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Politique

Aristide Briand
"Le Pèlerin de la paix"


ARISTIDE Briand naît à Nantes en Loire-Atlantique le 26 mars 1862 dans une famille bourgeoise de cafetiers.
Il grandit à Saint Nazaire, collectionnant les premiers prix.
Après des études de droit, il s'inscrit au barreau de Saint-Nazaire en 1890.
Victime d'un scandale en 1891, il passe en correctionnelle pour une affaire de moeurs. Il est acquitté en appel, mais ses adversaires de l'Action française lui reprocheront ce fait toute sa vie. Il est alors obligé de quitter la ville en 1892. Il s'installe alors à Paris, où il trouve un travail à La Lanterne, un journal populiste et anti-clérical.
Engagé à gauche, il était un orateur redouté. Il était en effet réputé pour son éloquence et sa capacité de persuasion.
Il fut en tant que militant socialiste le partisan de la grève générale. Il sera mêlé aux côtés de Jean Jaurès à tous les conflits de la S.F.I.O.
En 1901, il est le co-fondateur avec Jean Jaurès du Parti socialiste français, dont il devient le secrétaire général.
En 1902, à l'âge de 30 ans, il obtient son premier mandat de député et il sera réélu jusqu'à la fin de sa vie.
En 1904, il quitte son poste de secrétaire général du Parti socialiste français.
Surnommé "l'Arrangeur", il a cherché des solutions de compromis. C'est la loi de séparation de l'église et de l'Etat (6 décembre 1905) dont il est le rapporteur qui le propulse au pouvoir et l'exclut du parti socialiste. En effet, il joua un rôle important dans le processus de laïcisation de l'Etat français. Aristide Briand saura avant tout parvenir à l'achèvement d'un affrontement violent qui aura duré presque vingt-cinq ans et qui aura opposé deux visions de la France : la France catholique royaliste et la France républicaine et laïque.
En mars 1906, il se voit confier le ministère de l'Instruction publique dans le gouvernement du radical Sarrien.
Aristide Briand eut un rôle de premier plan durant la Première Guerre mondiale, il gouverna la France en guerre pendant 17 mois, d'octobre 1915 à mars 1917. Même s'il manque la victoire, un travail considérable a été accompli, des progrès sensibles réalisés pour l'unité de commandement et la cohésion des alliés. Une tentative de conclusion de la paix en 1917 échoua.
Instigateur de l'expédition de Salonique et des Balkans, il participa à la signature du traité de Versailles en 1919. De 1918 à 1924, l'application du traité de Versailles pose des problèmes à tous les pays concernés. Aristide Briand s'emploie à restaurer des relations plus normales avec l'Allemagne.
Il approuva la création de la Société des Nations (S.D.N.) en 1920 et en soutint la politique.
Il occupera de nombreux postes politiques : il sera onze fois Président du Conseil et vingt-cinq fois ministre dans divers cabinets de centre-gauche. Figure de la IIIe République, Aristide Briand a en effet été tour à tour ministre des Affaires étrangères et ministre de l'Intérieur.
Mais c'est surtout à son action de ministre des Affaires étrangères qu'il doit sa renommée. L'idée de l'Europe est bien sûr liée à celle de la paix mais aussi à la volonté d'un équilibre géopolitique.
Si, en tant que Président du Conseil en 1921, il tente d'obliger l'Allemagne à payer les réparations de guerre prévues par le Traité de Versailles, il abandonne rapidement cette politique de fermeté pour une politique de rapprochement. Mais, désavoué par Alexandre Millerand, Président de la République, il démissionne en janvier 1922.
En 1922, il dit cette phrase : "Nous allons bientôt nous trouver enserrés par deux puissances formidables : les Etats-Unis et la Russie. Il est indispensable de faire les Etats-Unis d'Europe".
En 1925, la conférence de Locarno qui réunit la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique et la Pologne aboutit à la garantie des frontières à l'ouest de l'Europe. La ratification officielle du traité devant le parlement donne l'occasion à Aristide Briand d'expliquer ses objectifs : "Moi aussi j'ai vécu la guerre. A l'heure la plus terrible, la plus angoissante, celle de Verdun, l'homme qui avait le périlleux honneur de porter sur ses épaules les responsabilités redoutables du pouvoir était celui qui parle aujourd'hui à cette tribune. Cet homme a fait face aux événements. Nous étions en guerre, il fallait triompher. Il a vu à cette époque des choses tellement effroyables, l'abominable boucherie l'a rempli d'une telle horreur qu'il s'est alors juré dans sa conscience que si jamais, la victoire remportée, le hasard des circonstances l'appelait encore au pouvoir, tout son coeur, tout son esprit, tout son être se donneraient à la cause de la paix pour empêcher le renouvellement de pareilles atrocités. (...) Pour vouloir la paix, il ne suffit pas de prononcer le mot, il faut l'avoir dans la volonté. Il faut saisir toutes occasions, toutes possibilités de la servir et de la servir constamment. C'est une maîtresse exigeante que la paix ! Plus exigeante que la guerre !"
De retour au Ministère des Affaires étrangères en 1925, il reste fidèle à sa politique de rapprochement avec l'Allemagne, nécessaire au maintien de la paix en Europe.
Le Prix Nobel de la paix lui fut décerné en décembre 1926, ensemble avec son homologue allemand Gustav Stresemann, en reconnaissance de ses efforts pour l'établissement d'une paix durable résultant de négociations librement consenties.
En 1927, il est nommé Président d'honneur du Mouvement paneuropéen fondé par Richard de Coudenhove-Kalergi.
Partisan de la politique de paix et de collaboration internationale, il était le coauteur du pacte Briand-Kellogg qui mettait la guerre hors-la-loi (1928) :
  • Article 1 : les hautes parties contractantes déclarent solennellement, au nom de leurs peuples respectifs, qu'elles condamnent le recours à la guerre pour le règlement des controverses internationales et y renoncent en tant qu'instrument de politique nationale dans leurs relations internationales.
  • Article 2 : les hautes parties contractantes reconnaissent que le règlement ou la solution de tous les différends ou conflits, de quelque nature ou de quelque origine qu'ils puissent être, qui pourront surgir entre elles ne devra jamais être cherché que par des moyens pacifiques.
Par dizaines, les Etats adhèrent au pacte Briand-Kellog. L'un des derniers étant l'U.R.S.S. Au total, ce pacte réunit 57 Etats, mais il n'a qu'une valeur morale.
Au lendemain de la crise de 1929, il se rallie au projet d'une union douanière régionale entre la France, l'Allemagne et les pays voisins, proposée par l'Union douanière européenne (UDE, créée en 1925 par des économistes européens et ayant pour objectif de faire de l'Europe un grand marché libre). Il est un des présidents d'honneur du Comité français.
Le 5 septembre 1929, à la tribune de l'Assemblée générale de la Société des Nations (S.D.N.), il propose la création d'une union régionale, agissant, notamment, dans le domaine économique et ne portant pas atteinte à la souveraineté nationale. Elle concerne une Europe vaste, qui s'étend jusqu'aux frontières de l'URSS et inclut les Etats baltes. Cette proposition connaît un grand succès.
Son idéal pacifiste l'a ainsi fait surnommer "le Pèlerin de la paix".
Le travail d'Aristide Briand à la justice ou comme Président du Conseil est avant tout réformateur : réforme de la justice, retraite ouvrière, congé de maternité... Mais il échoua à faire abolir la peine de mort.
Il précise son projet dans le mémorandum du 17 mai 1930 qui rappelle que cette nouvelle institution s'inscrit dans le cadre de la S.D.N. Elle serait composée d'une Conférence européenne, organe représentatif rassemblant tous les représentants de tous les gouvernements européens membres de la S.D.N., d'un Comité Politique, organe exécutif comprenant quelques membres et enfin d'un Secrétariat. L'un des principaux buts consiste en "l'établissement d'un marché commun pour l'élévation au maximum du niveau de bien-être humain sur l'ensemble des territoires de la communauté européenne". Cet objectif est repris dans le Traité de Rome de 1957 qui institue la Communauté économique européenne (CEE).
Le mémorandum n'est pas accueilli avec le même enthousiasme que son discours à la S.D.N. Si une coopération entre les Etats européens semble nécessaire à tous, l'évocation d'un "lien fédéral" incite à la méfiance. Seule la création d'une commission est décidée le 23 septembre 1930 afin d'étudier les conditions d'une éventuelle collaboration intergouvernementale au sein de l'Europe. Aristide Briand en est élu Président à l'unanimité. Il ne s'agit pas d'une institution européenne mais d'un organisme d'étude pourvu d'un pouvoir d'incitation et de proposition. La mort d'Aristide Briand en 1932 conduit à la disparition de cette commission.
Il fut battu par Paul Doumer le 13 juin 1931 à l'élection présidentielle.
C'est en janvier 1932, après son premier voyage en Allemagne, qu'il se retire, usé par la vie politique.
Même après sa mort, le 7 mars 1932, sa doctrine (pacifisme, arbitrage, désarmement) est appliquée, notamment par Alexis Léger (en littérature : Saint-John Perse 1887-1975).



Ses idées


  • "Je pense qu'entre des peuples qui sont géographiquement groupés comme les peuples d'Europe, il doit exister une sorte de lien fédéral ; ces peuples doivent avoir à tout instant la possibilité d'entrer en contact, de discuter leurs intérêts, de prendre des résolutions communes, d'établir entre eux un lien de solidarité, qui leur permette de faire face, au moment voulu, à des circonstances graves si elles venaient à naître." (Assemblée générale de la S.D.N. à Genève, le 5 septembre 1929, cité dans L'Union Européenne, B. Mirkine-Guetzevitch et G. Scelle, 1931).

  • Et à propos du lien fédéral : "Evidemment, l'association agira surtout dans le domaine de l'économique : c'est la question la plus pressante. Je crois que l'on peut y obtenir des succès. Mais je suis sûr aussi qu'au point de vue politique, au point de vue social, le lien fédéral, sans toucher à la souveraineté d'aucune des nations qui pourraient faire partie d'une telle association, peut être bienfaisant." (Assemblée générale de la S.D.N. à Genève).

  • "Je sais bien que j'ai les peuples pour moi. Le sentiment européen, c'est un courant contre lequel il n'y a rien à faire." (Cité par André Maurois, Choses vues, Paris, 1963, p.22).

  • A propos des accords de Locarno, avec ses homologues allemands : "J'y suis allé, ils sont venus et nous avons parlé européen. C'est une langue qu'il faudra bien que l'on apprenne." (Séance du 26 février 1926, cité par B. Oudin, Aristide Briand, p.478).

Le 6 Août 2005


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