Portrait
Pierre Maurel
Maire de Clapiers et conseiller général de l'Hérault
Pierre Maurel est le maire PS de la commune de Clapiers (Hérault). Il est également conseiller général du canton de Montpellier 2.
Entretien
La Citoyenneté : Comment êtes-vous arrivé à la politique ?
Pierre Maurel : Moi, j'ai une histoire très particulière. J'ai toujours été très politisé, dans le sens où depuis l'âge de 15 ans, j'ai mes opinions d'aujourd'hui. Mais je n'ai pas été tenté d'adhérer à un parti politique étant jeune. J'ai adhéré au PS au Congrès d'Épinay, il y a 30 ans. Je venais alors d'arriver à Montpellier où j'ai été nommé au lycée Mermoz. Je suis arrivé à une fonction politique tout à fait par hasard. A l'époque, j'habitais à la Paillade, j'étais locataire de mon père. J'ai alors acheté un terrain à Clapiers où je suis venu m'installer. A Clapiers, j'ai de suite adhéré à la section socialiste, c'était en 1975. On s'est alors trouvé confronté aux élections municipales de 1977. Ici, il y avait une mairie un peu vieillissante, très locale, c'est-à-dire que les élus étaient des gens du coin.
Clapiers était un village de 300 habitants, qui a commencé à se développer pour arriver à 700-800 habitants. Aujourd'hui, il y en a 4700. A ce moment-là, les nouveaux ont fait leur apparition, et ça a été perçu comme l'élection des nouveaux contre les anciens. Nous avons été élus, mais de justesse, d'autant plus que les anciens avaient déjà fait trois mandats et que nous ne pensions pas être élus. J'ai alors été 3e adjoint. Le camarade qui a été tête de liste était un homme qui avait beaucoup de qualités, mais qui avait un mauvais caractère. Avant de devenir maire, il était agréable, mais dès qu'il est devenu maire, il nous a fait mener une vie impossible. Il était seul contre tous. Progressivement, nous nous sommes fâchés, il nous a mis à l'écart. Mais ces problèmes ne sont pas sortis de l'équipe. Au bout de mon premier mandat, j'ai voulu laisser tomber. Au niveau du Parti, avec les copains de la section socialiste, on a décidé de monter une liste. Au bout de quelques mois, ils ont réussi à me convaincre d'être tête de liste. En face, il y avait deux listes de Droite et la liste du maire socialiste sortant. Le maire sortant a eu une voix, la sienne. J'étais le premier surpris qu'on ait été élu. Je suis à mon quatrième mandat. Les fois précédentes, nous avons toujours été élus au premier tour.
Lorsque mon ami Ernest Granier, conseiller général, est décédé, Georges rêche a souhaité que je lui succède. Je me suis laissé convaincre. Il y a eu deux élections en six mois : la première fois, j'ai été élu contre l'ancien maire de Montferrier, et la deuxième fois, j'ai battu Bernard Serrou qui était alors député RPR, en 1994.
La Citoyenneté : Vous êtes connu pour être un proche de Georges Frêche, mais vous étiez aussi en bons termes avec Gérard Saumade. Et pourtant, les deux hommes étaient en conflit ?
Pierre Maurel : En fait, je suis très consensuel. Je ne cherche pas à provoquer les conflits, mais plutôt à les éviter. Et quand il y en a, j'essaie de les calmer. Moi, j'ai toujours fait mon travail comme j'ai estimé devoir le faire, et je n'ai jamais participé à une quelconque cavale contre qui que ce soit. Quand Gérard Saumade a décidé de partir, André Vezinhet a été élu Président. Le PS a gagné d'autres cantons, tels que celui de Castries. André Vezinhet me proposa alors d'être Vice-Président à l'éducation.
La Citoyenneté : Quels sont vos goûts en lecture ?
Pierre Maurel : Jeune, je lisais les philosophes du siècle des Lumières. Maintenant, je lis les journaux. Je me tiens très au courant de l'actualité, notamment via Internet, lorsque j'ai moins de temps. J'ai besoin de me distraire. Tous les soirs, je lis des romans d'espionnage ou des romans historiques.
La Citoyenneté : Quels sont vos goûts en musique ?
Pierre Maurel : De ma jeunesse, j'ai gardé le goût pour le jazz. J'aime aussi la musique de variétés. J'écoute Radio Nostalgie, Chérie FM. Et maintenant, je commence à apprécier la musique classique.
J'ai une autre caractéristique, c'est que je chante depuis 20 ans à la chorale de Clapiers. Et donc, je participe à tous les concerts que donne la chorale à Clapiers ou ailleurs. Début décembre, nous avons donné le Requiem de Mozart, avec un orchestre russe itinérant.
La Citoyenneté : Quelle a été votre plus grande joie en politique ?
Pierre Maurel : Une élection est un moment très intense. Je n'ai jamais été battu à une élection, que ce soit aux municipales, aux cantonales ou aux législatives, lorsque je me suis présenté avec Georges Frêche. En fait, quand je gagne une élection, c'est plus un soulagement qu'une joie. Mon souvenir le plus fort, c'est sûrement lorsque Vezinhet a été élu Président du Conseil général, parce que j'ai été élu Vice-Président et, brusquement, tous les regards se sont tournés vers moi. Les gens ont commencé à venir me voir, à me demander mon avis, alors qu'avant, nous étions à l'écart, y compris André Vezinhet. Je me souviens, on était quatre dans le même bureau : Marcel Vidal, sénateur; Gilbert Roseau, député ; André Vezinhet, sénateur, et moi-même.
La Citoyenneté : Que pensez-vous des anti-agglo ?
Pierre Maurel : Ils font tout pour mettre du sable dans les rouages. Ils prennent en otage leurs électeurs. S'il y a un corps de l'État que je déteste, c'est la justice, quoique je n'aie jamais eu affaire à elle.
La Citoyenneté : Faut-il remettre en cause l'indépendance du parquet ?
Pierre Maurel : L'indépendance du parquet est une immense bêtise. Si la Droite revenait au pouvoir, c'est la première chose qu'elle ferait. Si les juges étaient élus comme aux États-Unis, leur indépendance serait justifiée. Or, ils sont nommés par leurs petits copains. De même pour le Conseil constitutionnel : où est sa légitimité, lorsqu'on sait qu'il est composé de 7 membres de Droite et de 2 de Gauche ? Je suis en accord avec Georges Frêche là-dessus. Souvent, lorsque j'entends Georges Frêche parler, je me rends compte que nous avons les mêmes opinions.
La Citoyenneté : Avez-vous un homme politique modèle ?
Pierre Maurel : Je n'ai pas du tout le culte de la personnalité. J'ai eu beaucoup d'admiration pour François Mitterrand.
La Citoyenneté : Mais là, vous n'êtes pas en accord avec Georges Frêche ?
Pierre Maurel : Non. D'ailleurs, j'ai donné le nom de François Mitterrand au collège de Clapiers. Le jour où Danielle Mitterrand est venue à Clapiers, André Vezinhet est venu, mais pas Georges Frêche. Il a certainement ses raisons, et lui, au moins, il n'a pas changé d'avis. Ce que je trouve lamentable, ce sont certains de ces lieutenants qui commencent à parler de travers de François Mitterrand, après l'avoir encensé, c'est indigne.
Il est vrai qu'il y a eu quelques erreurs, notamment à la fin, à l'époque de Bérégovoy.
Rares sont les Mitterrandistes. Moi, j'ai osé défendre Mitterrand devant des militants. Lorsque Mitterrand est mort, j'ai accroché son portrait dans mon bureau. Un jour, je le mettrai aussi dans mon bureau au Conseil général, d'autant plus qu'il n'y en a aucun.
La Citoyenneté : Quel est votre plat préféré ?
Pierre Maurel : Je suis très gourmand. Hier, au Conseil général, j'ai mangé du chevreuil en sauce avec des cèpes : un plat sublime ! Le chevreuil a été chassé par Francis Cros et les cèpes ont été offerts par Jacques Rigaud. Au Conseil général, il y a un cuisinier fantastique.
La Citoyenneté : Aimez-vous voyager ?
Pierre Maurel : Je suis un voyageur impénitent et frustré. Là, j'arrive du Sénégal où j'ai passé une semaine. J'aime les tropiques, j'aime l'Afrique, un peu plus l'Afrique noire que le Maghreb. D'ailleurs, Clapiers est jumelée avec une ville du Burkina Faso, une ville de Pologne et une ville d'Italie.
Je suis pêcheur à la truite et donc, j'adore la Scandinavie. J'y vais une fois tous les deux ans passer mes vacances. Je suis admiratif de la société scandinave.
La Citoyenneté : Que ferez-vous le jour où vous arrêterez de faire de la politique ?
Pierre Maurel : Je voyagerai. J'aimerai visiter la Malaisie, la Thaïlande. Je suis très éclectique dans mes goûts. J'aime aussi beaucoup le Canada.
J'ai beaucoup plus de projets de voyages que j'en aurai l'opportunité d'en faire.
La Citoyenneté : Avez-vous un conseil à donner aux jeunes qui veulent faire de la politique ?
Pierre Maurel : Un jeune qui veut faire de la politique, je lui dirais "fais d'abord ton métier". Qu'on milite pour défendre des idées, c'est bien, mais qu'on milite pour faire carrière, c'est autre chose.
Clapiers, le 29-01-2002
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