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Aristide OLLIVIER
Duel au Parc de Lavalette à Montpellier
Aristide Ollivier, rédacteur en chef du quotidien Le Suffrage Universel à Montpellier, s'est battu en duel contre Fernand de Ginestous, le 21 juin 1851. A l'origine de ce duel, le fait que ces deux hommes faisaient partie de deux camps adverses en politique.
ARISTIDE Ollivier, nommé rédacteur en chef du quotidien des "rouges" Le Suffrage Universel à Montpellier, le 25 mars 1851, à l'âge de 22 ans, était vivement opposé au quotidien des "modérés" Le Messager du Midi, mais surtout au journal des "royalistes" L'Echo du Midi, et à son rédacteur en chef, Escande. Les propos étaient tenus avec plus d'esprit chez Escande, avec plus de fougue chez Ollivier. Mais tous deux étaient prêts à donner leur vie pour la cause qu'ils défendaient. Aristide Ollivier visait aussi les autorités administratives et judiciaires, qui n'étaient pas tendres pour les républicains "avancés".
D'après son frère aîné, Aristide Ollivier avait "la naïveté d'un enfant et la délicatesse d'une femme". Alors que son père fut membre de la Constituante de 1848, son frère Emile fut préfet des Bouches-du-Rhône puis de la Haute-Marne.
Suite à des propos injurieux tenus par Aristide Ollivier à l'égard de la garnison de Montpellier, et du général de Rostolan qu'il accuse d'être "l'instrument des pressions cléricales et royalistes", celui-ci est traîné devant la cour d'Assises de Montpellier par le Procureur de la République, Alexandre Lacroix, le 17 mai 1851. Ce procès était le 4e qu'on lui faisait depuis six semaines à peine qu'il rédigeait Le Suffrage Universel. Mais Ollivier s'acharna contre le magistrat, réclamant sa destitution.
Bien que l'Echo du Midi fut lui aussi un journal de l'opposition, Escande voulut le désolidariser de l'article "grossier" d'Ollivier, en donnant à celui-ci une leçon de modération. Aristide Ollivier reçut très mal le message : pour lui, l'Echo du Midi est devenu le "journal dénonciateur". Le Suffrage Universel du 29 mai publie, en première page, un long article contre le retour de la monarchie. Dans ce même numéro, il défie l'Echo du Midi de publier dans ses colonnes les noms "vrais" et "honorables" de ses protecteurs politiques. Puis il s'adressa en ces termes à Escande, qui avait le malheur d'être bossu : "Nous nous réjouirons personnellement de cette publication, car elle nous permettrait de choisir un contradicteur plus droit et plus sérieux que le rédacteur de l'Echo du Midi".
Le 31 mai, Escande injurie à son tour : "...Le beau mérite d'être droit, quand on en fait pareil usage !". Pendant toute la première quinzaine de juin, Aristide Ollivier redemande les noms "d'hommes honorables", et déclare le 19 juin que "le parti légitimiste de Montpellier est entièrement composé de laches, si aucun de ses membres ne retire les insultes de son Triboulet ou n'en prend pas la responsabilité".
Dans le numéro de l'Echo du Midi du 19 juin, Escande refuse de donner les "noms honorables" et affirme : "Ce journaliste provençal n'est qu'un goujat !". Le même journal publia un témoignage d'approbation de la part de notables légitimistes. Aristide Ollivier désigna alors lui-même son adversaire, parmi les quinze signataires de la lettre ; il choisit Fernand de Ginestous, "parce qu'il était le plus jeune". Ce dernier était âgé de 28 ans et étudia à l'Ecole de cavalerie de Saumur. De chaque côté, deux témoins sont désignés. Les quatre témoins se retrouvèrent le 20 juin, d'abord sur l'Esplanade, puis au Jardin des Plantes : ils ont cru pouvoir terminer l'affaire par un procès verbal qu'ils signeraient tous les quatre et que publieraient les deux journaux. Mais l'affaire reprit aussitôt. L'arme choisie est le modèle nouveau du sabre d'officier d'infanterie, qui est droit comme une épée. Le rendez-vous est pris pour le samedi 21 juin, à une heure de l'après-midi, à la porte du parc de Lavalette. Aristide Ollivier écrit alors à son père une lettre d'adieux.
A une heure cinquante, les deux adversaires se firent face, le sabre en main. Et dans la minute qui suivit, Ginestous tomba, gravement blessé, alors qu'Ollivier succomba à ses blessures.
Le cadavre d'Aristide Ollivier fut ramené à son appartement de la rue des Tondeurs, où les 21 et 22 juin, il y eut un interminable défilé. Ses obsèques furent célébrées le soir du dimanche 22, jour de la Fête-Dieu. Le cortège fut suivi par une foule de 7000 à 8000 personnes. La statue de bronze d'Aristide Ollivier fut réalisée par Préault et installée sur son tombeau, au cimetière Saint-Lazare à Montpellier.
Fernand de Ginestous fut rétabli de ses blessures, et comparut avec les quatre témoins du duel, devant la Cour d'Assises, le 12 août. Mais les cinq hommes furent acquittés.
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