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Politique

Edouard Herriot
Homme politique, essayiste, historien de la littérature


EDOUARD Herriot fut l'une des personnalités les plus marquantes des IIIe et IVe Républiques. Témoin actif d'un demi-siècle d'histoire de la France, homme de convictions républicaines, ardent défenseur de la laïcité, il fut porteur des idées humanistes qui jaillirent du siècle des Lumières.
Edouard Herriot est né à Troyes le 5 juillet 1872. Il est le fils de François-Nicolas Herriot, lieutenant d'infanterie. Sa mère, Jeanne-Eugénie Collon, est née à Mostaganem, fille d'un officier de carrière en poste dans cette Algérie récemment conquise. Son père mourut alors qu'elle avait trois ans ; ne voulant probablement pas rester seule avec sa fille, sa veuve vint s'installer à Troyes, ville proche de la petite commune de Saint-Pouange où son beau-frère, l'abbé Victor-Eugène Collon était curé. C'est en ces lieux qu'Edouard Herriot passe par intermittence sa petite enfance et commence sa scolarité, choyé par sa grand-mère maternelle et sa mère qui a dix-neuf ans à la naissance de son fils : "J'ai toujours attribué à sa jeunesse, écrit Edouard Herriot dans ses souvenirs, la forte santé dont j'ai usé et abusé... Son regard était doux comme un baiser."
Les vicissitudes de la vie militaire conduisent la famille Herriot à se fixer momentanément à La Roche-sur-Yon. C'est dans cette ville au coeur du bocage vendéen encore marqué par la résistance des Chouans contre les armées de la Convention, que le jeune Edouard commence en 1877 ses études.
L'été venu, c'est chez son grand-oncle, le curé de Saint-Pouange que la famille vient passer les vacances. A Saint-Pouange, le jeune Edouard découvre tous les charmes de la nature. Il semble que pendant les vacances, le cercle de jeu du jeune Edouard n'aille pas au-delà de la compagnie de ses deux soeurs et de son frère. Le grand-oncle, brave curé de campagne veille attentivement sur ce neveu, certes rêveur mais qui montre également un esprit curieux de toute chose. Parfois, lorsqu'il va à Troyes participer à une rencontre d'ecclésiastiques ou assister à quelque conférence, le curé de Saint-Pouange se fait accompagner par son neveu ; c'est ainsi qu'un jour il le présente à l'évêque. Ce dernier s'enquiert des études du jeune Edouard et s'adressant au curé de Saint-Pouange, l'évêque recommande : "Qu'il travaille bien son latin, nous en ferons un prélat."
Au cours de sa scolarité, il va marquer un grand intérêt pour l'histoire et montrer certaines dispositions pour les beaux textes. Son grand-oncle, l'abbé Collon, n'est pas étranger à cette inclinaison du jeune Edouard pour les belles lettres. C'est dans la bibliothèque du presbytère où il passait beaucoup de temps qu'Edouard se familiarise avec les textes des pères de l'Eglise.
Avoir quinze ans en 1887 et partir poursuivre ses études dans la capitale est alors un événement familial important. Contenant une certaine appréhension, Edouard Herriot se présente au collège Sainte-Barbe que fréquenta jadis Ignace de Loyola, fondateur de la célèbre compagnie de Jésus. Dès les premiers jours, Edouard Herriot affirme ses dispositions pour la rhétorique.
Le premier homme politique que rencontre Edouard Herriot est Maurice Barrès. Récemment élu député de Nancy, il siège à la Chambre dans le groupe qui soutient l'action du général Boulanger.
A la fin de l'année scolaire, Edouard Herriot présente des résultats prometteurs, deux accessits de discours français et de chimie au concours général, six prix et quatre accessits à Louis-le-Grand, quatre prix et un accessit à Sainte-Barbe ainsi que la première partie du baccalauréat avec mention très bien. L'année suivante, il obtient la seconde partie avec l'indulgence du jury, son devoir de philosophie présentant quelque faiblesse.
A la rentrée universitaire de l'année 1891, Edouard Herriot franchit le seuil de l'Ecole Normale Supérieure. Il y obtint en 1893 son agrégation de lettres, qui lui ouvrit les portes d'une brillante carrière d'universitaire. Il fut d'abord professeur à Nancy, puis à Lyon, en classe de rhétorique. Après un premier ouvrage consacré à Philon le Juif et l'école d'Alexandrie, couronné par le prix Victor Cousin de l'Académie des Sciences morales et politiques, il soutint sa thèse de doctorat sur Madame de Récamier. A Lyon, il s'engagea dans l'Affaire Dreyfus aux côtés d'Emile Zola, Anatole France et Charles Péguy, et fonda la section lyonnaise de la ligue des Droits de l'Homme.
Il épouse à Lyon le 30 octobre 1899 Blanche Rebatel (1877-1962), fille du docteur Fleury Rebatel, président du Conseil Général du Rhône. Cette union lui facilite grandement son entrée en politique.
Il entra véritablement en politique dans le sillage du maire de la capitale des Gaules, Augagneur, qui, en 1904, le prit sur sa liste aux élections municipales. Edouard Herriot allait lui succéder à la mairie le 3 novembre 1905. Il le resta jusqu'en 1957, avec une interruption sous l'occupation. Son successeur est Louis Pradel.
Depuis la mort de son père, Edouard Herriot a la responsabilité de chef de famille et doit être plus attentif aux nécessités de la vie quotidienne. Aussi met-il à profit les semaines de vacances scolaires pour se constituer une petite réserve financière lui permettant de faire face à ses menues dépenses et d'aider sa mère.
Au fil du temps, Edouard Herriot se rapproche de la vie lyonnaise, il se lie de sympathie avec des universitaires comme Elie Cartan appelé à devenir un grand mathématicien, Sébastien Charléty qui sera recteur de l'Académie de Paris, Léon Bérard, futur sommité du monde médical.
Figure montante du parti radical, il fut élu en 1912, à quarante ans - l'âge minimum requis -, sénateur du Rhône et le resta jusqu'en 1919. Pendant la Première Guerre mondiale, il fut appelé comme ministre des Travaux publics, du transport et du ravitaillement dans le cinquième ministère Briand. A l'issue du conflit, le parti radical-socialiste, moribond, le porta à sa tête ; il le reconstruisit. En 1923, ce parti, sous son impulsion, s'associa avec la SFIO pour fonder le Cartel des gauches. Après la victoire du Cartel, aux élections législatives de 1924, Edouard Herriot devint chef du gouvernement (Président du Conseil), mais tomba bientôt, renversé sous l'influence des milieux de la banque et de l'industrie hostiles à sa politique financière. Jusqu'aux années 1930, Edouard Herriot devait poursuivre sa carrière de parlementaire. Il revint également au gouvernement comme ministre de l'Instruction publique dans le cabinet de l'Union nationale fondé par Raymond Poincaré en 1926. A ce poste, dans un climat politique apaisé, il mit en oeuvre la réforme de l'école unique. Il retrouva le chemin du pouvoir en 1932, à la tête d'un gouvernement de concentration qui ne devait durer que quelques mois. Après le 6 février 1934, il fut encore ministre d'Etat dans le gouvernement Doumergue, puis membre de plusieurs gouvernements de droite, cependant que son parti évoluait vers la gauche et le Front Populaire. En 1935, réservé quant à cette alliance, Herriot démissionnait de la présidence de son parti, où il fut remplacé par Daladier.
Antimunichois de la première heure, partisan de la fermeté face à Hitler et soutien de Paul Reynaud, il s'abstint en 1940, alors qu'il était président de la Chambre, après avoir soutenu Paul Reynaud, de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.
En 1942, il renvoya sa Légion d'Honneur au maréchal Pétain pour protester contre son attribution à des membres de la LVF, ce qui lui valut d'être assigné à résidence. En août 1944, alors que les armées alliées se dirigeaient vers Paris, il accepta la proposition de Pierre Laval de réunir les Chambres pour restaurer la Troisième République, mais les ultra-collaborationnistes firent échouer cette tentative en demandant aux Allemands de l'arrêter. Il partit en déportation.
A son retour en France à la Libération, il devait retrouver la direction du parti radical, la mairie de Lyon, et également la présidence de l'Assemblée nationale.
Edouard Herriot fut élu à l'Académie française le 5 décembre 1946, par 24 voix au fauteuil d'Octave Aubry, mort prématurément avant d'être reçu. C'est Jérôme Tharaud qui le reçut, le 26 juin 1947. Il perdit quelques amitiés par son attitude modérée lors de l'Epuration mais, quand les passions se calmèrent il fit figure de sage et il retrouva la Présidence de la Chambre en 1947.
L'élection d'Edouard Herriot devait être la dernière, avant l'année 1950, d'une académie largement renouvelée, puisqu'elle comptait trente-huit membres (les fauteuils de Maurras et du maréchal Pétain étant réservés).
Il fut lauréat du prix international de la paix en 1954.
Dans son Bloc-notes, François Mauriac a tracé de ce politicien lettré le portrait suivant : "En vérité, Edouard Herriot était un gros homme charmant. Son charme naissait de ce contraste entre la culture, tous les dons d'une intelligence royale et la ruse, disons la finesse, politicienne".
En 1953, sa santé s'étant altérée, il ne put présider l'élection du président de la République et fut remplacé par André Le Troquer, qui lui succéda au début de 1954 quand le vieux maire de Lyon décida de ne plus se représenter.
Il a été l'un des fondateurs du Comité du Vieux Pérouges qui permit de sauvegarder le prestigieux patrimoine de cette cité médiévale.
Edouard Herriot est mort le 26 mars 1957.
Les obsèques religieuses de ce vieil anticlérical sont, dans un premier temps, annoncées par le Cardinal Gerlier, mais Pierre Mendès France réussit à convaincre la veuve du Président de ne pas conduire le convoi funèbre à la Primatiale Saint Jean. Le 30 mars 1957, les funérailles nationales sont retransmises par la télévision depuis la place Bellecour, en présence du Président de la République René Coty et du Président du Conseil Guy Mollet. Les derniers instants d'Herriot ne furent-ils pas, comme le prétendit Gerlier, en harmonie avec toute une vie de laïcité et d'agnosticisme ? Il faudrait être bien informé ou bien téméraire pour hasarder quelque chose sur ce sujet.
La politique, dans laquelle il joua si longtemps un rôle de premier plan, n'avait pas fait oublier à Herriot sa première vocation. On lui doit plus d'une trentaine de volumes au nombre desquels : Précis de l'histoire des lettres françaises, Impressions d'Amérique, Lyon pendant la guerre, Dans la forêt normande, La Vie de Beethoven, La Porte océane, Lyon n'est plus, Aux sources de la liberté.
Il était docteur honoris causa de l'université de Glasgow.



Anecdotes


On attribue à Edouard Herriot une citation célèbre sur la culture : "La culture, - a dit un moraliste oriental, - c'est ce qui reste dans l'esprit quand on a tout oublié." Edouard Herriot, Jadis - Avant la première guerre mondiale (1948), p. 104. En fait, Herriot cite un moraliste oriental.
Ainsi dans son ouvrage "Dans la forêt normande" (Hachette - 1925), au chapitre "La terre et la race" écrit-il : "Le chapeau sur la tête, comme des Juifs à la synagogue, les champignons distillent leur venin."
Alain avait beaucoup d'estime pour le maire de Lyon : "Herriot était puissant par le suffrage populaire, puissant par l'éloquence, puissant par l'espoir des foules". Alain, Echec de la force (1939), Libre Propos du 25 avril 1934.

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