Portrait
Cyril Meunier, maire de Lattes (Hérault)
"L'avenir, c'est qui ? Georges Frêche ou Cyril Meunier ? Vu que Georges Frêche est un homme de goût, je pense qu'il choisira Meunier."
Cyril Meunier, maire sans étiquette de Lattes (Hérault), est vice-président de la Communauté d'agglomération de Montpellier. Il est à son premier mandat de maire.
Entretien
La Citoyenneté : Comment êtes-vous venu à la politique ?
Cyril Meunier : Dans un premier temps, je suis venu à la politique locale. J'y suis venu après un coup de colère, au temps de l'ancien maire, pour une raison précise. De plus, j'ai pensé pouvoir apporter des choses intéressantes à la commune, en fonction de mes compétences, parce que ça fait 15 ans que je conseille les communes de France et de Navarre, parfois même d'Europe. En matière de développement local, j'ai pensé qu'il fallait que cette commune, pour qu'elle évolue réellement par rapport à tous ces enjeux, ait à la tête de l'équipe une personne compétente. Avec beaucoup de modestie, je me suis jugé compétent. Comme je n'étais pas compétent sur tout, j'ai échoué en 1995. J'ai alors constitué une équipe autour de moi, dont les personnes ont été choisies exclusivement sur les compétences qu'elles apportaient aux postes qu'elles allaient remplir. Donc c'est une forme d'engagement citoyen dans la conduite locale des affaires, qui est un peu particulière, qui n'est en opposition ni avec la droite, ni avec la gauche. Je travaille avec tout le monde. C'est une forme un peu autrement de faire la politique locale. Et j'ai trouvé que l'enjeu était sympathique, que la ville le méritait et que la situation le nécessitait. Donc, j'ai arrêté en partie le cours de ma vie professionnelle, pour qu'à 40 ans, je donne six ans de ma vie, et pour apporter cette expérience un peu novatrice qui, a priori, n'a pas l'air de déplaire.
La Citoyenneté : En matière professionnelle, vous êtes donc conseiller auprès des collectivités territoriales. Que vous apporte cela par rapport à d'autres maires qui ne sont pas des spécialistes ?
Cyril Meunier : Lattes est une grosse mairie de 18 000 habitants, avec des problèmes dignes d'une ville de 150 000 habitants : le Lez, la décharge du Thot, la station d'épuration, les inondations.
Vu qu'il y a trois villages, Lattes à elle toute seule, c'est pratiquement une intercommunalité, car Boirargues compte 2600 habitants, Maurin 4000 habitants et Lattes le reste. Mes trois petites entités urbaines rentrent dans les 50 premières communes de l'Hérault, et c'est la même commune administrative.
La Citoyenneté : Quels sont vos goûts en lecture ?
Cyril Meunier : C'est restrictif. J'apprécie un certain nombre d'auteurs qui sont éclectiques. Ma culture, c'est Camus, et pourtant j'adore Régine Deforges, entre autres. Il y en a plein que je ne connais pas, car ma vie estudiantine et professionnelle m'a donné assez peu de temps pour lire.
Lorsque j'ai le temps, je lis rarement des romans, mais je lis surtout des traités sociaux, économiques et stratégiques.
En ce moment, je lis le Prince de Machiavel.
J'ai une passion pour les époux Badinter. L'un des livres qui m'ont le plus marqué, c'est Condorcet des Badinter.
La Citoyenneté : Quels sont vos goûts en musique ?
Cyril Meunier : Je suis un gamin des années 70. Ma culture de base, c'est le rock français. J'ai grandi à Téléphone, au début de l'époque Punk. Ceci dit, j'adore écouter de la musique classique. J'ai eu le plaisir de recevoir monsieur Saurel et son équipe ici. Je vais écouter l'orchestre de Montpellier au Corum. En fait, j'aime tous les styles de musique, c'est par vagues, c'est comme les bouquins. De plus, ma femme est musicienne.
La Citoyenneté : Avez-vous une devise ?
Cyril Meunier : "Respecte". C'est la base de tout. C'est ce que je dis à ma gamine de 13 ans, avec laquelle je vis une période extraordinaire. Elle s'ouvre au monde, elle m'étonne, elle m'épate. Je suis très fier que l'enseignement que ses parents lui ont apporté, lui amène cette capacité d'analyse du monde et d'humanisme.
En fait, il s'agit de respecter les religions, les minorités, les manières de voir les choses. Le plus dur, c'est de respecter la connerie.
La Citoyenneté : Quels sont vos goûts en gastronomie ?
Cyril Meunier : Je suis très épicurien. Là aussi, ça peut être une devise. J'ai une passion pour la grande gastronomie française. Grâce à Dieu, j'ai une femme qui la partage avec moi. Nous aimons également les bons vins, et de préférence ceux de la région, puisque je suis un amoureux fou des Corbières. Il y a aussi de très bons Coteaux du Languedoc. En second choix, il y a les Bordeaux.
La Citoyenneté : Avez-vous une passion ?
Cyril Meunier : Ma femme et mes enfants.
La Citoyenneté : Avez-vous un homme politique modèle ?
Cyril Meunier : D'un côté, De Gaulle, de l'autre, Rocard, et au milieu, Mendès France. Mitterrand, sûrement pas.
La Citoyenneté : A propos de François Mitterrand, vous rejoignez donc Georges Frêche ?
Cyril Meunier : Je pense plutôt que Georges Frêche deviendra petit à petit meuniériste. L'avenir, c'est qui ? Georges Frêche ou Cyril Meunier ? Vu que Georges Frêche est un homme de goût, je pense qu'il choisira Meunier.
Moi, je ne rentre pas en politique pour être frêchiste ou anti-frêchiste. J'aime beaucoup l'homme, je m'entends très bien avec lui. C'est un type pragmatique qui fait que les choses se font. Étant donné que je suis moi-même un technique et non pas un politique, j'aime les hommes politiques qui font que les choses se font.
J'ai des copains hommes politiques qui sont PS, PC, RPR, UDF... et je m'entends seulement avec ceux qui travaillent. Ceux qui ne travaillent pas et qui ne font que de la politique politicienne, tout en bloquant les choses, ils ont beau avoir les plus belles idéologies du monde, ils ne m'intéressent pas, car je ne crois plus aux idéologies depuis 1978.
La Citoyenneté : Quel est le plus mauvais souvenir que vous ayez eu en politique ?
Cyril Meunier : Les larmes d'un homme de 65 ans et les pincements de lèvres de femmes, quand on a perdu de quelques dizaines de voix en 1995. C'était horrible. C'était sans doute une des motivations qui m'ont fait décider d'y retourner en 2001.
La Citoyenneté : Et le plus beau souvenir ?
Cyril Meunier : La soirée du 18 mars 2001. Quand je suis monté sur l'estrade et qu'il y avait 1200 personnes qui hurlaient, et à qui j'ai déclaré "je ne vais pas vous parler de politique, mais je vais vous parler d'amour", c'est peut-être là où c'était le plus émouvant.
La Citoyenneté : Avez-vous déjà pensé à l'après politique ?
Cyril Meunier : Oui, car honnêtement, je vis comme une éventualité d'arrêter à la fin du premier mandat. Je pense que je continuerai, car il est difficile de mettre en place un vrai programme en six ans, c'est trop court. En fait, je suis parti pour faire deux mandats.
La Citoyenneté : Deux mandats de maire ?
Cyril Meunier : Oui, deux mandats de maire. Aujourd'hui, il n'y a que ça qui m'intéresse. Plusieurs personnes m'ont conseillé de me présenter aux législatives, car pour elles, je serais gagnant. Peut-être ont-elles raison. Je pense être un assez fin analyste en politique, pour dire que si j'étais parti en suppléant avec quelqu'un que j'ai en tête, on aurait gagné sous l'étiquette apolitique. Mais on n'a pas souhaité le faire, et on ne s'est même pas posé la question, parce que je n'ai pas du tout envie d'être député.
La Citoyenneté : Et en 2004 ?
Cyril Meunier : Que va-t-il se passer en 2004 ?
La Citoyenneté : Les Cantonales, à savoir que le canton de Lattes est renouvelable.
Cyril Meunier : Cela m'importait tellement peu que je croyais que ce serait en 2003. Vous savez, l'eau coule sous les ponts. Les intérêts seront peut-être différents. S'il faut que je me présente pour éviter qu'il y ait quelqu'un de trop sectaire qui prenne le canton et qui aille contre les intérêts de la commune, moi-même ou l'un de mes colistiers, on se présentera. Je ne cours pas après les mandats.
La Citoyenneté : Et pour les Régionales ?
Cyril Meunier : Alors là, c'est encore plus compliqué. J'attends de savoir quel sera le mode de scrutin. Je verrai les forces en présence et les têtes de liste régionales.
Si votre question est "est-ce que vous vous présenterez en tête de liste aux Régionales ?", je vous répondrai non. Donc, à partir du moment où je ne me présente pas en tête de liste, il faut que je me mette derrière quelqu'un.
La Citoyenneté : Avez-vous un conseil à donner aux jeunes qui veulent faire de la politique ?
Cyril Meunier : Faites attention aux leurres, à l'embrigadement. N'acceptez, sous aucun concept idéologique, les oeillères. Ouvrez votre coeur, ouvrez vos yeux, écoutez tout le monde. Et surtout, si vous voulez vous lancer dans la politique, n'oubliez pas que c'est avant tout, pour vous mettre au service des autres. Donc, faites en sorte d'acquérir des compétences, dans quelque sujet que ce soit.
J'ai des copains et des copines normalistes qui sont très compétents, soit en travaux, soit en culture, soit en gestion et ils aident les associations, soit en mouvement associatif. Par exemple, dans mon équipe, il y a quelqu'un qui est compétent en gérontologie et aide médicale, et c'est là qu'il travaille. Un autre est compétent en travaux, il est entrepreneur de BTP depuis 20 ans.
Si vous voulez faire de la politique uniquement pour vous, pour vous regarder dans une glace, en pensant que la vie vous a réussi, eh bien vous finirez comme ces vieux politiques abandonnés par leur électorat et par leurs copains politiques, parce qu'ils sont trop vieux. J'en vois traîner quelques-uns dans le bassin montpelliérain ces derniers temps, et j'ai vraiment pitié d'eux, quelles que soient leurs opinions politiques.
La politique, c'est avant tout une charge, et ce n'est pas là où tu dois venir briller. La politique, c'est se mettre au service des autres.
Lattes, le 22-02-2002
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