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Histoire de France
La Commune de Paris
Les fédérés se révoltent


LA Commune de Paris de 1871 est un événement singulier. Il s'agit d'un gouvernement révolutionnaire formé le 18 mars 1871 dans Paris assiégé par l'armée prussienne. Les communards et patriotes intransigeants, qui prirent le nom de fédérés, s'opposèrent à la politique du gouvernement de Thiers, établi à Versailles. Divisés entre eux, ils prirent des mesures qui effarouchèrent l'opinion provinciale et bourgeoise. Avec l'accord tacite des Prussiens, l'armée versaillaise de 100 000 hommes sous le commandement de Mac-Mahon pénétra dans Paris le 21 mai. Les combats de la Semaine sanglante se terminèrent par l'écrasement de la Commune, des massacres et une répression qui firent près de 50 000 tués, emprisonnés ou déportés. Après Karl Marx, les communistes virent dans la Commune de Paris la première révolution prolétarienne de l'histoire. Les fédérés, en se retirant, mirent le feu à plusieurs monuments dont les Tuileries et fusillèrent leurs otages.



Origines


Par certains aspects, la Commune de Paris se rattache aux révolutions du XIXe siècle : 1830, 1848. Par d'autres, au contraire, elle annonce les grandes révolutions victorieuses du XXe siècle, qui d'ailleurs s'en réclament explicitement.
La Commune de Paris trouve sa source dans un élan républicain se référant à la Première République et au gouvernement révolutionnaire de la Commune de Paris (1792), ainsi qu'à l'insurrection populaire de juin 1848 sous la Deuxième République et qui avait été réprimée de façon sanglante par le gouvernement instauré par la Révolution de février 1848. C'est d'ailleurs depuis lors que le drapeau rouge rallie les insurrectionnalistes et barricadiers (symbolisant le sang du peuple ouvrier, le drapeau tricolore étant vu comme synonyme de répression).
De 1789 à 1871, la France ayant vécu principalement sous des régimes monarchiques ou impériaux (Premier Empire, Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire), le régime républicain n'avait fonctionné que très peu d'années. La guerre déclarée à la Prusse par Napoléon III, en juillet 1870, avait accumulé, en France, les désastres militaires. Le 4 septembre, sous la poussée populaire, la Troisième République est proclamée, mais la guerre continue. Paris est assiégé et connaît une grave famine au cours de l'hiver 1870-71. Un gouvernement - auquel participent le général Trochu, président, Jules Favre et Jules Ferry - est chargé, en principe, de continuer la guerre. Le peuple de Paris, assiégé par les Allemands à partir du 19 septembre, supporte avec un courage exemplaire le froid, la faim et les bombardements. Mais il s'avère bientôt que le gouvernement dit de la Défense nationale n'est nullement décidé à la lutte, tandis que le peuple de Paris réclame la guerre à outrance. 380 000 hommes constituent la garde nationale, groupée dans ses conseils de famille et dirigée par le Comité central.
Deux pouvoirs commencent à s'opposer : celui de l'Etat bourgeois, représenté par le gouvernement du 4 septembre ; celui du peuple, encore vague et incontrôlé.
Jules Favre, ministre des Affaires étrangères du Gouvernement de la Défense nationale, signe un armistice avec Bismarck. Celui-ci prévoit, outre la fin des hostilités pour une période de quinze jours renouvelables, la convocation d'une Assemblée nationale, chargée de décider de la poursuite de la guerre ou de la paix. Les élections du 8 février envoient une forte proportion de monarchistes à l'Assemblée nationale. Tous les élus de Paris sont des républicains, souvent extrémistes. Le Gouvernement de la République se réunit d'abord à Bordeaux, puis à Versailles, pour ne pas tomber sous les révoltes parisiennes comme cela s'est déjà produit pendant le Gouvernement de la Défense nationale (31 octobre notamment).
Le Gouvernement de la République est dirigé par Adolphe Thiers ; il cherche à asseoir le pouvoir de l'Etat, à négocier un traité de paix avec l'Allemagne. Les Parisiens, qui ont supporté un siège très dur, croient toujours pouvoir imposer leur vision à l'ensemble de la France. Ils refusent de se laisser désarmer. C'est donc l'épreuve de force entre le Gouvernement de la République et une partie de la population parisienne (essentiellement les quartiers de l'est parisien).
Délivrée de la guerre extérieure, l'Assemblée des ruraux, des hobereaux et des notables que la province a élus n'a plus devant elle que ces ouvriers, ces artisans, ces petits-bourgeois de Paris, à la fois socialistes, républicains et patriotes, qu'il faut mater. Des mesures sont prises immédiatement contre la population parisienne exténuée par les souffrances du siège : la suppression des trente sous accordés aux gardes nationaux, la suppression des moratoires concernant les loyers et les effets de commerce touchent à la fois les ouvriers, les artisans et le petit commerce. De plus, l'entrée des Prussiens dans Paris, prévue pour le 27 février, apparaît aux Parisiens comme un déshonneur. La foule manifeste et ramène les canons, payés par les souscriptions de la population parisienne, vers les hauts lieux populaires de la capitale : Montmartre, les Buttes-Chaumont, Belleville. Ces canons, ni les Prussiens ni M. Thiers ne les prendront.
Les Allemands n'entrent que le 1er mars dans les beaux quartiers et en sortent le 2. Mais les mesures contre Paris continuent. Des journaux sont suspendus.



Déclenchement


Thiers avait commandé la construction des fortifications qui entouraient Paris, alors qu'il était ministre de Louis-Philippe. Il avait conçu cette enceinte pour défendre la ville contre des ennemis, mais avait aussi déjà calculé à l'époque que, pour mettre un terme aux insurrections populaires, il suffisait d'enfermer les insurgés dans la ville, puis de les réprimer.
Le 17 mars 1871, Thiers et son gouvernement quittent discrètement Paris et envoient la troupe au cours de la nuit s'emparer des canons de la butte Montmartre. Ce même jour, Thiers prend soin de faire arrêter Auguste Blanqui (républicain révolutionnaire insurectionnaliste surnommé "l'Enfermé" parce qu'il avait passé plus de la moitié de sa vie dans les prisons des rois et de l'empereur) qui se reposait chez un ami médecin à Bretenoux (Lot). De là, il le fait transférer dans une forteresse pour s'assurer qu'il ne participerait pas à l'insurrection parisienne.
Le 18 mars au matin, le peuple parisien s'oppose à la troupe venue chercher les canons puis, rapidement, la troupe fraternise avec lui et tout Paris s'enflamme d'une même solidarité entre garnisons et population. Deux généraux, Lecomte qui avait donné ordre de tirer sur la foule et Clément Thomas (responsable des massacres de juin 1848), sont fusillés rue des Rosiers. C'est le début de l'insurrection.
Le Comité central a, en effet, précisé son programme (23 mars). Il constate d'abord la faillite d'un pouvoir qui a mené la France à la défaite et à la capitulation : "Le principe d'autorité est désormais impuissant pour rétablir l'ordre dans la rue, pour faire renaître le travail dans l'atelier, et cette impuissance est sa négation." Il faut donc retrouver un ordre et réorganiser le travail sur de nouvelles bases "qui feront cesser l'antagonisme des classes et assureront l'égalité sociale". L'émancipation des travailleurs et la délégation communale doivent assurer le contrôle efficace des mandataires du peuple chargés par lui des réformes sociales. Ces réformes sociales sont : l'organisation du crédit, de l'échange et de l'association, afin d'assurer au travailleur la valeur intégrale de son travail, c'est-à-dire la disparition du profit capitaliste ; l'instruction gratuite, laïque et "intégrale" ; les libertés des citoyens (réunion, association, presse) ; l'organisation sur le plan communal de la police et de l'armée. Le principe qui doit gouverner la société tout entière, c'est celui qui organise le groupe et l'association. Il y a donc refus de toute autorité imposée du dehors, que ce soit celle d'un administrateur, d'un maire ou d'un préfet, et contrôle permanent de tous les élus.
Le 25 mars, le Comité central appelle la population parisienne à choisir ses représentants : "Les hommes qui vous suivront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant de votre vie, souffrant des mêmes maux." Puis, considérant sa mission comme terminée, il se déclare décidé à céder la place aux nouveaux élus.
A quoi le Gouvernement de Versailles répond en appelant la population parisienne à se grouper autour de son Assemblée, contre les "criminels", les "insensés" qui déshonorent Paris. Malgré ces adjurations, 229 000 Parisiens sur 485 000 inscrits se rendent aux urnes, le 26 mars. La différence entre ces deux chiffres s'explique par la diminution de la population parisienne par suite de la guerre, du siège, des départs en province et à Versailles. D'ailleurs, la participation électorale est plus forte dans les quartiers ouvriers que dans les "beaux quartiers" de l'ouest de Paris.
Le 28 mars, à l'Hôtel de Ville, les membres du Comité central remettent leur pouvoir à la Commune, puis l'on proclame la liste des élus.
Dès le 29 mars, la Commune décide de former dix commissions correspondant aux différents ministères que le Comité central avait pris en main, à l'exception de celui des Cultes qui est supprimé. Le 19 avril, dans une déclaration, elle explique ses buts au peuple français : reconnaissance et consolidation de la République, une république non plus centralisée, mais qui serait le résultat de la fédération de toutes les communes de France. Suit l'énumération des droits de la commune : vote du budget communal, organisation de la magistrature, de la police, de l'enseignement, recrutement de tous les fonctionnaires par élection ou concours, administration des biens appartenant à la commune, garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté du commerce, de la liberté du travail, intervention permanente des citoyens dans les affaires de la commune, organisation de la garde nationale par l'élection des chefs. La Commune de Paris se défend de vouloir, comme l'en accuse le Gouvernement de Versailles, imposer sa dictature aux autres communes de France, ou poursuivre la destruction du pays. Elle refuse, au contraire, la centralisation "despotique, inintelligente, arbitraire ou onéreuse" qui a été imposée à la France par la monarchie, l'Empire et la république parlementaire.
Le 30 mars, les fédérés sont délogés du rond-point de Courbevoie. Le 2 et le 3 avril, les fédérés essayent de prendre l'offensive. Flourens et Duval sont exécutés par les "versaillais". A ces exécutions de prisonniers, la Commune répond par le "décret des otages", qui d'ailleurs ne sera pas appliqué. Du 11 avril au 21 mai, la lutte se poursuit autour de Paris. Le général de la Commune, Dombrowski, inflige aux versaillais des pertes importantes. Mais, après une courte trêve qui permet aux habitants de quitter Neuilly en ruines, les versaillais reprennent leurs attaques. Les forts du Sud sont intensément bombardés.



La Semaine sanglante


Durant la Semaine sanglante (21-28 mai), Paris fut divisé en quatre secteurs militaires ; l'état de siège fut proclamé et l'armée, aidée par les brassardiers et la police, se livra à une chasse à l'homme dans les quartiers populaires. On perquisitionna maison par maison, on fit même des battues dans les catacombes, dans les parcs et dans les forêts proches de Paris, cependant qu'une vague extraordinaire de dénonciations achevait d'attiser la haine.
Les chiffres officiels avouent 38 568 prisonniers, dont 1 058 femmes et 651 enfants. Ces chiffres ne correspondent évidemment pas au nombre des arrestations : on arrêta d'abord, on décompta plus tard. Entre la première et la seconde opération, il y avait notamment le transfert à Versailles : il se faisait à pied, et les officiers avaient le "droit", durant le parcours, de procéder à des exécutions sommaires. Il y eut aussi des exécutions pour tentative d'évasion : 300 dans la seule nuit du 27 au 28 mai. Beaucoup de prisonniers périrent dans les prisons, à Satory, sur les pontons ou même dans les wagons qui les transportaient préventivement vers les lieux de détention. Finalement, une fois qu'on eut libéré un peu plus d'un millier de personnes (1 090) arrêtées par "erreur", le chiffre officiel des individus maintenus en état d'arrestation, pour "faits de Commune", se monta à 36 300, qu'il ne resta plus qu'à offrir à la justice des Conseils de Guerre.
Le 9 juin, Paris-Journal écrivait encore : "C'est au bois de Boulogne que seront exécutés à l'avenir les gens condamnés à la peine de mort par la cour martiale. Toutes les fois que le nombre des condamnés dépassera dix hommes, on remplacera par une mitrailleuse le peloton d'exécution." L'"armée de l'ordre" avait perdu 877 hommes depuis le début d'avril. Mais on ne sait exactement combien d'hommes, de femmes et d'enfants furent massacrés au cours des combats ou sur l'ordre des cours martiales. On peut sans doute avancer le chiffre de 30 000 victimes.
A Versailles, on avait entassé plus de 38 000 prisonniers. On en envoya aussi dans des forts et sur des pontons. Beaucoup moururent de mauvais traitements. Pour juger les vaincus de la Commune, quatre conseils de guerre fonctionnèrent jusqu'en 1874. Il y eut 10 042 condamnations et 3 761 condamnations par contumace. Ferré, Rossel se montrèrent devant les conseils de guerre à la hauteur de leur destin. Ils furent condamnés à mort et fusillés. Le plus grand nombre fut déporté en Nouvelle-Calédonie ou en Guyane. D'autres réussirent à gagner la Belgique, la Suisse et l'Angleterre. L'amnistie, votée en 1880, ramena en France les derniers survivants.

Le 24 Janvier 2006


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