Histoire des sciences
Jean-Antoine CHAPTAL
Un chimiste qui devient ministre de l'Intérieur
C'EST au sein d'une famille très honorable, aisée et chrétienne
que naquit Jean-Antoine Chaptal, le 5 juin 1756, à Nojaret en Gévaudan (aujourd'hui
département de la Lozère). Il sera lui-même un catholique croyant. Ses parents, Antoine Chaptal
et Françoise Brunel eurent sept enfants : cinq filles et deux garçons.
Le petit Jean-Antoine, curieux et intelligent, évolua à la campagne en gardant les troupeaux
de son père. A l'âge de 10 ans, Chaptal fut placé en pension chez Jean-Antoine Caylar,
bénéficier de la cathédrale de Mende, qui l'initia au latin.
Puis, notre futur savant intégra le Collège des Doctrinaires de Mende. Il y resta cinq ans
et fut un brillant élève. Par la suite, son oncle Claude Chaptal, qui occupait le premier rang
parmi les médecins praticiens de Montpellier, se chargea des frais de son éducation et l'envoya
suivre un cours de philosophie au collège de Rodez. Couronné de succès, Jean-Antoine Chaptal
débuta ses cours à l'Ecole de Médecine de Montpellier, en septembre 1774. C'est alors qu'il
acquit sa facilité d'élocution et sa courtoisie des manières. Au bout de deux ans, il soutint
la thèse : "Coup-d'oeil physiologique sur les sources des différences parmi les
hommes au point de vue de la culture des sciences", qui fut moins médicale que
philosophique. Cette thèse, qui prouvait une vaste érudition de la part d'un jeune homme de
21 ans, eut un grand succès, et fut éditée à deux reprises à 2600 exemplaires, ce qui
ne s'était jamais vu. Trois mois après, Jean-Antoine Chaptal fut nommé docteur en médecine. Il
entra alors à la Société royale, dans la classe des aides-anatomistes.
Le 25 avril 1781, le roi Louis XVI approuva la création d'une chaire de chimie à
Montpellier, où Chaptal fut nommé professeur, le 5 janvier 1782. Peu de temps après,
Arthur de Dillon, archevêque de Narbonne et président des Etats du Languedoc, devint le
protecteur de Chaptal.
Doué d'une étonnante mémoire, d'une charmante physionomie et d'une belle prestance, Chaptal
avait une diction simple, élégante et claire. C'était un travailleur infatigable. En 1781,
parut son livre Mémoires de chimie.
Les travaux de Chaptal ont été féconds. Dès 1789, plusieurs industries nouvelles ont été
introduites dans le Languedoc : des fabriques d'alun, d'huile de vitriol, de couperose, de
brun-rouge, de pouzzolanes artificielles, de blanc de plomb. Tous ces produits, ainsi que les
acides nitrique, muriatique... étaient fabriqués dans son usine.
Après la Révolution, il publia Dialogue entre un Montagnard et un Girondin, ce qui
provoqua son arrestation après le 31 mai 1793, mais il fut vite libéré grâce à ses amis. Il
dirigea la fabrication du salpêtre dans le Midi, puis à Paris. Par la suite, la direction de
la poudrière de Grenelle lui fut confiée.
Après dix ans d'un brillant professorat, il publia Les éléments de chimie : il
y enseigna, entre autres, la découverte des gaz, la décomposition de l'air et de l'eau, la
fermentation du vin, le mélange du sucre pour le bonifier, lui faire perdre son acreté,
augmenter sa force, sa couleur et assurer sa conservation, procédé facile et précieux qu'on
appela Chaptalisation. Son livre fut bientôt vendu dans le monde entier et traduit dans
toutes les langues. Parallèlement, l'organisation de la chaire de chimie à Toulouse fut confiée
à Chaptal. En 1781, à l'âge de 25 ans, Jean-Antoine Chaptal épousa Melle Lajard, fille
d'un négociant honorable de Montpellier. Ils eurent un fils et deux filles. A l'âge de
31 ans, Chaptal s'est vu attribuer les "Lettres de noblesse et la décoration de l'Ordre
du Roi".
Après trois ans passés à Paris, Chaptal revint à Montpellier où il reprit son cours de
chimie. Par la suite, il céda ses établissements à Bérard et à Martin. Il retourna à Paris
avec sa famille, vers 1798 ; il fonda une vaste usine de produits chimiques à Ternes, près
de la barrière du Roule. Il publia alors son Essai sur les vins.
Après le coup d'Etat du 18 brumaire, Jean-Antoine Chaptal fut nommé conseiller d'Etat,
puis ministre de l'Intérieur, par Napoléon. Il démissionna de ces fonctions le 5 août 1804,
puis entra au Sénat dont il fut élu trésorier, et enfin élevé au grade de Grand-Officier de la
Légion d'honneur. Quelque temps après, il publia son "Traité de chimie appliquée aux
Arts". Par ailleurs, se lançant dans les sphères supérieures de physique, Chaptal conçut et
exécuta un voyage aérien auquel s'associèrent Biot et Gay-Lussac.
En 1802, il acheta la magnifique terre ainsi que le château de Chanteloup, près d'Amboise.
Il transforma cette terre en une exploitation agricole, et eut un troupeau de moutons mérinos
qui devint célèbre en Europe. Parallèlement, il y construisit une fabrique de sucre. C'est
alors que Napoléon le nomma membre du Conseil du commerce et des manufactures. Pendant les
Cent-Jours, Chaptal fut nommé ministre d'Etat et directeur général de l'agriculture, du
commerce et de l'industrie.
Jean-Antoine Chaptal avait cédé à son fils, en 1816, son établissement des Ternes, mais
celui-ci le ruina par des spéculations malheureuses. Ce fut là la seule douleur qui ait pu
l'atteindre. Pour payer ces dettes, il abandonna toute sa fortune. Il avait alors 70 ans.
Les littérateurs, les savants et les hommes politiques avec lesquels Chaptal a été le plus
lié, étaient : Fontanes, Laplace, Monge, Berthollet, Daru, Raynouard, Gay-Lussac, Delpech,
M. Bérard, M. Dumas.
"Le préfet essentiellement occupé de l'exécution transmet les ordres au sous-préfet,
celui-ci aux maires des villes, bourgs et villages ; de manière que la chaîne d'exécution
descend sans interruption du ministre à l'administré et transmet les lois et les ordres du
gouvernement jusqu'aux dernières ramifications de l'ordre social avec la rapidité du fluide
électrique." Ainsi s'exprimait Chaptal, avec art. Il alliait science et politique pour
expliquer une grande étape vers la décentralisation et le rapprochement entre l'administration
et les administrés.
Il décéda le 29 juillet 1832, à 76 ans.
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