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Droits de femmes

Olympe de Gouges
Une pionnière du féminisme


OLYMPE de Gouges est devenue un des personnages de la Révolution française les plus étudiés. Elle fut une des voix les plus courageuses de la Révolution.
Pendant cette période de crise que fut la Révolution française, elle a tenté de faire admettre des revendications progressistes, jugées souvent trop originales pour son temps.
Elle s'est ainsi battue pour des causes très diverses allant de la libération des esclaves à la création d'un théâtre national pour les femmes écrivains, en passant par la construction de maternités, l'institution du divorce, les droits des enfants orphelins et des mères célibataires...
L'histoire reconnaîtra son courage politique, perçu à l'époque, comme hérétique.
Avec ses écrits, elle s'est attaquée à la politique de la monarchie et ensuite à la politique radicale des gouvernements provisoires, surtout celle des Jacobins.
Olympe de Gouges est née Marie Gouzes en 1748 à Montauban, au sein d'une famille modeste. Son père était boucher et sa mère servante. Il semble néanmoins qu'elle serait la fille naturelle du marquis Le Franc de Pompignan. La rumeur publique ira même beaucoup plus loin en laissant entendre qu'elle serait la "bâtarde" de Louis XV.
Quand elle est interrogée sur le sujet elle répond : "Je ne suis point fille de roi mais d'une tête couronnée de lauriers."
Marie Gouzes est mariée à seize ans à un homme beaucoup plus âgé qu'elle, Louis Yves Aubry. Après la mort de ce dernier, peu après la naissance de leurs fils, Marie transforme son nom en Olympe de Gouges et se refuse à tout autre mariage. Elle part pour Paris, où elle choisit de devenir femme de lettres. Dans les salons, elle rencontre les plus grands noms de la littérature et de la philosophie. Elle décide à son tour de prendre la plume.
D'après les gens de l'époque, Olympe s'exprimait avec beaucoup plus d'éloquence dans ses paroles que dans ses textes. D'ailleurs, elle a été plus souvent reconnue pour ses pamphlets révolutionnaires que pour ses oeuvres littéraires. Néanmoins, Olympe de Gouges s'est aussi distinguée dans les domaines littéraires du roman et du drame.
Dans sa Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne, l'oeuvre la plus célèbre qu'elle ait jamais écrite, elle écrit une inversion parodique de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Dans ce document, Olympe propose l'égalité des femmes et des hommes, et souligne leurs droits à la propriété, à la sûreté et à la résistance de l'oppression. Elle soutient aussi les droits des femmes non mariées, la liberté d'expression, et les droits des citoyennes à participer à la vie politique.



Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne



  • Préambule
    Les mères, les filles, les soeurs, représentantes de la nation, demandent d'être constituées en assemblée nationale. Considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d'exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution, des bonnes moeurs, et au bonheur de tous.
    En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage, dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne.
  • Article premier
    La Femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
  • Article II
    Le but de toute association politique est la réunion imprescriptible des droits de la Femme et de l'Homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l'oppression.
  • Article III
    Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n'est que la réunion de la Femme et de l'Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.
  • Article IV
    La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi, l'exercice des droits naturels de la femme n'a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.
  • Article V
    Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société : tout ce qui n'est pas défendu pas ces lois, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elles n'ordonnent pas.
  • Article VI
    La Loi doit être l'expression de la volonté générale ; tous les Citoyens et Citoyennes doivent concourir personnellement ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les Citoyennes et tous les Citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.
  • Article VII
    Nulle femme n'est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette Loi rigoureuse.
  • Article VIII
    La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes.
  • Article IX
    Toute femme étant déclarée coupable, toute rigueur est exercée par la Loi.
  • Article X
    Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l'ordre public établi par la Loi.
  • Article XI
    La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers les enfants. Toute Citoyenne peut donc dire librement, je suis mère d'un enfant qui vous appartient, sans qu'un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.
  • Article XII
    La garantie des droits de la femme et de la Citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de celles à qui elle est confiée.
  • Article XIII
    Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, les contributions de la femme et de l'homme sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l'industrie.
  • Article XIV
    Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l'admission d'un partage égal, non seulement dans la fortune, mais encore dans l'administration publique, et de déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée de l'impôt.
  • Article XV
    La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son administration.
  • Article XVI
    Toute société, dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution ; la constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la Nation, n'a pas coopéré à sa rédaction.
  • Article XVII
    Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés ; elles ont pour chacun un droit lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.
  • POSTAMBULE
    Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n'est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l'usurpation. L'homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. O femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n'avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste-t-il donc ? La conviction des injustices de l'homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ; qu'auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot du Législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n'est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu'y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez vous à répondre. S'ils s'obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l'énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l'Etre Suprême. Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n'avez qu'à le vouloir. Passons maintenant à l'effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société ; et puisqu'il est question, en ce moment, d'une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l'éducation des femmes.
    Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la ruse leur a rendu ; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur résistait pas. Le poison, le fer, tout leur était soumis ; elles commandaient au crime comme à la vertu. Le gouvernement français, surtout, a dépendu, pendant des siècles, de l'administration nocturne des femmes ; le cabinet n'avait point de secret pour leur indiscrétion ; ambassade, commandement, ministère, présidence, pontificat, cardinalat ; enfin tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à la cupidité et à l'ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé.


Romans ou écrits isolés



  • Le Bonheur Primitif de l'Homme
  • La Bienfaisance Récompensée
  • Dialogue Entre Mon Esprit, le Bon Sens et la Raison
  • Préface pour les Dames
  • Réflexions sur les Hommes Nègres
  • Les Vengeances Utiles et Humaines
  • Les Comédiens Démasqués
  • Maxime d'Olympe de Gouges
  • Le Prince Philosophe
  • Le Roman de la Femme Auteur


Pièces de Théâtre



  • L'Ami Joué
  • Au Peuple
  • Bienfaisante ou la Bonne Mère
  • Les Aristocrates et les Démocrates
  • Le Bénitier Renversé
  • Le Danger des Préjugés
  • Le Couvent
  • L'Entrée de Dumourier
  • La Femme Misanthrope
  • Le Marché des Noirs
  • Molière Chez Ninon
  • Nécessité du Divorce
  • Les Voeux Volontaires
  • L'Enfant de l'Amour
  • L'Esclavage de Nègres
  • La France Sauvée
  • La Mère Imprudente
  • Le Prélat d'Autrefois
  • Les Rêveries de Jean-Jacques
  • VZamore et Mirza
Ayant écrit de nombreux articles et pamphlets pour diffuser ses idées égalitaires, Olympe de Gouges est vite rejetée, y compris des sphères intellectuelles qui l'avaient accueillie à ses débuts, lorsqu'elle ne se préoccupait que de théâtre. Dès lors qu'elle choisit d'avancer sur le terrain des idéaux politiques, elle a été, parce que femme, poursuivie pour ses écrits.
Elle rédige également des pamphlets contre Marat et Robespierre. Lors du procès de Louis XVI, elle tente de défendre le roi, qu'elle ne juge pas coupable en tant qu'homme mais uniquement comme souverain.
Solidaire des girondins après les journées de mai-juin 1793, elle est accusée d'être l'auteur d'une affiche girondine. Olympe de Gouges est arrêtée le 20 juillet 1793, condamnée à mort et guillotinée le 6 novembre 1793.

Montpellier - Le 27 Mai 2004


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