Histoire politique
Le gouvernement provisoire et la IVe République
Le gouvernement provisoire
La fin de la guerre permettait d'inaugurer une aire nouvelle, dans une atmosphère d'enthousiasme et d'espérance. La France aspirait à des réformes tant sur le plan politique que sur le plan social.
Un programme de réformes socialistes modérées avait été laborieusement mis au point dans la clandestinité par le Conseil national de la Résistance. Il suscitait d'autant moins d'oppositions que les communistes pouvaient prétendre jouer un rôle important dans la vie publique. Ils étaient forts des succès spectaculaires de l'armée soviétique et de leur participation au combat clandestin, forts aussi des résultats obtenus durant les règlements de compte qui avaient suivi la libération du territoire.
De fait, l'Assemblée constituante élue en 1945 comportait 151 communistes, 139 socialistes, 150 M.R.P. et 29 radicaux ; les femmes votaient pour la première fois et c'était l'Assemblée la plus à gauche que la France ait jamais connue ; mais au référendum, qui avait été organisé tout en même temps, l'influence du général de Gaulle avait fait prévaloir (contre les socialistes et les communistes) la limitation des pouvoirs de la Constituante. L'essor du Mouvement républicain populaire (M.R.P.) correspondait à l'essor similaire des partis démocrates-chrétiens en Allemagne et en Italie ; il cherchait à désolidariser la religion de la droite traditionnelle et à créer un mouvement politique du centre, voire du centre gauche, par l'attention soutenue qu'il portait aux problèmes sociaux. Une partie de ses électeurs venaient de la droite, mais certains aussi de la gauche et d'autres du parti radical sorti diminué de la faillite de la IIIe République. Le M.R.P., bénéficiant de ce que son leader Georges Bidault avait présidé dans la clandestinité le Conseil national de la Résistance, prit une part active à tous les ministères du gouvernement provisoire, aussi bien sous la présidence du général de Gaulle - qui démissionne le 10 janvier 1946 - qu'après.
L'oeuvre économique et sociale accomplie par le gouvernement provisoire fut considérable. L'institution de la Sécurité sociale (30 décembre 1944 et octobre 1945), et d'une politique familiale vigoureuse, ainsi que les ordonnances portant nationalisation des principales banques, des grandes compagnies d'assurances, du gaz et de l'électricité, des charbonnages et des transports aériens datent toutes de cette époque de renouveau démocratique.
Mais l'instauration des régimes communistes dans les pays de l'Europe centrale, satellites de l'U.R.S.S. et soumis à la tyrannie du fonctionnarisme stalinien, alarma une notable partie de l'opinion publique et consomma la rupture entre les alliés de l'Est et de l'Ouest. C'est le début de la "guerre froide", la lutte pour la possession de l'arme atomique, qui accentue la division de la planète en deux "mondes" ("blocs" ou "camps").
La IVe République
En France, les difficultés économiques de l'après-guerre déterminaient une vague de grèves, parfois accompagnées de violence, et faisaient craindre la contagion du communisme oriental. La gravité de ce problème divisa la majorité et mit bientôt fin à l'alliance " tripartite " (communistes, socialistes et catholiques sociaux, dits alors M.R.P.) qui avait pendant deux ans dominé la politique française.
Le général de Gaulle avait quitté le pouvoir le 10 janvier 1946 par insatisfaction de ne point trouver une majorité qui adoptât avec facilité ses propositions d'orientation politique. Soucieux tout en même temps de trouver une approbation permanente du corps électoral, il attendra que les événements le ramènent au pouvoir.
En 1947, le départ des communistes du gouvernement acheva de renforcer la coopération avec les Etats-Unis, qui, pour parer à la menace communiste à l'échelle mondiale, avaient organisé un double système de défense : économique d'abord, par le plan Marshall, qui permit aux Etats européens de se relever des difficultés économiques nées de la guerre ; militaire ensuite, par l'intégration de l'Europe occidentale dans la Communauté atlantique, appelée à se transformer plus tard (4 avril 1949) en Organisation du traité de l'Atlantique Nord (O.T.A.N.).
La protection militaire assurée, restait à trouver l'équilibre interne des forces politiques en France. Le fractionnement des partis et le jeu des alliances parlementaires provoquèrent des crises ministérielles chroniques, analogues à celles qui avaient marqué les dernières années de la IIIe République. Il s'ensuivit une période d'instabilité gouvernementale qui affaiblissait l'Etat : en moins de douze ans, la IVe République compta vingt ministères.
Un de ces problèmes majeurs fut la décolonisation. La participation récente des colonies à l'effort de guerre, ainsi que l'évolution des esprits, de plus en plus acquis à la nécessité d'étendre aux peuples colonisés le droit à l'autodétermination, enfin le développement des mouvements nationalistes avaient posé rapidement le problème de la survie de l'Empire, ou tout au moins de son adaptation nécessaire à la mentalité politique du monde de l'après-guerre.
Le passage de la notion d'Empire à celle d'"Union française", en 1946, fut insuffisant pour satisfaire les aspirations des nationalistes, qui réclamaient d'abord l'autonomie administrative, puis, de plus en plus, l'indépendance, dite autonomie externe. La politique de force adoptée d'abord par la France l'obligea à s'engager dans des opérations de guerre qui ont ruiné sur le plan international son prestige, entamé son crédit sans contrepartie ni profit d'aucune sorte, puisque, pour finir, elle était acculée à la renonciation complète à sa "souveraineté" sur ces pays d'outre-mer (Indochine en particulier).
Au même moment, il est vrai, la part prise par la démocratie chrétienne dans les différents gouvernements d'Europe occidentale facilitait la mise sur pied d'une communauté européenne ; il s'agissait tout autant de faciliter la transmutation économique de l'Occident, par la création d'un grand marché et d'un grand outil de production, que d'éviter à l'Allemagne un dangereux isolement, et d'affirmer une présence nouvelle dans le grand débat des deux blocs. Mais jusqu'où fallait-il aller dans cette voie ? Il n'y avait pas besoin de la désapprobation du général de Gaulle pour que l'Assemblée nationale rejette la C.E.D. (Communauté européenne de défense, 30 août 1954) par crainte du militarisme allemand.
En février 1955, le gouvernement Mendès-France, qui avait voulu donner un ton nouveau à la IVe République, tombait victime de la trop épineuse question du réarmement de l'Allemagne, à quoi s'ajoutait le problème de la décolonisation en Afrique ; aux élections de janvier 1956, le Front républicain, dont il était le principal animateur, n'obtient pas un succès suffisant. Certes, le Rassemblement du peuple français, fondé par le général de Gaulle pour protester contre le système des partis, s'était développé peu à peu pour céder la place, en 1952, à des ministères orientés à droite (Antoine Pinay), mais la présence permanente d'un puissant parti communiste, de 100 à 150 députés, isolé depuis 1947, empêchait la formation d'une majorité de gauche.
Le nouveau centrisme, sous la direction du socialiste Guy Mollet, loin de suivre la voie ouverte par Mendès-France, préféra s'en tenir à l'esprit traditionaliste dans les rapports de la "mère patrie" et des peuples liés à la France au sein de l'Union française. En octobre 1956, d'autre part, il engagea la France aux côtés de la Grande-Bretagne dans l'expédition de Suez, en riposte à l'initiative de Nasser qui avait nationalisé le canal ; sous la pression conjuguée des Soviétiques et des Américains, les troupes franco-britanniques durent quitter l'Egypte.
Cependant, le règlement du conflit algérien, ouvert depuis 1954, devenait prioritaire ; dès lors, les Algériens musulmans et leur porte-parole, le Front de libération nationale (F.L.N.), réclamaient, non pas l'"intégration", pas plus que l'"assimilation", mais l'indépendance pure et simple, et se lançaient dans une lutte généralisée d'embuscades et d'agitation révolutionnaire contre la présence française.
Le 16 Novembre 2006
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