Portrait
Jean-Luc Meissonnier Maire de Baillargues
Jean-Luc Meissonnier, maire de Baillargues, est à son premier mandat. Elu sous l'étiquette RPR, il est aujourd'hui candidat déclaré pour les législatives sur la troisième circonscription de l'Hérault. Il risque l'exclusion de son parti, vu qu'il s'engage contre Jean-Pierre Grand, maire de Castelnau-le-Lez et candidat RPR sur la même circonscription. Jean-Luc Meissonnier est connu comme étant un ardent opposant à Georges Frêche au sein de la Communauté d'Agglomération de Montpellier. Histoire d'un cafetier devenu maire.
Entretien
La Citoyenneté : Quel est le point de départ de votre carrière politique ?
Jean-Luc Meissonnier : Le point de départ de ma carrière politique est directement lié à mon activité professionnelle, en tant que commerçant, qui est arrivée à son échéance.
Il y a 14 ou 15 ans, j'ai acquis le café du village. Après cela, j'ai bénéficié de possibilités d'acquérir foncièrement un local en face du café, dans lequel j'ai réalisé, à l'étage, des appartements, et sur le bas, un local commercial dans lequel j'ai créé un restaurant. Comme les bonnes choses ont une fin, j'ai préféré me détacher petit à petit de cette charge, car il y avait plusieurs contraintes. Quand on exerce un tel métier, au bout d'un certain temps, dès qu'on peut se le permettre financièrement, on souhaite faire autre chose. Donc, arrivé au terme de mes remboursements, je me suis tourné vers la politique. Je vis avec des moyens raisonnables, donc mes revenus au niveau immobilier et au niveau des ressources commerciales, à travers les gérances ou les ventes de mes commerces, me permettaient de me mettre en disponibilité d'une activité professionnelle à part entière, et de faire le choix de rentrer dans la politique locale, par le biais d'une échéance municipale.
La Citoyenneté : Vous êtes donc à votre premier mandat de maire. Mais avez-vous déjà été élu auparavant ?
Jean-Luc Meissonnier : Non. C'est la première fois que je suis élu. Le but était de créer une équipe cohérente. Toutefois, il y avait une difficulté, celle de la parité, dont il a fallu tenir compte, pour arriver à fédérer des gens qui soient "normalement constitués", parce qu'il est très facile de solliciter des personnes, mais après, il faut envisager de pouvoir travailler avec elles, à travers la gestion d'une commune.
Chaque adjoint, chaque conseiller municipal a une responsabilité. Et à travers cette responsabilité, c'est la confiance du maire qui est engagée.
Donc, pour le moment, je ne dis pas que tout est dans le meilleur des mondes, mais je suis content de l'équipe qui m'entoure pour assurer les fonctions qui m'ont été attribuées.
La Citoyenneté : Quels sont vos goûts en musique ?
Jean-Luc Meissonnier : J'adore la musique classique. Il est évident que j'ai un faible pour Bizet. Mais j'aime aussi Vivaldi. J'aime également le jazz, surtout celui datant des années bien plus antérieures que moi. J'ai la chance d'avoir une femme qui joue du violon.
A travers la musique, on a la possibilité de s'échapper. Lorsque je tenais le café, j'adaptais les stations de radio en fonction de la clientèle. A partir du moment où on aime un style de musique, on a besoin d'avoir des références par rapport à d'autres styles de musique. En fait, j'aime tous les styles de musique, sauf la techno.
La Citoyenneté : Vous étiez propriétaire du bar du village. C'est un lieu de rencontres. Cela vous a-t-il beaucoup apporté au niveau personnel ?
Jean-Luc Meissonnier : Il y a eu deux choses dans ma vie qui m'ont beaucoup apporté. Il y a d'abord eu mon tour du monde. Je suis parti il y a une quinzaine d'années, avec un sac à dos, et je n'ai fait que travailler, parce que je n'avais pas d'argent. Ce voyage m'a surtout apporté de l'humilité. L'humilité, c'est quelque chose qui échappe à beaucoup de gens, et c'est bien dommage.
Lorsque je suis revenu, il se trouve que j'ai pu acheter le café du village. Les gens ne se rendent pas compte du rôle social qu'on peut jouer. Il y a les personnes qui ont des problèmes chez elles, et qui viennent au café, parce qu'elles ne peuvent pas se confier chez elles. Donc, on joue un rôle d'intermédiaire, et on n'est pas là simplement pour vendre des boissons ou pour faire jouer les gens au baby-foot. On est là pour créer une ambiance. Dès que l'ambiance est créée, la clientèle se fait toute seule. Les cafés d'aujourd'hui sont loin de ressembler à ceux d'il y a 20 ou 30 ans, qui étaient des lieux où on était là pour boire. Le but du jeu, c'est de mélanger les gens. Il n'y a pas pire que les bars à thèmes, car ils suppriment l'âme du bar.
La Citoyenneté : Quels sont vos goûts en lecture ?
Jean-Luc Meissonnier : Je n'ai jamais eu la patience de lire. Même les articles qui me passionnent, je n'en lis pas plus d'une page. Je n'ai jamais lu un livre. Je fais les choses comme je les sens. Il y a parfois des textes qui m'intéresseraient, des autobiographies à travers lesquelles on se rend compte que leur auteur a envie de vendre autre chose que sa propre personne. De plus, vu toutes mes occupations, je n'ai vraiment pas le temps de lire. Les jours de repos, je les consacre à ma famille, sauf si je suis sollicité.
La Citoyenneté : Avez-vous une passion ?
Jean-Luc Meissonnier : Parfois, lorsque je termine mes réunions à la mairie le soir, je pars à la pêche en mer, et je ne rentre chez moi que vers deux ou trois heures du matin. J'ai une passion pour les bateaux à moteur. C'est un équilibre pour moi.
La Citoyenneté : Quels sont vos goûts en gastronomie ?
Jean-Luc Meissonnier : J'ai un faible pour le vin, pour les bons restaurants. Je suis d'autant plus satisfait que depuis quelques années, nous avons des coteaux du Languedoc qui sont absolument fabuleux. J'ai une très belle cave, et j'ai tendance à évacuer tous mes Bourgogne et mes Bordeaux pour les remplacer par des coteaux du Languedoc.
Par ailleurs, j'apprécie la cuisine traditionnelle. Par exemple, j'aime les tomates farcies préparées artisanalement. J'adore la cuisine du bassin méditerranéen.
La Citoyenneté : Avez-vous un conseil à donner aux jeunes qui désirent faire de la politique ?
Jean-Luc Meissonnier : Rester eux-mêmes. Surtout ne pas se formaliser s'ils n'arrivent pas à acquérir des fonctions importantes. Les jeunes qui veulent se lancer dans la politique doivent regarder autour d'eux, à travers l'ambiance générale qui émane de leur caractère, s'il y a des gens qui se rassemblent derrière eux, auquel cas je les invite d'aller de l'avant. Mais, à partir du moment où on se dénature pour aller chercher un électorat, on se retrouve dans des fonctions qui sont incompatibles avec son caractère. Et c'est là où c'est très difficile, parce qu'on fait les choses par ambition ou tout simplement pour être élu. Donc, il faut rester naturel, quelle que soit l'échéance. Il n'y a pas de honte à être battu à des élections législatives ou municipales. Par contre, la honte c'est de promettre des choses, d'être élu et de ne pas tenir ses promesses.
J'espère que maintenant, les gens vont voter par une démarche de vote sanction. Par exemple, concernant les élections présidentielles, si au second tour, on se retrouve avec Lionel Jospin et Jacques Chirac, il faudra que les gens évaluent le travail de l'un et de l'autre. Il faut arrêter de leurrer les gens, de leur promettre monts et merveilles. Malgré tout ce qu'on peut dire, on est dans un pays où il n'y a pas l'égalité pour tous. Par exemple, une campagne municipale coûte beaucoup d'argent. Seuls ceux qui ont la possibilité d'y mettre beaucoup d'argent peuvent y arriver.
Par ailleurs, il faut laisser la place aux jeunes. Toutefois, ceux-ci doivent avoir le temps matériel.
La Citoyenneté : Êtes-vous jumelés avec une ville ?
Jean-Luc Meissonnier : Nous sommes jumelés avec la ville de Rocafort en Espagne. Ce jumelage avait été créé par l'ancienne municipalité. Actuellement, il est en stand-by pour des raisons qui sont très logiques, car l'association Rocafort-Baillargues est encore un peu trop politisée. Le problème, c'est qu'actuellement, plusieurs adjoints de l'ancienne équipe municipale font partie de cette association, et ils s'en servent pour essayer d'enrayer un bon fonctionnement d'échanges.
Nous comptons relancer ce jumelage l'année prochaine, parce que pour le moment, on ne peut pas fonctionner, et surtout attribuer de l'argent à cette association, qui s'en sert non pas pour assurer un développement culturel, mais pour faire de la politique.
La Citoyenneté : Avez-vous un homme politique modèle ?
Jean-Luc Meissonnier : J'aimais bien Gaston Defferre, dans le sens où c'était le gars du Midi, c'était un gangster du coin.
A une certaine époque, il y a eu des hommes politiques qui avaient des convictions. Par exemple, je fais un petit clin d'oeil pour Jean Jaurès qui avait de grandes idées. Mais le problème, c'est que, comme disait Clémenceau, il attribuait ses idées au futur, c'était beaucoup plus facile.
La Citoyenneté : Et pourtant, vous avez débaptisé la rue Jean Jaurès à Baillargues ?
Jean-Luc Meissonnier : C'était l'ancienne municipalité qui avait débaptisé la route de Castries pour la nommer Jean Jaurès, ce qui était quand même grave, parce qu'au bout de 24 ans de socialisme, on s'était aperçu qu'à Baillargues, il fallait donner le nom de Jean Jaurès à une rue. Pourquoi ne pas l'avoir fait au premier mandat? D'autant plus qu'à Baillargues, nous sommes passés de 1500 à 6000 habitants, donc il y a eu un tas de monuments et d'avenues à inaugurer pendant 24 ans de socialisme. Et là, on débaptise une route pour la nommer Jean Jaurès, sans demander l'avis des riverains, donc sans avoir une démarche démocratique et de consultation de proximité. Ceci dit, j'estime que Jean Jaurès n'appartient pas au Parti Socialiste, mais que c'était un grand homme pour toute la France.
La Citoyenneté : Le nom de Jean Jaurès sera-t-il porté un jour par un monument ou une rue de Baillargues ?
Jean-Luc Meissonnier : Je pense qu'il y aura un monument, un centre culturel ou social, ou peut-être autre chose. Ceci dit, le jour de l'inauguration, on rappellera que Jean Jaurès n'était pas la propriété du Parti Socialiste. Car si on remonte au départ de l'idéologie et de la démarche de Jean Jaurès, on verra qu'il était plutôt axé sur des idées que l'on pourrait, actuellement, assimiler à la droite traditionnelle. Après, il a eu un parcours qui a certes évolué vers une démarche de gauche. Jean Jaurès était avant tout un humaniste. Mais actuellement, des valeurs telles que l'humanisme sont bafouées à travers cet électoralisme. Par exemple, on parle beaucoup de citoyenneté. Or, la plupart des gens oublient que la citoyenneté, ce sont des droits, mais que ce sont surtout des devoirs. En fait, il est plus facile de parler de droits quand on fait de l'électoralisme.
Baillargues, le 14-02-2002
Lire aussi : Entretien avec Jean-Luc Meissonnier
Questions à Jean-Luc Meissonnier
|