Politique
Michel Rocard Ethique et démocratie
MICHEL Rocard est le 11e Premier ministre de la Cinquième République (de 1988 à 1991).
Il est né le 23 août 1930 à Courbevoie (Seine).
Il est, depuis 1994, député au Parlement européen, membre du groupe parlementaire du Parti socialiste européen.
Michel Rocard est issu d'une famille de la bourgeoisie, protestante de côté de sa mère, catholique du côté de son père. Son père Yves Rocard est un physicien de grand renom. Son fils Francis Rocard est astrophysicien au CNES. Michel Rocard est également le père de Sylvie, Olivier et Loïc.
Michel Rocard fait d’abord des études de lettres puis intègre l'Institut d'études politiques de Paris puis l'Ecole nationale d'administration (promotion 1958, surnommée 18 juin). Spécialisé en économie, il devient dès 1958 inspecteur des finances.
Pendant ses années d'étudiant, il a été, entre 1953 et 1955, responsable des étudiants socialistes. Nous sommes alors en pleine guerre d'Algérie, et ce jeune militant qui est aussi un protestant rejoint le courant chrétien de gauche qui, avec des communistes en rupture avec le stalinisme et les socialistes opposés à Guy Mollet construisent la deuxième gauche avec un parti, le PSU, en 1960 et un syndicat, la CFDT, après 1964.
Remarqué par Pierre Mendès France lors des rencontres du PSU de Grenoble en 1966, Michel Rocard en devient secrétaire national à partir de 1967. Entré par la droite dans le PSU, il en anime bientôt le centre. Il s'était fait connaître par ses écrits parus sous le pseudonyme de Georges Servet. Rocard joue un rôle important dans la tentative de trouver un débouché politique à Mai 68. Le PSU est le seul parti à avoir les faveurs de la jeunesse politisée des années soixante. Sauvageot, le leader de l'UNEF et Geismar en sont adhérents. Sur cette lancée, Michel Rocard se présente à l'élection présidentielle de 1969, mais il ne recueille que 3,61 % des voix au premier tour. Mais, quelques mois plus tard il est élu député des Yvelines à la place de l'ancien Premier ministre, Maurice Couve de Murville. La gauche, contrairement aux présidentielles, le soutient collectivement. Cette victoire lui permet ainsi d'obtenir une certaine popularité. L'émergence d'un parti socialiste refondé, résolu à devenir hégémonique à gauche rogne l'espace déjà exigu du PSU. Michel Rocard participe à la campagne de François Mitterrand de 1974, ce qui lui vaut son exclusion. La même année, il rejoint le PS en décembre où il entre bientôt au secrétariat national.
Tandis que François Mitterrand, premier secrétaire PS au Congrès d'Epinay, réorganise la gauche réformiste, Michel Rocard estime le Programme commun stérile et archaïque. Pourtant, le PSU demeure un parti marginal et en 1973, Michel Rocard fait volte-face en s'engageant au Parti socialiste.
En 1977, il est élu maire de Conflans-Sainte-Honorine. Néanmoins, Michel Rocard affirme de plus en plus son indépendance et rejette à la fois la politique de Jean-Pierre Chevènement (celle du CERES) et de François Mitterrand (celle du PS). Et lorsqu'en 1978, il retrouve son siège de député, il déclare qu'un «certain style politique, un certain archaïsme sont condamnés». Les rivalités sont alors clairement exprimées et de celles-ci apparaissent trois groupes au sein de la majorité de gauche. Ainsi, au congrès de Metz, Michel Rocard et Pierre Mauroy sont mis en minorité contre François Mitterrand. Bénéficiant toutefois d'une bonne cote de popularité, Michel Rocard se déclare candidat à la candidature à l'élection présidentielle de 1981. Mais il y renonce finalement, refusant de s'affronter à François Mitterrand.
Malgré ses dissensions avec le Président de la République, il obtient le poste de ministre du Plan et de l'Aménagement du Territoire dans le gouvernement de Pierre Mauroy. En 1983, il devient ministre de l'Agriculture à la place d'Edith Cresson. Le 4 avril 1985, il démissionne de façon fracassante afin de montrer son opposition au changement de scrutin majoritaire en représentation proportionnelle.
Finalement, Michel Rocard ne sera que Premier ministre entre 1988 et 1991. Bien qu'il ait été "viré" par le Président, il laisse un bilan très positif. Il crée le RMI, il règle la crise calédonienne en parvenant à faire signer les Accords de Matignon. En 1993, alors que le PS est encore secoué des soubresauts du Congrès de Rennes, Michel Rocard prend la direction du Parti et en transforme profondément les instances. Mais, ce n'est qu'un intermède. Les défaites des élections de 1993 et 1994 l'emportent. Depuis 1994, date à laquelle il a été élu député européen, Michel Rocard se passionne pour les pays en voie de développement. L'homme c'est aussi un style et une manière de parler qui le rend aussi agaçant qu'attachant.
Les "rocardiens" constituent une culture originale dans le socialisme français des années d'après-guerre. Courant intellectuel, foyer d'accueil des anti-Mitterrand, des "cathos de gauche", des modernes et des modérés, il a parfois été classé à droite de la gauche. Viscéralement anti-communiste, le rocardisme est surtout l'effort d'une génération de militants pour penser le socialisme sans et après Mitterrand dans une culture de la décentralisation et de l'autogestion. L'influence de Pierre Mendès France est revendiquée par Michel Rocard. Il est vrai qu'à l'instar de Pierre Mendès France, Michel Rocard jouit d'un grand prestige intellectuel, sa contribution à la construction théorique du socialisme est indéniable et son oeuvre au pouvoir plutôt courte.
L'influence de Michel Rocard dans l'histoire intellectuelle du socialisme français depuis les années 70 est d'autant plus profonde qu'elle est la plus ancienne et la plus linéaire, là où d'autres courants sont plus des clientèles, des fractions ou des expériences qui se sont soldées par des dérives parfois curieuses (comme c'est le cas pour le CERES).
Mais le rocardisme, parce qu'il tire une grande partie de sa pertinence d'une conjoncture politique et idéologique donnée, demeure plus comme un souvenir évoqué avec nostalgie. Le rocardisme tardif est d'abord un anti-mitterrandisme, celui de camisards traqués par les hommes de François Mitterrand. Michel Rocard en a fait les frais quand il était aux affaires, de Matignon à la rue de Solférino.
Le rocardisme s'est depuis lors auto dissous, trouvant son aboutissement dans le jospinisme qui l'a absorbé dans sa démarche de nouvelle synthèse politique pour construire une gauche armée face aux défis du nouveau siècle.
Fonctions gouvernementales
- Ministre d'Etat, Ministre du Plan et de l'Aménagement du territoire 1981-1983, gouvernement Pierre Mauroy 1
- gouvernement Pierre Mauroy 2
- Ministre de l'Agriculture 1983-1985, gouvernement Pierre Mauroy 3 (gouvernement Fabius)
- Premier ministre (1988-1991)
Mandats nationaux
- Député PSU puis PS dans la septième circonscription des Yvelines, élu en 1969, battu en 1973, réélu en 1978, réélu en 1981, réélu en 1986 et en 1988, puis battu par Pierre Cardo (UDF) en 1993
Mandat de sénateur
- Sénateur PS des Yvelines (1995-1997)
Député européen
- Député européen (depuis juin 1994)
Mandats locaux
- Maire (1977-1994), puis conseiller municipal (1994-2001) de Conflans-Sainte-Honorine
- Conseiller régional d'Ile-de-France (1978-1988)
Fonctions au Parti socialiste
- Premier secrétaire (1993-1994)
- Membre du bureau national depuis 1994
- Président de la direction du Parti socialiste (1993)
- Membre du bureau national du PS (1994-1997)
- Invité permanent du bureau national du PS
Affiliations
Michel Rocard fut membre de l'International Advisory Board du Council on Foreign Relations de 1999 à 2004. Il est, avec Dominique Strauss-Kahn, co-fondateur de l'association A gauche, en Europe. Et aussi administrateur du think tank Les Amis de l'Europe.
Publications de Michel Rocard
- Le P.S.U. et l’avenir socialiste de la France. Seuil, 1969
- Le marché commun contre l’Europe. Seuil, 1973. Face au défi des «multinationales», le socialisme sera ou ne sera pas européen (Avec Bernard Jaumont et Daniel Lenègre)
- L’inflation au coeur. Gallimard, 1975 (Avec Jacques Gallus)
- Parler vrai, textes politiques (1966-1979). Seuil, 1979
- On ne change pas la société par décret, 1979
- Un pays comme le nôtre, textes politiques (1986-1989)
- Le coeur à l’ouvrage. Odile Jacob/Seuil. Paris. 1987
- Un contrat entre les générations. Gallimard 1991
- La Nation, l’Europe, le monde (Avec Aline Archimbaud et Félix Damette) (1995)
- Ethique et démocratie (1996)
- L’art de la paix/l’Edit de Nantes (Avec Janine Garrison) (1997)
- Les moyens d’en sortir, Seuil, (1998)
- Mutualité et droit communautaire (1999)
- Mes idées pour demain, Odile Jacob, (2000)
- Entretien avec Judith Waintraub, collection Mémoire vivante, Flammarion, (2001)
- Pour une autre Afrique, 2001
- Si la gauche savait : Entretiens avec Georges-Marc Benamou, Paris : Robert Laffont, 2005
- La deuxième gauche, une histoire inachevée. Entretien avec Michel Rocard, Esprit, Février 2006, p. 140-147
- Peut-on réformer la France ? Entretiens avec Frits Bolkestein, Paris : Autrement, 2006
- République 2.0 - Vers une société de la connaissance ouverte, 15 avril 2007
Publications sur Michel Rocard
- Kathleen Evin, Michel Rocard ou l’Art du possible. Paris : Jean-Claude Simoën, 1979
- Hervé Hamon et Patrick Rotman, l’Effet Rocard. Paris : Stock, 1980
- Sylvie Santini, Michel Rocard : Un certain regret. Paris : Stock, 2004
- Jean-Louis Andreani, Le mystère Rocard. Paris : Robert Laffont, 1993
- Robert CHAPUIS, Si Rocard avait su...témoignage sur le deuxième gauche. 2007. Edition L'Harmattan, collection des poings et des roses
Anecdotes
Féru d'aviation, il est pilote et a participé à de nombreuses compétitions de planeur.
Distinctions honorifiques
- Grand-croix de l’ordre national du Mérite
- Commandeur du Mérite agricole
- Commandeur de l’ordre de l'Honneur de Grèce
Citations
- «Je porte sur le capitalisme un regard plus inquiet que le vôtre car il a rompu avec l'éthique.»
- «La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part.» a été prononcée le 3 décembre 1989 devant les militants de la Cimade. Cette phrase est très souvent citée dans sa version tronquée, la deuxième partie n'en est pas moins importante car Michel Rocard commente sa phrase le 24 août 1996. De nombreuses personnalités ont néanmoins pu y voir en germe, les racines d'un vaste mouvement de lepénisation des esprits. (Voir le dictionnaire de la lepénisation des esprits de Sylvie Tissot et Pierre Tévanian). Bernard Tapie a par exemple vigoureusement dénoncé cette formule (INA débat sur Antenne 2 dirigé par P. Amar dans le cadre des Elections européennes de juin 1994 B. Tapie/JM Le Pen).
- En 2004, à un journaliste qui lui demandait «Regrettez-vous de n’avoir jamais été Président de la République ?», Michel Rocard répondit : «Je pense avoir été un Premier ministre acceptable, je ne sais pas si j’aurais fait un bon président.»
- «Certes, je ne suis pas devenu Président ; je n’ai pas vécu sous les ors de la monarchie républicaine ; mais mon inscription dans l’histoire du socialisme est déjà acquise.» «Ca m’arrange d’avoir eu cette femme sectaire (Edith Cresson) comme successeur. Ça fait mieux ma différence…» «Je suis sur [la ligne] L’Etat ne peut pas grand chose ; ce qu’il y a d’essentiel n’est pas toujours très politique.» in Si la gauche savait (2005)
- «Il n'y a pas de Parti socialiste, il n'y a que les amis de François Mitterrand» (Citation de François Mitterrand rapportée par Michel Rocard dans le Nouvel Observateur n° 2135)
- «Faites gaffe les gars !» à propos des menaces qui pèsent sur les libertés numériques (notamment les brevets logiciels et la loi DADVSI) lors des Rencontres mondiales du logiciel libre le 6 juillet 2006 à Vandoeuvre-lès-Nancy. Voir Table ronde politique : Quel environnement juridique pour les logiciels libres ?
- «Les historiens maîtrisent à peu près maintenant l'histoire humaine sur les 6000 dernières années. Sur ces 6000 ans, 5800 ans ont vu l'homme manger ce que produisait la terre ; ce fut un monde où, en dehors de quelques prêtres et de quelques rois, tout le monde vécut dans des conditions de pauvreté extrême et effroyable. Nous sommes sortis de cela grâce au capitalisme.» in Peut-on réformer la France ? Par Frits Bolkestein et Michel Rocard, Paris, Autrement, octobre 2006
- «1968-1974 [il a dirigé le PSU de 1967 à 1973] : six années infernales — pis encore, c’était une guerre infernale. J’étais toujours en défense. Le parti votait n’importe quoi. Ainsi, un beau jour, dans un conseil national, il a confirmé que nous étions un «parti révolutionnaire». Qu’est-ce que j’avais à faire de ça ! J’étais empêtré. Je me débattais comme je pouvais. Je me rappelle avoir fait à la télé des cours de sémantique, expliquant que le mot «révolutionnaire» était en ce cas aussi anodin qu’il l’était quand la régie Renault prétendait que sa nouvelle Frégate avait une transmission «révolutionnaire». Ca a fait rigoler la France entière.» (Michel Rocard, Si la gauche savait, 2005, p. 163)
- «Le capitalisme est assurément la forme d'organisation sociale qui garantit les plus grandes marges de liberté à tous les acteurs du système. Cela ne peut évidemment pas tenir sans un haut degré d'autolimitation et d'autocontrôle.»
- «La gauche française ne s'est toujours pas défaite de son rêve d'économie administrée.»
- «Le socialisme français doit commencer par cesser d’agir sous le doigt accusateur de ceux qui s’arrogent une sorte de droit à dire ce qui est, et ce qui n’est pas, «de gauche».»
- «Il m'a viré.» Après que François Mitterrand se soit séparé de lui, Rocard lâche cette petite phrase amère.
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