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Sciences

Hommage à Hubert Curien
L'un des pères de l'Europe spatiale


HUBERT Curien est né à Cornimont, dans les Vosges, le 30 octobre 1924. Robert, son père, était receveur municipal, sa mère, Berthe Girot, directrice d'école.
Il poursuivit ses études au collège de Remiremont, au lycée d'Epinal, puis au lycée Saint-Louis à Paris.
En 1944, il rejoint le maquis de la Piquante-Pierre.
En 1945, il intègre Normale Sup, se spécialise dans la cristallographie, la physique des corps solides et la minéralogie. Il était agrégé de physique, docteur ès sciences.
Il était notamment spécialisé dans la cristallographie. Il a notamment découvert une nouvelle forme cristalline du gallium dans le cadre de ses travaux au laboratoire de minéralogie et de cristallographie de l'Université de Paris. Il s'est orienté vers la cristallographie sur les conseils d'Yves Rocard, père de l'ancien Premier ministre Michel Rocard, qui dirigeait le laboratoire de physique de l'Ecole normale supérieure. C'est dans les milieux scientifiques que le chercheur rencontre sa future épouse, Perrine, une astrophysicienne. Son père n'est autre que Georges Dumézil, auquel Hubert Curien voue une véritable admiration. C'était un linguiste comparatif et un historien très distingué. Il est notamment l'auteur de l'Idéologie tripartie des Indo-Européens et de Mythe et épopée. Perrine lui donnera trois garçons : l'un deviendra polytechnicien, le deuxième normalien, et le troisième artiste peintre.
Hubert Curien a entamé après la guerre une carrière de professeur à la Faculté des sciences de Paris où il continuera, afin de ne pas perdre les liens avec l'enseignement, à assurer son cours de cristallographie après avoir accédé à des fonctions de responsable et d'organisateur de la recherche.
Entré en 1966 au CNRS comme directeur scientifique, il en est devenu directeur général de 1969 à 1973. Puis il accéda à la présidence du Centre européen de recherche nucléaire (CERN).
De 1976 à 1984, il avait présidé le Centre national d'études spatiales (CNES) à une période clé, celle de la mise en oeuvre d'Ariane. Il a assuré à ce poste la responsabilité de la politiques spatiale française, en sachant maintenir une coopération étroite, tant avec les Américains que les Soviétiques. C'est avec ces derniers, qu'avait par exemple été organisé le vol du premier spationaute français en 1982, Jean-Loup Chrétien. Ainsi, il présida au premier lancement d'Ariane depuis Kourou en 1979, à son vol de qualification en 1981 et à son premier vol commercial en octobre 1983. De 1981 à 1984, tout en dirigeant le CNES, il fut également président de l'Agence spatiale européenne (ESA) de 1979 à 1984.
Promoteur de l'Europe scientifique, il avait aussi été l'un des créateurs de la Fondation européenne de la science, basée à Strasbourg, dont il a été le premier président (1979-84). Il fut aussi un défenseur acharné du programme technologique Eureka, lancé par François Mitterrand.
En 1983, il devient vice-président de l'Académie d'Astronautique Internationale.
En 1983/84, il quitte la présidence du CNES pour celle de l'Académie Spatiale Nationale, jusqu'en 1985.
De 1984 à 1986, il se voit confier par Laurent Fabius le portefeuille du Ministère de la Recherche et de la Technologie. Il fut reconduit aux fonctions de ministre de la Recherche et de l'Espace en 1988 et en 1993.
"J'étais monté sur un tonneau pour dire quelques mots comme le veut l'usage. J'ai été accueilli par un tonnerre d'applaudissements. Laurent Fabius qui devait constituer un nouveau gouvernement s'est alors dit que, s'il me suffisait de monter sur un tonneau pour être acclamé, je ferais un ministre très populaire", avait-il raconté dans un entretien à "La Liberté de l'Est" en 2001.
De 1992 à 1993, Hubert Curien est président du SAFISY (Space Agencies Forum for the International Space Year).
A partir de 1994, il est président du conseil du laboratoire européen de physique des particules (CERN), jusqu'en 1996, et de l'Academia Europaea.
Puis, il avait assuré la présidence de la Fondation de France en 1998-2000, avant d'être élu président pour deux ans de l'Académie des sciences (2001-2003) dont il était membre depuis 1993.
En 2001, il fait son entrée dans le Petit Larousse illustré.
Grand officier de la Légion d'Honneur, commandeur de l'Ordre national du mérite, Chevalier de l'Empire Britannique et titulaire de la médaille militaire, Hubert Curien était un homme d'Etat, mais aussi un homme d'écoute et de dialogue.
Il avait tout au long de sa vie multiplié les responsabilités à la tête de nombreux organismes scientifiques. Jusqu'à ses derniers jours, il était encore membre du Haut conseil pour la recherche et pour la coopération scientifique et technologique.
Il est l'auteur de : Hubert Curien : For an International Science Policy.
L'ancien ministre de la Recherche est décédé dimanche 6 février 2005 à l'âge de 80 ans.
Saluons la mémoire du principal artisan de la politique spatiale française.
Hubert Curien fut donc un grand homme de science qui a su très vite dépasser son domaine de recherche initial pour intervenir amplement dans de nombreux domaines scientifiques à des postes de décision ou de conseil particulièrement importants : Président du conseil de l'administration de l'Institut de biologie physico-chimique (Fondation E. de Rothschild), Président du Palais de la Découverte, Président de la Fondation européenne de la science, Président du conseil scientifique de l'Institut national de recherche en informatique et automatique, Président du Comité académique des applications de la science, Vice-président de l'Académie internationale d'astronautique, Vice-président du Comité européen de développement de la science et de la technologie CEE, Bruxelles, Président de l'Académie nationale de l'air et de l'espace, Président du conseil du CERN, membre du Conseil d'administration du Bureau de Recherches géologiques et minières, membre du Haut Comité pour la défense et l'expansion de la langue française, membre du Conseil d'Administration de l'École Polytechnique, membre du Conseil d'Administration de l'Onera, Président du Conseil de l'Université de technologie de Compiègne...



Réactions au lendemain du décès de Hubert Curien


Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, exprime "sa profonde émotion". "Engagé très jeune dans la résistance, ce grand scientifique français, qui bénéficiait d'une renommée mondiale, était un homme de conviction qui savait dépasser tous les clivages dans l'intérêt national". Le Premier ministre salue la mémoire du principal artisan de la politique spatiale française. La fusée Ariane est une réussite exemplaire de la science et de l'industrie européennes. Nous garderons de lui l'image d'une grande personnalité sachant concilier l'exigence scientifique et la sensibilité humaniste". (Communiqué).

Annick Lepetit, porte-parole du Parti socialiste : "Je tiens à saluer sa mémoire, son engagement, professionnel comme politique". Le PS adresse "ses sincères condoléances à sa famille et à ses proches". (Déclaration à la presse).

Laurent Fabius, numéro deux du PS : Hubert Curien "a été un grand ministre de la recherche, un grand chercheur et un ami. Je veux lui rendre hommage et dire à quel point en le perdant la France perd un de ses grands serviteurs et un de ses grands esprits". (Communiqué).

Martine Aubry, maire PS de Lille et ancien ministre des Affaires sociales et de l'Emploi : "Je garde en mémoire le profond humanisme de celui dont je suis devenue l'amie lors de notre passage commun au gouvernement Cresson entre 1991 et 1993. Ouvert aux autres, toujours enthousiaste au cours de discussions auxquelles il aimait à participer, c'était un homme dont la sagesse et la tolérance n'avaient d'égales que les convictions affirmées". (Communiqué).

La Conférence des présidents d'université a exprimé son "vif émoi" après le décès de Hubert Curien. "Des échanges d'une grande qualité s'étaient noués entre cet expert reconnu et apprécié pour ses qualités humaines et la CPU", ont souligné les présidents d'université. "Son nom sera présent dans toutes les mémoires de notre communauté." (Communiqué).

Bertrand Delanoë, maire de Paris : "Au nom des Parisiennes et des Parisiens" et en son nom personnel, il a adressé ses "condoléances émues" à la famille et aux proches d'Hubert Curien. "Plusieurs fois ministre de la Recherche, il avait su, par la force de ses convictions, par la sincérite de son engagement et par son charisme personnel, conquérir la confiance du monde des chercheurs", a souligné le maire de Paris. (Communiqué).

Yannick d'Escatha, président du Centre National d'Etudes Spatiales (CNES) : "Hubert Curien restera un des grands fondateurs du programme spatial français et européen, tout à la fois homme de science et homme d'action, dont la vision et la détermination ont permis à notre pays et à l'Europe de se hisser au rang des grandes puissances de l'espace".
"Directeur général du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), président du CNES, premier président du Conseil de l'Agence Spatiale Européenne (ESA), ministre de la Recherche, président du Laboratoire européen de physique des particules, le CERN, président de l'Académie des Sciences, Hubert Curien "a occupé les fonctions les plus hautes de la science française", a souligné la direction du CNES.
Le CNES, a-t-elle ajouté, "lui doit beaucoup" : au cours des sept années de sa présidence, la politique spatiale française a vu le lancement d'Ariane (premier vol en 1979) et la création d'Arianespace, la mission du premier cosmonaute français (Jean-Loup Chrétien en 1982), le démarrage du programme de satellites d'observation de la Terre SPOT, les premières participations françaises aux programmes scientifiques de l'ESA (Giotto et Hipparcos) ou encore les toutes premières études d'Ariane-5."
"Tous ceux qui l'ont approché, a conclu le Centre, se souviendront d'un homme de grand talent, chaleureux, amical et simple, qui a donné un nouvel élan au CNES." (Communiqué).

Montpellier - Le 14 février 2005


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