Droit et politique
Jean-Jacques Régis de Cambacérès
Inspirateur, éducateur et collaborateur discret de Bonaparte
JEAN-JACQUES REGIS DE CAMBACERES, né à Montpellier le 18 octobre
1753, fut, avec son frère Etienne-Hubert, le seul survivant d'une famille de onze enfants.
Après la mort de sa mère Marie-Rose en 1769, son père Jean-Antoine se remaria et eut
encore deux enfants. Celui-ci fut maire de Montpellier.
Malgré le niveau modeste de sa famille, il reçut une éducation très soignée. C'est d'une
grande application et intelligence qu'il fit preuve au collège d'Aix-en-Provence. Très tôt,
son caractère souple et craintif, qui venait peut-être de la faiblesse de sa constitution,
attira les railleries de ses condisciples.
Les difficultés financières de son père sont certainement à l'origine de son souci
constant d'être à l'abri du besoin.
Reconnu pour ses talents pour le barreau, le jeune Cambacérès vint s'établir comme avocat
à Montpellier après sa licence : il exerça alors ses fonctions de magistrat à la cour des
comptes, avec une grande autorité.
S'étant lié d'amitié avec Jean-Antoine Chaptal qu'il introduisit à la loge maçonnique des
"Amis fidèles", il fit avec ce dernier son premier voyage à Paris, en 1776.
La vie de Cambacérès est intimement liée à celle de la Révolution française. Après avoir
de nouveau séjourné à Paris, seul, en janvier 1789, il fut élu le premier avril 1789, au
premier tour en qualité de second député noble de la sénéchaussée de Montpellier. Par la
suite, il s'occupa de plusieurs questions à l'hôtel de ville de Montpellier, parmi lesquelles
les subsistances dont il fut nommé président.
Le 5 février 1790, il participa à la fondation de la "Société des Amis de la Constitution
et de l'Egalité de Montpellier", dont il rédigera le règlement.
Après avoir été élu procureur-syndic du district de Montpellier, il fut élu président du
tribunal criminel de l'Hérault, séant à Montpellier. C'est avec un talent politique rare qu'il
prononça son premier discours républicain, le 24 août 1792.
Elu député à la Convention le 6 septembre 1792, il s'installa dans la capitale.
Au moment du jugement de Louis XVI, Cambacérès déclara celui-ci coupable, mais proposa
qu'on le laisse communiquer librement avec ses conseils, et qu'il ne soit pas jugé par
l'Assemblée.
Nommé président du Comité de salut public en 1794, Cambacérès fut l'un des rédacteurs du
Code civil qui apparut en 1804. Il y consacra le meilleur de son temps et de ses forces, ainsi
que sa riche expérience du droit, des affaires et de la politique. Il y définit les trois
questions qui lui paraissaient essentielles : la libre disposition de la personne humaine,
l'utilisation des biens par cette personne pour subvenir à ses besoins, et l'emploi de la
personne et des biens pour augmenter le profit, d'où découlent les droits de liberté, de
propriété et de libre contrat ou autonomie contractuelle.
En 1795, il est accusé de vouloir le retour de la royauté par une lettre de M.
d'Entraigues. D'octobre à mai 1797, il est élu président du Conseil des Cinq-Cents.
En 1798, il est nommé député par l'assemblée électorale, séante à l'Oratoire.
Le 11 juin 1798, il est nommé ministre de la justice.
En 1798, Bonaparte choisit Cambacérès comme second consul.
En 1801, il sollicite pour Napoléon le consulat pour dix années qui suivront celles pour
lesquelles il est nommé, puis le consulat à vie.
En 1804, il fait nommer Napoléon Empereur des Français. La même année, il est nommé prince
archi-chancelier de l'Empire, président du Sénat. Deux ans plus tard, il fut nommé
grand-officier de la Légion d'Honneur et duc de Parme.
En 1808, il appuie l'invasion de l'Espagne.
En 1809, il contribue au divorce de Napoléon avec Joséphine. La même année, il appuie au
conseil d'Etat l'alliance avec l'Autriche.
En 1814, il est nommé président du Conseil de régence. C'est lui qui régla le départ de
Paris de l'impératrice et du roi de Rome, les accompagna jusqu'à Blois, puis, en tant que
sénateur, il envoya son adhésion à la déchéance de Napoléon.
Au retour de l'île d'Elbe en 1815, il fut rétabli dans toutes ses fonctions et reprit le
porte-feuille de la justice.
En janvier 1816, à la seconde Restauration, il fut banni comme régicide et se retira à
Bruxelles.
Il rentra en France par ordonnance royale du 3 mai 1818.
Sa dernière manifestation politique fut son vote de 1820 pour le candidat officiel.
Cambacérès demeurait, très certainement, l'inspirateur, l'éducateur et le collaborateur
discret de Bonaparte.
Cambacérès, alors second consul, intervint avec beaucoup de courage, désintéressement et
un sens politique profond
A la fin de sa vie, Cambacérès n'était plus qu'un vieil homme très riche, très raisonnable
et très pieux.
Le premier mars 1824, il est frappé d'une attaque d'apoplexie et meurt le 8 mars à Paris.
Stendhal dira de Cambacérès : "Il remplissait ses fonctions avec un talent
supérieur, une raison profonde. Il résumait fort bien."
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