Les femmes et la politique
Michelle Bachelet Présidente du Chili
LA candidate du centre-gauche, Michelle Bachelet, a remporté l'élection présidentielle au Chili, dimanche 15 janvier, devenant la première femme élue au suffrage universel à la tête de son pays, ainsi qu'en Amérique du Sud.
Mme Bachelet a obtenu 53,49 % des voix, contre 46,5 % à son adversaire de droite, Sebastian Piñera, selon des résultats officiels basés sur le dépouillement de 99 % des bulletins de vote, annoncés dans la nuit par le ministère de l'intérieur. Elle a battu l'entrepreneur milliardaire dans toutes les régions du pays, sauf l'Araucania, dans le Sud.
Continuité et "social" au programme
Le programme de Mme Bachelet prévoit une poursuite de l'ouverture aux investissements étrangers et la signature de traités de libre-échange, qui ont permis une croissance économique de 6 % par an et le recul du chômage à 8 %. Elle devrait poursuivre la politique fiscale prudente mise en place par le président Lagos, qui a permis à ce pays de 16 millions d'habitants de se doter de l'économie la plus stable de la région.
Si elle a fait campagne sur le thème de la continuité, Michelle Bachelet a cependant promis de réformer en profondeur le système de retraites privées, salué à l'étranger mais considéré comme coûteux et inadapté au Chili. Elle s'est engagée, dimanche, à mettre l'accent sur le "social", en améliorant aussi le système éducatif et en réduisant la pauvreté, qui frappe encore 18 % de la population.
Ses détracteurs jugent son programme trop vague et estiment qu'elle a principalement bénéficié de la popularité de Ricardo Lagos et du boom économique du pays, notamment lié à la hausse des prix du cuivre.
"Présidente des citoyens"
Elle deviendra, le 11 mars, la quatrième présidente du Chili issue du centre-gauche, au pouvoir depuis la fin de la dictature d'Augusto Pinochet, en 1990. Elue pour un mandat de quatre ans, elle succédera à Ricardo Lagos, son mentor et l'un des présidents les plus populaires qu'ait connus le pays - même s'il l'avait emporté moins largement en 1999, avec 51,3 % des voix face à l'ultra-conservateur Joaquin Lavin. M. Lagos a félicité sa dauphine par téléphone, estimant que sa "tâche sera difficile" et lui promettant tout son appui. "Tes capacités nous permettront d'avoir un grand gouvernement", a-t-il déclaré. Elle a aussi évoqué la mémoire de son père, mort sous la dictature, qui lui a donné sa "vocation de service public", et a promis une nouvelle étape de la vie politique chilienne comme "présidente des citoyens".
Pendant que les ténors de la Concertation démocratique, coalition de chrétiens-démocrates et socialistes au pouvoir depuis seize ans, célébraient sa victoire devant les caméras de télévision, l'Alameda, la principale avenue de Santiago, se remplissait de manifestants et automobilistes exprimant leur joie à grands coups de klaxons.
Gouvernement paritaire
La peu conventionnelle "Michelle", agnostique dans un pays majoritairement catholique, mère célibataire qui a élevé seule trois enfants de deux pères différents, a annoncé qu'elle formerait un "gouvernement paritaire", composé pour moitié de femmes. Selon le politologue Patricio Navia, celles-ci ont joué un rôle crucial, puisque pour la première fois dans l'histoire de la démocratie chilienne, une majorité des deux sexes vote pour un candidat de gauche, alors que les femmes étaient jusqu'ici plus conservatrices.
Sebastian Pinera a reconnu sa défaite et félicité son adversaire, symbole de la "lutte de millions de femmes pour parvenir à la place qui leur revient". Le chef de file du parti de droite modérée Rénovation nationale a été pénalisé par un mauvais report des voix des ultra-conservateurs nostalgiques de l'ère Pinochet de l'Union démocrate indépendante (UDI). Mais il a remercié ce parti de sa "loyauté" et a promis que leur Alliance pour le Chili mènerait "une opposition constructive" à la majorité.
La victoire de Michelle Bachelet consolide l'orientation progressiste du continent latino-américain. Mais la future présidente est idéologiquement plus proche du président brésilien, Lula da Silva, que de l'Indien Evo Morales, récemment élu en Bolivie, ou du président vénézuélien, Hugo Chavez.
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