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Politique

Jean Casimir-Perier
Le Président au bref mandat


JEAN Paul Pierre Casimir-Perier (Paris, 8 novembre 1847-idem, 11 mars 1907) est un homme d'Etat français, président de la République française (27 juin 1894-16 janvier 1895) sous la Troisième République.
Après Sadi Carnot, fâcheusement assassiné, on cherchait un président qui eût ses origines bourgeoises, son aisance financière, son pedigree républicain. On proposa à Casimir-Perier, grand notable du Dauphiné, de se présenter devant le Congrès. Il n'était nullement pressé de parvenir à la magistrature suprême, mais estimait à vrai dire qu'elle revenait naturellement à des gens de son rang social, puisque la République avait promis, depuis Thiers, d'être conservatrice. On pouvait tenir pour assuré qu'un Casimir-Perier, le descendant du Premier ministre de Louis-Philippe, ferait tout pour contenir la subversion sociale. C'était la place d'un Perier que d'être le premier dans la lutte contre l'anarchie. Il acceptait volontiers le défi.
Sadi Carnot était l'héritier d'une dynastie républicaine, les Perier sont une dynastie de notables libéraux, ayant exercé des responsabilités d'hommes d'Etat pendant plusieurs générations.
L'ancêtre est Claude Perier ; arrière-grand-père de Jean Casimir, il fabriquait des toiles. Il était devenu très riche, au point d'apparaître comme le seigneur du château de Vizille où il reçut les Etats du Dauphiné en 1788, après la journée des Tuiles.
Jean, candidat à la présidence de la République, était le fils de cet Auguste Casimir Victor Laurent Perier (1811-1876) qui avait d'abord choisi la carrière diplomatique. Il avait été élu par Paris en 1846 à la Chambre des députés. En 1849, le département de l'Aube, dans lequel il possédait des milliers d'hectares, l'envoya siéger à l'Assemblée législative. Il a été ministre de l'Intérieur dans le gouvernement d'Adolphe Thiers.
Jean était le petit-fils de Casimir Perier (1777-1832), président du Conseil sous Louis-Philippe Ier durant le régime de la Monarchie de Juillet. Il étudia au lycée Condorcet.
Jean Casimir-Perier épouse à Paris le 17 avril 1873, Hélène Perier-Vitet qui lui donnera deux enfants : Claude (1880-1915, mort pour la France) et Germaine (Mme Sommier, 1885-1968).
Il entra dans la vie publique comme secrétaire de son père, lorsque celui-ci était ministre de l'Intérieur dans le ministère Thiers.
En 1874, il fut élu conseiller général de l'Aube et fut envoyé par ce département à la chambre des députés lors des élections générales de 1876 et il fut toujours réélu jusqu'à ce qu'il devînt président de la République. Malgré les traditions de sa famille, il rejoignit le groupe des Républicains de gauche et fut un des 363 qui s'opposèrent au Seize-Mai (1877). Il refusa de voter l'expulsion des princes en 1883 et démissionna comme député quand la loi fut promulguée, à cause de ses liens personnels avec la famille d'Orléans.
Le 17 août 1883 il devint sous-secrétaire d'Etat à la guerre, poste qu'il occupa jusqu'au 7 janvier 1885. De 1890 à 1892, il fut vice-président de la Chambre, puis en 1893 président. Le 3 décembre, il devint président du Conseil avec le portefeuille des Affaires étrangères, mais il démissionna en mai 1894 et fut réélu président de la Chambre.
En fait, il faut trouver immédiatement un président, après l'assassinat de Sadi Carnot. On se souvient des préférences manifestées à la fin de sa vie par le grand homme victime de sa charge. Il considérait comme son successeur le grand bourgeois de l'Isère. Les deux familles Carnot et Perier étaient liées par l'histoire : deux dynasties de notables qui avaient eu en charge les destinées du pays. Il fallait un honnête homme à l'Elysée. La conscience de Casimir-Perier était proverbiale, sa personne immaculée. Il était de ceux qu'une immense fortune garantissait des tentations. Il avait les moyens d'être parfaitement honnête.
Donc le 24 juin 1894, il fut élu président de la République par 451 voix contre 195 pour Henri Brisson et 97 pour Charles Dupuy. Sa présidence ne dura que six mois. La démission du ministère Dupuy le 14 janvier 1895 fut suivie le lendemain de la sienne. Il l'expliqua par le fait qu'il se voyait ignoré par les ministres, qui ne le consultaient pas avant de prendre des décisions et ne l'informaient pas des événements politiques, surtout dans le domaine des affaires étrangères. Les droites ont voté pour le général Février. L'élection n'est pas triomphale. Perier n'est pas un personnage d'unanimité. Une fraction seulement du Parlement lui a accordé sa confiance. Au même scrutin, Carnot avait réuni 616 voix, au deuxième tour il est vrai. Il n'a été besoin que d'un tour pour élire Casimir.
Il avait eu une carrière rapide, comme il convenait à un Casimir-Perier. Initié aux affaires au cabinet de son père, il avait été très vite sous-secrétaire d'Etat à l'Instruction publique. Un poste où l'on pouvait observer le milieu politique, dans un lieu névralgique, la rue de Grenelle, bientôt témoin des grands affrontements scolaires. Il était revenu au pouvoir en acceptant le sous-secrétariat d'Etat à la Guerre. En 1893, il était élu président d'une Chambre des députés dont la majorité était opportuniste et modérée. Il était logique qu'on lui offrît alors le pouvoir. Il l'avait accepté avec beaucoup de réticence, comme il seyait à un notable.
On vient donc de nouveau supplier Casimir-Perier. On veut absolument voter pour l'homme au faciès de dogue, à la lourde encolure, aux yeux exorbités qui lancent des éclairs : celui-là est un fonceur, un intransigeant, un intrépide. On veut un président musclé.
Dans son adresse au Parlement, il promet d'unir dans son action "ces deux forces sociales sans lesquelles les peuples périssent, la liberté et le gouvernement".
Il abandonna complètement la politique et se consacra aux affaires - surtout à l'exploitation minière. Lors du jugement de Alfred Dreyfus à Rennes, son témoignage, opposé à celui du général Mercier, fut très utile à la cause de l'accusé.
Casimir-Perier a-t-il une chance de finir son septennat sans histoires ? Ce n'est pas l'avis des observateurs. L'un d'eux, un député de la droite modérée, confie à un journaliste : "Avant six mois, la démission ou la dissolution !". La dissolution ? Il n'en saurait être question après le précédent de Mac-Mahon. Pas un président de la République n'osera y penser. En cas de désaccord avec l'Assemblée ou le gouvernement, il ne reste au Président qu'une seule issue : la démission. Casimir-Perier s'en doute-t-il déjà au soir de son élection à Versailles ?
En 1893, la grande dépression économique bat son plein. La sécurité de l'emploi est compromise, les salaires sont bas, les grèves nombreuses, l'attitude du pouvoir très ferme à l'égard des grévistes. L'élection à l'Elysée de Casimir-Perier, ce grand bourgeois multimillionnaire, devient le symbole de la richesse triomphante, de la fortune intransigeante. Il est tout naturellement la cible des polémistes de la gauche, le centre des attaques parlementaires des élus socialistes. Le nombre des syndiqués s'accroît régulièrement. Ils sont plus de 400 000 en 1894 contre 139 000 en 1890.
Sur le plan électoral, les progrès des socialistes sont inquiétants pour Casimir. Les mairies de Narbonne et de Commentry sont conquises, ainsi que celles de Roubaix, de Montluçon, de Caudry : quarante-huit députés socialistes sont entrés en 1893 au Palais-Bourbon. Parmi eux, Jean Jaurès. Le groupe socialiste a rendu public un violent manifeste : "Un Parlement livré à toutes les influences corruptrices du capital vient d'élire à la présidence de la République Casimir-Perier, d'Anzin."
Pour la gauche socialiste, la présence du grand bourgeois Casimir-Perier à l'Elysée doit être combattue. Une victoire de la gauche aura l'effet d'un symbole, elle entraînera de nouvelles conquêtes. La lutte entreprise contre Casimir est profondément politique, on veut le chasser par tous les moyens de l'Elysée.
La campagne contre le président de la République commence à l'extrême droite, et non pas à gauche : les Rochefort et les Drumont attaquent les premiers. Ils s'en prennent au cacique des opportunistes, à l'héritier de Jules Ferry. Ils combattent l'homme fort que les républicains se sont donné, après l'assassinat de Carnot. Puis la gauche intervient, sous la plume d'Alexandre Millerand, le premier attaquant, qui intitule un de ses articles dans la Petite République "l'Ennemi".
Un journaliste très connu dans Paris, Gérault-Richard, écrit dans le Chambard, une des nombreuses petites feuilles qui sortent tous les jours dans Paris (plus de soixante journaux quotidiens !) une série d'articles intitulés "A bas Casimir !" Ils sont d'une violence insupportable qui touche droit au coeur l'hôte de l'Elysée. Les attaques ne cessent pas. Toute la presse de gauche entonne le refrain : le président de la République est l'ennemi du peuple. On ne dit pas encore qu'il doit partir. Mais on sous-entend qu'il doit se taire, et cesser de paraître.
On ne tient le Président au courant de rien. Il est isolé à l'Elysée. Il a eu la faiblesse de garder comme président du Conseil Charles Dupuy, qui a été candidat contre lui. Dupuy et ses ministres boycottent l'Elysée, rien ne filtre des délibérations du gouvernement. On s'arrange pour que Casimir soit tenu dans l'ignorance de tout.
Son isolement devient manifeste quand le 5 janvier 1895 l'ambassadeur d'Allemagne, le comte de Münster, lui demande audience. Il veut savoir "s'il était prouvé que l'ambassade d'Allemagne n'avait jamais été impliquée dans l'affaire Dreyfus. Sa Majesté l'empereur Guillaume II (peut espérer)... que le gouvernement de la République n'hésiterait pas à le déclarer". Casimir tombe des nues ! Hanotaux est dans le Midi. Il n'a pas soufflé mot au Président de ses conversations avec Münster. Le Président réclame les dossiers de la Guerre et des Affaires étrangères.
Ce n'est pas Dreyfus qui s'évade mais le président de la République Casimir-Perier. Il prend la décision de quitter sa cage dorée de l'Elysée où le gouvernement l'abandonne sans aucune information. Il en a assez dêtre tenu à distance, sans être défendu contre les violentes attaques de la presse de gauche et de la presse d'extrême-droite.
Il s'en ouvre à son ami Reinach, lui parle d'un complot monté contre lui par Dupuy et ses ministres. C'est la rancune du président du Conseil qui explique tout. Il aurait voulu entrer à l'Elysée et Casimir lui a barré la route. C'est l'explication avancée par Reinach : une affaire personnelle.
Dès le 12 octobre 1894, Casimir-Perier fait part à Joseph Reinach de son intention de quitter l'Elysée. Les attaques le touchent, c'est un sensible. La presse ne le ménage pas, à gauche comme à droite. Il est las d'être la tête de Turc du régime, sans pouvoir rendre les coups. Il vit reclus à l'Elysée, n'ose plus sortir, de peur de se faire insulter ou siffler dans la rue. Il craint pour ses enfants. Il se sent espionné, entouré de méfiance et d'hostilité. Il reçoit ses amis sur la pelouse, pour que personne ne puisse surprendre la conversation. Reinach tente en vain de l'apaiser. Il lui confie qu'il a donné l'ordre aux cochers et aux valets de pied de retirer leurs cocardes pour qu'on ne remarque pas sa voiture quand il se déplace dans la capitale.
Il expliquera plus tard qu'il trouve trop faibles les pouvoirs du président de la République, condamné à l'inaction. En 1848, il pouvait nommer et révoquer les ministres, il était pleinement maître de l'exécutif. Ce n'est pas le cas depuis 1875. Le décret révoquant un ministre doit être contresigné par le président du Conseil. Il n'est donc plus maître du pouvoir. Il est seulement un arbitre que l'on consulte occasionnellement, mais que le président du Conseil a pleinement les moyens de tenir en dehors du débat politique. Même les messages au Parlement doivent être contresignés. Il est totalement irresponsable. La France a un régime d'assemblée.
L'occasion est fournie le 14 janvier 1895, quand le cabinet Dupuy est mis en minorité à la Chambre des députés.
C'est Félix Faure qui reçoit le premier la confidence du chef de l'Etat : Casimir-Perier a fait appeler son ministre de la Marine. Il a ouvert ses consultations, comme il est normal en temps de crise. Il a dit à Félix Faure qu'il était décidé à quitter l'Elysée. Il rendrait bientôt sa résolution publique !
Le lendemain, 15 janvier, le président du Sénat est officiellement saisi de la demande du président de la République de se démettre de ses fonctions.
La nouvelle touche le monde politique comme une bombe. On savait que Casimir n'était pas heureux à l'Elysée, mais personne ne pouvait croire sérieusement à son départ. Le président du Sénat devait cependant avertir le milieu parlementaire. Dès le lendemain 16 janvier, un message présidentiel était lu à la tribune des deux assemblées : "Si on ne refuse pas un poste au moment du danger, écrivait le Président, on ne conserve une dignité qu'avec la conviction de servir le pays."
Casimir est-il devenu révisionniste ? Il ne va pas jusque-là, mais sa déclaration est accueillie au Parlement par des protestations. Il connaissait après tout mieux qu'un autre la nature de la fonction présidentielle. Pourquoi a-t-il accepté de se présenter ? Va-t-il rejoindre le camp des boulangistes ? Pourquoi n'a-t-il pas dissous la Chambre ? lui reproche la droite.
Le départ de Casimir-Perier ne ferait pas verser de larmes aux défenseurs du système républicain. Il n'y eut à aucun moment la remise en question qu'il espérait de la fonction présidentielle. On considéra simplement que son caractère n'était pas adapté à la fonction, et qu'il avait été élu par erreur. Il n'était pas, après tout, un vrai professionnel.



Mandats électifs


  • 1876 - 1894 : député de Nogent-sur-Seine (centre gauche)
  • 10 janvier 1893 - 3 décembre 1893 : président de la Chambre des députés
  • 2 juin 1894 - 27 juin 1894 : président de la Chambre des députés


Fonctions gouvernementales


  • 1877 - 1879 : sous-secrétaire d'Etat à l'Instruction publique, aux Beaux-Arts et aux Cultes
  • 1883 - 1885 : sous-secrétaire d'Etat à la Guerre
  • 1893 - 1894 : président du Conseil et ministre des Affaires étrangères

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