait, pas à un haut niveau, c'est le rugby, j'ai joué à tous les postes, j'ai été dirigeant à tous les postes, c'est-à-dire que j'ai été trésorier, secrétaire, vice-président, président. Je trouve que ce qui est intéressant, c'est de tout faire dans un engagement. Le fait d'avoir une activité associative, professionnelle et politique fait qu'on acquiert un certain nombre de connaissances. Lorsque je suis venu à Montpellier, je souhaitais donner un coup de main à des gens qui avaient envie de faire des choses, mais rester dans un rôle purement technique. D'ailleurs, les responsabilités que j'avais avant étaient plus importantes que celles que j'ai aujourd'hui.
Jacou, le 25-01-2002
A lire aussi : Jean-Marcel Castet commente l'actualité
|