Politique Gandhi, symbole international de l'Inde libre
GANDHI (Mohandas Karamchand), dit le Mahatma, en français "la Grande Ame" est né le 2 octobre 1869 à Porbandar Guparat, capitale de la principauté indépendante du même nom et petit port de la presqu'île du Kathiyavar, sur la côte nord-ouest de l'Inde, dans l'état actuel du Goudjerate. Il était le quatrième enfant de Karamchand et Putlibai Gandhi, famille de riches commerçants de la caste des vaiçya, et de la sous-caste des Modh Baniya. Son grand-père et son père étaient devenus diwan (Premier ministre) de la principauté de Porbandar.
Traditionnellement, les Gandhi devaient faire commerce de parfums : Gandhi signifie en effet parfumeur, droguiste. Le grand-père et le père de Gandhi étaient certes des hauts fonctionnaires, mais ils portaient toujours leur nom de "parfumeur".
Le petit Mohandas eut une jeunesse heureuse. Ses parents étaient des vishnouites pieux, végétariens convaincus, accomplissant leurs devoirs religieux. Cependant, ils accueillaient chez eux avec une égale bienveillance hindous, jaïns strictement adonnés à l'ahimsâ, musulmans, parsis. On discutait religion, à la recherche de la voie du salut. La crise de l'adolescence passée, il suivra les principes essentiels du vishnouisme, mais comme son père, il saura reconnaître la valeur des autres religions, la nécessité d'une large tolérance.
Mohandas était le favori de son père qui voyait en lui son futur successeur dans ses charges administratives. Mais il n'aimait pas l'école. Sa timidité l'empêchait de s'y faire des amis et les études ne l'intéressaient guère.
A quatorze ans, selon la coutume qu'il va combattre plus tard, on le maria. Kasturbai, sa jeune femme, n'avait que quelques mois de plus que lui. Elle était espiègle, désoeuvrée ; lui, sensuel, jaloux, parfois brutal.
Il suivit des études de droit à Allâhâbâd, puis s'embarqua le 4 septembre 1888 pour Londres, laissant à la garde de son frère sa femme et son fils nouveau-né. Il obtiendra 3 ans plus tard son diplôme d'avocat, ce qui lui permettra d'occuper plus tard le poste de son père. Dès le lendemain de son admission au barreau, il reprenait le bateau pour l'Inde. Il n'a apparemment rien vu de la révolution industrielle qui bouleverse le monde occidental. Il a pourtant tout appris, mais sur lui-même.
En fait, ces trois années anglaises sont fondamentales dans la formation du futur père de la patrie indienne. Il y passe d'une civilisation orale à une civilisation écrite. Pour la première fois de sa vie, il lit les journaux et se rend compte de leur puissance pour informer et former une opinion publique. Il écrit ses premiers articles dans la revue The Vegetarian dont le dernier, du 21 février 1891, constitue comme son message d'adieu à l'Angleterre. Il y fustige le gouvernement impérial pour avoir introduit en Inde l'usage du thé, du café et surtout de l'alcool qui contribuent à ruiner non seulement la santé et la bourse de l'Indien moyen, mais surtout sa dignité d'homme.
Il commença donc sa carrière à Bombay. Mais une timidité maladive, jointe à une ambition sans emploi, le paralysait, le rendait incapable de parler en public et même de lire ce qu'il avait rédigé. Son honnêteté farouche, un sens inné de la dignité lui inspiraient à l'occasion du courage mais ne lui facilitaient pas les rapports avec ses collègues, encore moins avec les fonctionnaires anglais. Il fallut fermer le cabinet de Bombay, alors que celui de Rajkot végéta. On lui proposa de se rendre en Afrique du Sud défendre les droits de ses compatriotes contre la discrimination des lois coloniales anglaises. En effet, une colonie indienne d'environ 100 000 hommes était établie dans les différents Etats d'Afrique du Sud. La plupart d'entre eux étaient venus dès 1860, appelés par les résidents anglais du Natal comme main-d'oeuvre pour la culture de la canne à sucre, du thé, des légumes.
Le 11 septembre 1906, jeune avocat au Transvaal, Gandhi fit prêter serment à la communauté indienne réunie dans le théâtre de Johannesburg "de ne jamais se soumettre à la Loi noire". Il s'agissait d'un projet visant à obliger les Asiatiques à se faire inscrire sur les registres de police afin de leur délivrer un certificat d'identité muni des empreintes des dix doigts. Cette mesure infamante et discriminatoire fut le point de départ des campagnes de désobéissance civile de Gandhi.
Pendant la Première Guerre mondiale, Gandhi revint en Inde, où il fit campagne pour que les Indiens rejoignent l'armée indienne britannique. Après la guerre, il se retrouva impliqué dans le Parti du Congrès et le mouvement pour l'indépendance.
L'analyse politique de Gandhi reposait sur la certitude que le colonisateur n'était puissant que dans la mesure où le peuple indien était désuni et acceptait des solutions économiques favorables aux Anglais. Il lancera donc des campagnes pour réhabiliter l'artisanat indien et se passer des solutions industrielles importées. Il filera lui-même le coton pour encourager cette évolution.
Il développa parallèlement une critique philosophique et politique de l'usage de la violence et mit au point des comportements collectifs ou personnels qui respectaient ses adversaires et les obligeaient à le respecter. Il baptisa cette recherche le "satyagraha", la voie de la vérité, et l'"ahimsâ" que l'on traduira par non-violence.
Ce concept d'ahimsâ - que Gandhi définissait comme la "bienveillance envers tout ce qui vit" et qui guida sa conduite au tout début de son action fit son apparition en Inde au VIe siècle avant notre ère au sein du jaïnisme. L'ahimsâ qui se définit comme le refus catégorique du recours à la violence fut développé par le Bouddha. Quatre siècles plus tard, on trouve dans le Sermon sur la montagne un enseignement analogue. Gandhi s'inspira de ces différentes traditions mais également des écrits de Léon Tolstoï qui, dans les années 1880 avait vécu une conversion profonde en une forme personnelle d'anarchisme chrétien. Gandhi traduit "La Lettre à un Hindou" de Tolstoï, écrite en 1908 en réponse à la violence des nationalistes indiens, et les deux correspondent jusqu'à la mort de Tolstoï en 1910.
Il militera aussi contre le système des castes en brisant des tabous comme le nettoyage des latrines qui devait être fait par des "Intouchables".
Il gagna une renommée mondiale par sa politique de désobéissance civile et l'utilisation du jeûne comme forme de protestation. Il fut emprisonné à plusieurs reprises par les autorités britanniques (par exemple, le 18 mars 1922, il fut condamné à six ans de prison pour cause de désobéissance civile mais effectua seulement deux ans de cette peine).
Le 12 mars 1930, il entama une campagne de désobéissance civile contre le pouvoir britannique d'Inde qui imposait une taxe sur le sel. Accompagné d'une poignée de disciples, il commença une longue marche appelée la "marche du sel". Au cours de ses 350 km de route, des villageois, des journalistes et des intellectuels se rallieront à sa cause. 24 jours après son départ, Gandhi atteindra la mer où symboliquement il violera le monopole de l'Etat colonial en ramassant une poignée de sel. Le "père de la nation" indienne sera arrêté sur l'ordre du vice-roi le 5 mai.
Le 8 mai 1933, Gandhi commence un jeûne de 21 jours pour protester contre l'oppression britannique en Inde.
Quand en 1937 la nouvelle Constitution, qui prévoyait l'établissement progressif de l'autonomie mais à laquelle on reprochait d'être due à une décision étrangère, entra en vigueur, les élections, dont il se désintéressait ouvertement furent menées au cri de : "Votez pour Gandhi". Les congressistes obtinrent partout la majorité des sièges ainsi que les ministères dans sept provinces. Si le gouvernement central restait aux mains des Anglais, la vie des provinces dépendait maintenant des Indiens.
En juin 1940, l'Angleterre, l'Inde elle-même sont menacées d'invasion. Le 21 septembre de la même année, le Mahâtma reconnaissait à l'Angleterre le droit de se défendre par les armes mais réclamait pour l'Inde la liberté de prêcher ouvertement la non-coopération à l'effort de guerre.
Le 8 août 1942, Mohandas Gandhi, Jawaharlal Nehru et d'autres chefs nationalistes indiens sont arrêtés par les Britanniques. Ces arrestations font suite au Congrès national indien qui a approuvé le mouvement de la désobéissance civile appelé "Quit India". Elles entraîneront des émeutes qui feront huit morts. Gandhi et Nehru seront emprisonnés à plusieurs reprises jusqu'en 1945.
En 1944, la lutte indienne pour l'indépendance tirait à sa fin, le gouvernement britannique ayant accepté l'indépendance à condition que les deux groupes nationalistes contractuels, la ligue musulmane et le parti du Congrès, règlent leurs différends. Gandhi s'opposa fermement à la séparation de l'Inde mais dut finalement acquiescer, dans l'espoir d'une paix intérieure après que la demande musulmane de la séparation soit satisfaite. L'Inde et le Pakistan sont devenus des Etats séparés quand les Anglais ont accordé à l'Inde son indépendance en 1947.
L'Inde obtiendra donc son indépendance, proclamée le 15 août 1947 à minuit par Rajendra Prasad, président de l'Assemblée constituante. Tous les orateurs rendaient hommage à Gandhi, "lumière qui nous a guidés..., Père de la Nation qui, incarnant l'antique esprit de l'Inde, a tenu haut la torche de la liberté, éclairé les ténèbres environnantes".
Le 30 janvier 1948, Gandhi fut assassiné de trois balles par l'extrémiste hindou Nathuram Godse lors d'une prière publique. Godse reprochait à Gandhi d'être trop favorable à la cause des Indiens musulmans. Deux millions d'Indiens assisteront à ses funérailles.
Gandhi a lutté pour libérer l'Inde du joug britannique, inspirant d'autres peuples colonisés à oeuvrer pour leur propre indépendance, ce qui entraînera finalement le démantèlement de l'empire britannique et son remplacement par le Commonwealth. Le principe guidant Gandhi, le satyagraha (la voie de la vérité), a inspiré des générations de militants démocrates et antiracistes parmi lesquels Martin Luther King et Nelson Mandela.
Ce que Gandhi a montré, non seulement par la parole mais surtout par l'action, c'est que, si la violence est préférable à la lâcheté, la non-violence est une attitude plus courageuse que la violence. "Je crois vraiment, affirme-t-il en 1920, que là où il n'y a que le choix entre la lâcheté et la violence, je conseillerais la violence. (...) C'est pourquoi je préconise à ceux qui croient à la violence d'apprendre le maniement des armes. Je préférerais que l'Inde eût recours aux armes pour défendre son honneur plutôt que de la voir par lâcheté, devenir ou rester l'impuissant témoin de son propre déshonneur. Mais je crois que la non-violence est infiniment supérieure à la violence, que le pardon est plus humain que le châtiment. (...) La non-violence est la loi de l'espèce humaine comme la violence est celle de la brute. L'esprit est assoupi chez la brute et celle-ci ne connaît d'autre loi que la force physique. La dignité de l'homme réclame de lui l'obéissance à une loi supérieure, - à la puissance de l'esprit".
Ainsi, pour Gandhi, la non-violence n'est pas seulement une méthode d'action, elle est une attitude, c'est-à-dire essentiellement un regard de bienveillance et de bonté envers l'autre homme. La non-violence est pour Gandhi un principe : "Je crois, affirme-t-il, dans le principe de non-violence" ("I believe in the principle of non-violence"). Elle est, selon lui, le principe même de la recherche de la vérité.
Gandhi est devenu le symbole international de l'Inde libre. Il a vécu une vie spirituelle et ascétique de prière, en jeûnant et en méditant. Son union avec son épouse était, comme lui-même le mentionnait, semblable à celle d'un frère et d'une soeur. Refusant les biens matériels, il a porté le pagne et le châle de l'Indien modeste et se nourrissait de légumes, de jus de fruit et du lait de chèvre.
Citations
- First they ignore you, then they laugh at you, then they fight you, then you win. Ce qui donne en français : D'abord ils vous ignorent, ensuite ils rient de vous, ensuite ils vous combattent, ensuite vous gagnez.
- Donner à des millions une connaissance de l'anglais, c'est les rendre esclaves.
- Je suis pour un même calendrier pour le monde entier, comme je suis pour une même monnaie pour tous les peuples et pour une langue auxiliaire mondiale comme l'espéranto pour tous les peuples.
- J'aime Christ, mais je méprise les chrétiens parce qu'ils ne vivent pas conformément à Christ.
Le 22 Septembre 2005
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