PolitiqueGeorges Clemenceau "le Père la Victoire"
GEORGES-BENJAMIN Clemenceau est né le 28 septembre à Mouilleron-en-Pareds, agréable bourgade vendéenne.
Georges était le deuxième enfant et premier fils du docteur Benjamin Clemenceau et de celle qu'il épousa en 1839, Sophie-Emma Eucharis Gautreau.
La famille est bourgeoise. Le premier connu est Jehan Clemenceau, dit le Jeune (1468-1539), libraire, l'un des premiers imprimeurs de France.
Bien que la terre des Clemenceau fût le Colombier, Georges n'y séjournera jamais, à l'exception de nuits passées sur la paille lors de parties de chasse. Les vacances se déroulaient à Mouilleron, chez les grands-parents Gautreau, ou à l'Aubraie.
Benjamin Clemenceau était un athée convaincu et sa femme n'était pas religieuse non plus. Ainsi, tout porte à croire que les enfants ne furent pas baptisés. Une preuve indirecte est que la fille aînée, Emma, née en 1840, se maria le 23 mai 1864 à l'église réformée de Nantes ; pour ce faire, on la baptisa le jour de son mariage.
Benjamin Clemenceau fut également un républicain ardent et convaincu.
Pur Vendéen de pure souche vendéenne, Clemenceau fut naturellement marqué par cette origine.
Il faut ranger les Clemenceau du côté non des paysans, mais des maîtres. Tout républicain qu'il soit, Benjamin est un patriarche. Il a "ses" paysans. Il les soigne, mais les commande et les morigène.
Georges Clemenceau est né 48 ans après le début de l'insurrection vendéenne. L'amour de Clemenceau pour la Vendée s'est traduit par de nombreux textes qui datent surtout de la période la plus littéraire de sa vie, soit entre 1893 et 1902.
Le jeune Georges fit de très solides études, en quoi il ressemble à son père.
Le premier éducateur de Georges fut son père Benjamin. Ce dernier lui inculqua non seulement ses idées républicaines avancées, mais aussi son goût de l'art, car Benjamin peignait et nous a notamment laissé un portrait de Georges vers dix ans. Benjamin écarta Georges de toute religion. Le fils, comme le père, fut athée. Mais le fils, comme le père, s'intéressa toute sa vie aux problèmes religieux. La tradition familiale veut que sa femme Emma ait appris le latin pour l'enseigner à ses enfants.
Agé de dix ans, Georges entra à la pension Monfort à Nantes. A onze ans, il entra au lycée de Nantes - qui porte aujourd'hui son nom. Il y trouva d'excellents professeurs. Mais il était plus enclin aux récréations et aux jeux physiques qu'aux études patientes.
Aussitôt après le coup d'Etat que Louis-Napoléon Bonaparte exécuta le 2 décembre 1851, Benjamin fut arrêté comme suspect et interné quelque temps à Nantes. Georges avait alors dix ans. Mais l'inquiétude de la famille pesa lourdement sur lui. On connaît assez mal les activités clandestines de Benjamin entre 1851 et 1858. Ayant trop parlé en public, Benjamin fut victime de la procédure administrative caractéristique de ce régime sans liberté. Considéré - à juste titre d'ailleurs - comme adversaire de l'Empire, il fut arrêté en janvier 1858. Il fut conduit à la prison de Nantes et y resta un mois. Puis il fut condamné à la déportation en Algérie, mais il eut la chance d'être libéré, une fois arrivé à Marseille, avant la traversée pour l'Algérie. L'opinion nantaise s'était manifestée avec tant de vigueur que l'administration estima plus profitable de le libérer que de le déporter.
Le 1er novembre 1858, Georges entra à l'Ecole préparatoire de Médecine de Nantes. Il n'a jamais expliqué cette vocation, mais les hypothèses se pressent devant nous. Il voulait imiter son père. Il avait la passion de rencontrer les humains riches ou pauvres, paysans ou gens des villes.
La première année fut sans histoire. Georges passa les 13 et 14 août 1859 le baccalauréat ès sciences ; et les 19 et 20 août, fut reçu premier sur douze à l'examen de passage en deuxième année. Le 24 août, il fut admis, deuxième sur onze, au concours d'externat de Nantes.
La seconde année fut moins bonne. Il accomplit son premier stage d'externe du 1er octobre 1859 au 1er avril 1860, en chirurgie, son second stage en médecine, à l'Hôtel-Dieu, jusqu'au 1er octobre 1860. Son professeur était un suppléant, ancien interne des hôpitaux de Paris, le docteur Bernaudeaux. Il n'est pas absolument certain qu'il l'ait beaucoup apprécié. Clemenceau prit des libertés avec le service. On raconte qu'il se rendait "avec des créatures" dans des propriétés vendéennes, et notamment au château de la Vachonnière, près de Mortagne-sur-Sèvre. Toujours est-il qu'un mois avant les examens, notre homme comparut devant la commission administrative de l'Ecole.
Il n'en passa pas moins en troisième année, les 17 et 18 août, étant reçu 5e sur 8. Puis, il fut admis, 4e sur 5, au concours d'internat de Nantes.
La troisième année fut pire que les précédentes. Il accomplit son internat du 1er octobre 1860 au 5 juillet 1861. Dès le 30 avril, avec trois de ses camarades, il comparut une seconde fois devant la commission administrative.
En fait, Georges Clemenceau était un chahuteur, animé probablement par le vif désir de tourmenter ceux de ses maîtres qui étaient favorables à l'Empire ou à la religion.
Tout cela explique pourquoi, après ses trois années à Nantes, Clemenceau a décidé de poursuivre ses études à Paris, là même où son père avait fait sa médecine.
Dès le mois de décembre se produisirent dans sa vie deux événements notables : le 22 parut le premier numéro d'un journal de jeunes dont il était l'un des fondateurs, Le Travail, feuille hebdomadaire. Le 24, il fut reçu 10e sur 198 au concours de l'externat parisien. Il allait le matin à l'hôpital, le soir au bureau du journal.
L'idée de fonder Le Travail s'explique par les aspirations quasi révolutionnaires des camarades qu'il fréquenta d'emblée. Le Travail était naturellement fort surveillé par la police. Plusieurs fois, il fallut changer d'imprimeur - peut-être était-ce également dû au fait que, faute d'argent, on les payait mal. Ce n'est pourtant pas pour leurs écrits que Georges Clemenceau, Ferdinand Taule et Eugène Carré furent arrêtés le 23 février 1862. Toujours hantés par l'idée d'associer les ouvriers à la République, ils avaient apposé à la Bastille des affiches appelant à une grande manifestation pour le 24 février, à l'occasion du quatorzième anniversaire de la proclamation de la IIe République en 1848. On les conduisit à la prison de Mazas. Clemenceau fit le trajet dans un étroit fourgon cellulaire - comme son père quatre ans auparavant.
Le jugement fut tardif : le 11 avril 1862. Son défenseur fut Me Arthur Hulbard, avocat républicain, arrêté en 1858 après l'attentat d'Orsini et amnistié en 1859.
Il avait fait quarante-sept jours de prison préventive. Celle-ci n'était pas alors déduite de la peine définitive, ce qui fait qu'il passa en prison soixante-dix-sept jours.
Clemenceau continua la lutte. Un nouveau petit journal, Le Matin, fut publié, qui dura du 29 juin au 31 août 1862, ne compta que huit numéros, comme Le Travail, et expira faute d'argent.
De 1863 à 1865, il collabora à la création d'une revue éphémère Les Ecoles de France, dirigée par Charles Longuet, l'un de ses futurs collaborateurs et aussi futur gendre de Karl Marx.
Il devient docteur en médecine le 13 mai 1865, avec une thèse intitulée "De la génération des éléments atomiques".
En tant que jeune journaliste, il s'en prend violemment aux travaux de Louis Pasteur (qui n'était pas médecin). Toutefois, une fois les démonstrations de ce dernier effectuées et avalisées par Joseph Lister, il reconnut de bonne grâce son erreur.
Le 25 juillet, il s'embarque pour l'Angleterre puis les Etats-Unis. Il trouve un poste d'enseignant dans un collège pour jeunes filles à Stamford où il donne des cours de français et d'équitation. Il s'éprend alors d'une de ses élèves, Mary Plummer - fille orpheline d'un dentiste de Bristol (New Hampshire) - qu'il épouse le 20 juin 1869.
Il revint le 26 juin 1869 et entreprit une carrière politique dans le camp des opposants à Napoléon III.
Suite à la défaite de Napoléon III à Sedan le 2 septembre 1870, une révolte se déclenche à Paris. Pendant cette "journée du Quatre Septembre", Clemenceau prend une part active dans la manifestation réclamant la fin de l'Empire. Le nouveau gouvernement nomme des maires provisoires dans les différents arrondissements de Paris. Clemenceau est placé à la tête du XVIIIe arrondissement. Le 5 novembre, à la suite d'élections, il conserve son poste. Le 8 février, il est élu député de la Seine au sein de la nouvelle Assemblée nationale.
Le premier enfant de Clemenceau, Madeleine, naquit le 6 juin 1870 à l'Aubraie. Suivront ensuite deux autres enfants : Thérèse et Michel.
En mars 1871, lors de l'insurrection de la Commune, Clemenceau reste à Paris. Il tente dans un premier temps d'apaiser les esprits mais est vite effrayé par le "délire du sang" qui envahit la population parisienne. Il se met rapidement à dos les insurgés ainsi que le gouvernement versaillais qui l'accuse de passivité. Suite à l'échec de ses tentatives de médiation, il présente sa démission à l'Assemblée nationale le 27 mars et quitte Paris le 10 mai. Revenu à Paris le 15 juin 1871, il se fait élire conseiller municipal de Clignancourt le 30 juillet 1871. Le 29 novembre 1875, il est élu président du Conseil municipal.
Son tempérament fougueux lui fera à nouveau connaître la prison en 1872, lorsqu'il est incarcéré 15 jours à la Conciergerie pour une affaire de duel.
Son élection, le 20 février 1876, comme député de Paris à la Chambre marque le véritable début de la carrière politique de Clemenceau. Il va petit à petit se faire connaître dans toute la France et s'imposer comme le chef incontesté des radicaux républicains et de l'opposition d'extrême gauche.
Pour asseoir encore davantage son influence politique, Clemenceau décide de fonder un journal. La Justice paraît pour la première fois le 13 janvier 1880. Le quotidien aura un tirage relativement faible mais recevra une certaine audience dans les milieux politiques.
Clemenceau acquiert également le surnom de "Tigre" pour sa férocité et une réputation de "tombeur de ministère" lorsqu'en 1881, il obtient la démission du ministère conduit par Jules Ferry. Son action en faveur d'une assemblée unique contribue également à la démission du ministère de Gambetta en 1882. En incitant les députés à refuser le vote d'un budget pour une intervention militaire française sur le canal de Suez, il pousse le gouvernement de Charles de Freycinet à la démission. Son combat contre le ministère Jules Ferry aboutit le 30 mars 1885 à la démission de ce dernier après le résultat négatif des votes d'un budget pour les troupes françaises au Tonkin attaquées par l'armée chinoise.
En 1885, Georges Clemenceau est élu conjointement dans le Var et à Paris. Il choisit de devenir député du Var, département dont la population vote de plus en plus à gauche. Il conservera ce poste, quoique avec une moins large majorité de suffrages, aux élections de 1889. En 1892, dans le cadre de l'affaire de Panama, Clemenceau est mis en cause pour ses relations avec un homme, Cornelius Herz, qui achetait les votes de certains députés. On intente un procès contre lui, de fausses preuves sont produites mais Clemenceau est blanchi. Néanmoins, le mal est fait, sa réputation est tachée, la revanche de ces nombreux adversaires est en marche. En 1893, lors de la campagne électorale varoise, l'opposition utilise abondamment la rhétorique de l'homme vendu aux puissances étrangères, de l'escroc, du parvenu sans pour autant étayer ces accusations d'aucune preuve concrète. Le 3 septembre 1893, au second tour des élections, Clemenceau est battu.
L'échec électoral du 3 septembre 1893 force Clemenceau à se retirer de la scène politique - on l'accuse notamment de toucher de l'argent anglais ; on lui reproche d'être l'ami de Cornelius Herz (grand officier de la Légion d'honneur, mais qui se révèle malhonnête), on forge contre lui le faux Norton. Il se consacre dès lors davantage à l'écriture. Son expérience d'écrivain, de journaliste et sa notoriété seront des atouts dont il tire profit pour faire face aux difficultés financières.
Il revient au premier plan lors de l'affaire Dreyfus.
De 1902 à 1920, il est élu sénateur du Var. Ses premiers combats, développés durant ses premières années au Sénat furent d'obtenir l'amnistie pour les communards, une révision de la constitution rédigée par des républicains modérés et des monarchistes et la séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Nommé ministre de l'Intérieur en 1906, il est président du Conseil et ministre de l'Intérieur entre le 25 octobre 1906 et le 20 juillet 1909.
De 1906 à 1909, il brise plusieurs grèves ; il crée le ministère du Travail.
Ennemi de Poincaré, il est dans l'opposition au début de la guerre.
Il est président du Conseil et ministre de la Guerre entre le 16 novembre 1917 et le 20 janvier 1920. Il exerce alors des pouvoirs très étendus que Poincaré ne cherche plus à limiter, se contentant de lui écrire des reproches.
Adversaire de toute paix de compromis, il imposera, pour épargner des vies humaines, l'armistice à Poincaré avant d'avoir rejeté l'armée allemande hors de France (d'où le surnom "le Père la Victoire").
Le 19 février 1919, l'anarchiste Emile Cottin, âgé de 23 ans, tire sur lui 10 coups de revolver (il reçoit une balle au bas de l'omoplate droite). Cottin, condamné à mort, sera gracié.
Partisan du démantèlement de l'empire austro-hongrois, il laisse, au traité de Versailles, Lloyd George et Wilson l'emporter sur plusieurs points (la Société des Nations, l'étendue de l'occupation de la Ruhr, le sort des provinces de l'Empire ottoman).
En janvier 1920, Clemenceau qui aspirait désormais à une retraite paisible accepta que des amis soumettent sa candidature à la présidence de la République. C'est par orgueil qu'il ne se proposa pas lui-même et ne fut pas formellement candidat. Mais son âge inquiète les catholiques : un président si vieux, c'est la perspective d'obsèques civiles à l'Elysée. Il commet la faute de narguer Aristide Briand en assurant que ce dernier va battre la semelle pendant sept ans devant l'Elysée, c'est-à-dire qu'il ne serait pas ministre. Ses nombreux ennemis politiques s'accordèrent pour soutenir la candidature de son adversaire Paul Deschanel. Le 16 janvier, eut lieu un vote préparatoire à l'Assemblée nationale. Deschanel, qu'il avait quelques années auparavant battu en duel, l'emporta d'une très courte majorité sur Clemenceau. Il retire alors à ses amis l'autorisation de poser sa candidature. Le 17 janvier, Deschanel remporte alors l'élection présidentielle d'une très large majorité et le 18, Clemenceau présente la démission de son gouvernement.
Agé de 79 ans, Clemenceau va désormais consacrer son temps à de longs voyages. Il visite ainsi l'Egypte, le Soudan, l'Inde, l'Asie du Sud-Est, au mois de septembre 1920, et les Etats-Unis à l'automne 1922.
A la fin de sa vie, il rédige "Grandeurs et misères d'une victoire", ouvrage dans lequel il défend contre Poincaré et le Maréchal Foch son action politique de 1917-1919. Il y évoque le risque du réarmement allemand en raison de l'abandon des garanties du traité de Versailles et des complaisances de Briand.
Georges n'hérita pas la propriété de ses parents, qui passa à Paul, son frère cadet. Benjamin avait en effet vendu des terres pour financer les journaux de son fils Georges ou rembourser leurs dettes. Paul mourra sans enfants en 1944 et léguera le château à Georges II, petit-fils de notre héros. Aujourd'hui, l'Aubraie appartient à Mme Phelipon, arrière-petite-fille du grand homme.
Il meurt à Paris, dans son appartement de la rue Franklin, le 24 novembre 1929, à l'âge de 88 ans.
Ouvrages de Georges Clemenceau
- 1865 : De la génération des éléments atomiques
- 1895 : La mêlée sociale
- 1896 : Le grand Pan
- 1898 : Les plus forts
- 1898 : Au pied du Sinaï
- 1899 : Affaire Dreyfus. I, L'Iniquité
- 1899 : Affaire Dreyfus. II, Vers la réparation
- 1900 : Au fil des jours
- 1900 : Affaire Dreyfus. III, Contre la justice
- 1900 : Affaire Dreyfus. IV, Des juges
- 1901 : Affaire Dreyfus. V, Justice militaire
- 1901 : Le voile du bonheur
- 1902 : Affaire Dreyfus. VI, Injustice militaire
- 1903 : Discours pour la liberté
- 1903 : Aux embuscades de la vie : dans la foi, dans l'ordre établi, dans l'amour
- 1903 : Affaire Dreyfus. VII, La Honte
- 1903 : Figures de Vendée
- 1911 : Notes de voyages dans l'Amérique du Sud : Argentine, Uruguay, Brésil
- 1913 : Vouloir ou mourir
- 1913 : Dans les champs du pouvoir
- 1915 : La Russie et la Douma
- 1926 : Démosthène
- 1927 : Au soir de la pensée
- 1928 : Claude Monet, les Nymphéas
- 1929 : Grandeurs et misères d'une victoire
- 1934 : Pour la patrie. Discours de guerre (posthume)
- 1938 : Discours de paix (posthume)
Le 26 Juin 2006
|
|
|
|