Portrait
Norbert Etienne Maire de Murviel-lès-Béziers et conseiller général de l'Hérault
Norbert Etienne est le maire PC de la commune de Murviel-lès-Béziers (Hérault) depuis 1995. Il est également conseiller général du canton de même nom.
Entretien
La Citoyenneté : Comment êtes-vous venu à la politique ?
Norbert Etienne : De toute manière, j'ai une âme de militant, et je suis dans la vie associative depuis pratiquement mon adolescence. J'étais déjà, à vingt ans, secrétaire-fondateur, avec un ami à moi, d'une équipe de rugby. A cette époque, la majorité était à 21 ans, et c'étaient nos parents qui signaient. J'étais président d'un comité des fêtes, alors que je n'avais que 20 ou 21 ans dans mon village. Bref, j'ai toujours été un militant, et puis très naturellement, j'ai milité au sein du Parti Communiste, entre autres.
La Citoyenneté : Depuis combien d'années faites-vous de la politique ?
Norbert Etienne : Je fais de la politique depuis l'âge de 18 ans. J'étais à l'Ecole Normale à Montpellier, et mon premier engagement politique, c'était au moment de la guerre d'Algérie, en 1958. Trois de mes frères se sont succédés en Algérie. Je vivais dans l'angoisse de voir l'un d'eux tué en Algérie, puisque deux personnes originaires de Saint-Chinian y sont mortes. Je pensais que cette guerre était injuste, parce qu'on ne gagne pas face à un peuple qui veut une patrie. Donc mon premier engagement fort, c'étaient les manifestations pour la paix en Algérie, autour des années 59. Et croyez-moi, nous n'étions pas nombreux pour l'indépendance de l'Algérie; quand on faisait une manifestation, on était une centaine, surtout des étudiants. Il y avait certainement plus de CRS en face de nous, mais cela a changé à la fin.
La Citoyenneté : En quelle année a commencé votre premier mandat de maire ?
Norbert Etienne : En 1995. Je suis élu à la mairie de Murviel-lès-Béziers depuis trente ans. J'ai été élu adjoint au maire de Murviel-lès-Béziers en 1977. Il est vrai que j'ai été beaucoup sollicité par un camarade qui était maire avant moi pendant de nombreuses années, pour que je prenne la place de maire. Je n'ai pas voulu le faire tant que je ne pouvais pas me mettre à mi-temps à mon poste d'enseignant. Dès que j'ai pu le faire, non seulement j'ai pris la place de maire, mais je me suis présenté aux élections cantonales, ce que je n'avais jamais fait.
La Citoyenneté : Quel est votre plus beau souvenir en politique ?
Norbert Etienne : J'en ai de multiples. Je crois que les points de bonheur que nous avons, nous en tant qu'élus locaux, c'est chaque fois que nous inaugurons un équipement fort ou une direction dans nos villages, dans une optique qui nous tient beaucoup à coeur. Par exemple, je crois que la plus belle réussite que j'ai eue dans mon action politique, c'est au niveau des logements sociaux, au niveau de la requalification du centre-ville. A Murviel-lès-Béziers, nous avons une circulade très importante, qui compte 240 logements ; elle était dans un état vétuste et désertifiée. Il y a une dizaine d'années, nous nous sommes relancés dans la réhabilitation de logements, d'espaces publics dans cette circulade, et aujourd'hui, cette circulade revit, alors qu'elle n'était occupée pratiquement que par quelques retraités qui restaient, anciens ouvriers agricoles ou anciens viticulteurs. Aujourd'hui, on y voit des familles, des enfants qui occupent de leurs chants, de leurs rires, de leurs jeux ces rues, et c'est l'une de mes plus belles réussites politiques.
La Citoyenneté : Avez-vous déjà vécu une déception en politique ?
Norbert Etienne : J'ai eu une très grosse déception politique. En 1981, mon candidat au premier tour était Robert Hue. Au second tour, il y a eu beaucoup de réticences de la part de militants ou d'électeurs très proches du Parti Communiste pour faire voter François Mitterrand. J'ai été certainement, entre les deux tours, comme je le dis souvent à mes amis socialistes, celui qui a fait le plus voter Mitterrand à Murviel-lès-Béziers. Mais ma plus forte déception ne tient pas uniquement aux hommes ; je crois que j'ai découvert dans la décennie 80 la prédominance de l'économique sur le politique. Alors que jusque là, la motivation de mon engagement public, de mon engagement politique dont je vous ai parlé plus haut, c'était la perspective d'un changement de société à travers le politique, je me suis rendu compte que pour ce qui était des décisions à l'échelle du pays, c'était l'économique qui prédominait. D'ailleurs, la désaffection pour les partis politiques que nous voyons aujourd'hui, vient de l'impuissance qu'ils ont montrée à ne pas pouvoir changer la société comme nous l'espérions, nous, les militants des partis politiques.
La Citoyenneté : Avez-vous un homme politique modèle ?
Norbert Etienne : Il y en a tellement. En fait, je ne m'attache pas beaucoup à la personne, mais plutôt aux idées que véhicule cette personne. Ainsi, je pense que je n'ai pas de modèle. Il y a des gens qui m'ont beaucoup impressionné, de par leur clarté d'esprit, bien que je ne partageais pas tout à fait leurs idées. Mais je crois que l'homme politique qui m'a le plus impressionné par son intelligence, c'est Pierre Mendès France.
La Citoyenneté : Mais c'était un socialiste ?
Norbert Etienne : C'était un socialiste. Je ne dis pas qu'il est mon modèle sur le plan politique. Mais parmi les hommes politiques, je pense que c'était quelqu'un qui exprimait très clairement, avec beaucoup d'humanisme et d'humanité, ses idées.
La Citoyenneté : Une des caractéristiques des villages, ce sont les bistrots. Fréquentez-vous celui de Murviel-lès-Béziers ?
Norbert Etienne : Je ne fréquente pas du tout le bistrot du village. Par contre, je pense faire un travail très important au coeur du village. Les dernières associations qui se sont formées au village, j'en ai été la cheville ouvrière, que ce soit l'Office de tourisme ou d'autres associations. Je crois que ma présence au sein du village se fait à travers les associations dont je suis un militant actif. D'ailleurs, cela a été mon engagement dans la vie publique.
La Citoyenneté : Quels sont vos goûts en musique ?
Norbert Etienne : J'aime la musique de variétés des années soixante, c'était ma jeunesse. J'aime aussi l'opérette, certains airs d'opéra, certains airs de musique classique. Ce sont des airs qui sont très connus, tels que les "Quatre Saisons" de Vivaldi... Mais je ne suis pas un grand mélomane.
La Citoyenneté : Quels sont vos goûts en lecture ?
Norbert Etienne : Je lis très peu de romans. Quand j'étais jeune, je lisais Victor Hugo, les classiques du siècle des Lumières, tels que Voltaire, Rousseau, ou alors les classiques du théâtre, tels que Corneille. Mais à l'âge adulte, je me suis spécialisé davantage vers l'épistémologie, c'est-à-dire la réflexion sur les sciences, je lisais alors des auteurs comme Bachelard ou Langevin.
La Citoyenneté : Que pensez-vous de Bachelard lorsqu'il dit "...pour être mon ami, il faut être mon anti... Je ne peux à la fois marcher dans la rue et être à ma fenêtre." ?
Norbert Etienne : Il y a longtemps que je n'ai pas lu Bachelard, mais je pense que la progression dans la connaissance ne se fait qu'à partir de la contradiction, et quelque part de l'opposition. Car si on reste dans la même mouvance, on tourne en rond dans la réflexion. Ainsi, il faut qu'il y ait des opinions extérieures à ce ronron intellectuel, autour de n'importe quel problème, que ce soit au niveau scientifique, politique ou social. En ce qui me concerne, je crois que si j'ai été élu, c'est un peu la preuve de mon ouverture aux autres.
La Citoyenneté : Quel conseil donnez-vous aux jeunes qui veulent s'engager dans la vie politique ?
Norbert Etienne : Je crois que si on veut "exister", il faut avoir un engagement citoyen dans quelque domaine que ce soit, politique, syndical, mutualiste...
La Citoyenneté : Lorsque vous ne ferez plus de politique, qu'aimerez-vous faire ?
Norbert Etienne : J'ai un tas de projets. Des fois, j'hésite. J'ai envie de m'engager dans l'association de chasse, pour essayer à la fois de participer à la gestion de la chasse et à celle de l'espace public. A Murviel-lès-Béziers, nous avons un projet de sentier pédestre autour d'une colline qui domine le village. Je compte essayer, avec l'aide de quelques passionnés comme moi, de maintenir le paysage méditerranéen sur cette colline ; je me verrai bien là en jardinier de l'espace, pour essayer de faire vivre des espaces plantés d'amandiers, d'oliviers ou des espaces naturels.
Montpellier, le 28-01-2002
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