Histoire de France
Hubert Lyautey Un maréchal de France distingué
HUBERT Lyautey est né à Nancy le 17 novembre 1854. Ainsi, Nancy ajoute à la liste de ses fils illustres le grand mathématicien Henri Poincaré, né en 1854, la même année que Lyautey.
Au vrai, la famille est très attachée aux valeurs ancestrales de la province, et le futur maréchal pousse ses premiers cris dans une demeure qui fleure bon la tradition si ce n'est le conservatisme.
Son père, Just Lyautey, franc-comtois d'origine, est polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées. C'est un bel homme de trente-deux ans, heureux de son sort, et notable en plein essor. Il est un parfait représentant de ces "grands corps" de l'Etat qui vont faire la force de la France. Peu enclin au rêve ou aux excès, orléaniste par modération d'esprit, grand clerc appliqué, Just Lyautey participe, comme des milliers de cadres au profil semblable, au renouveau industriel du pays. Pour son premier poste d'importance, il oeuvre au creusement du canal stratégique de la Marne au Rhin. C'est au cours de cette mission qu'il rencontre celle qui va partager harmonieusement son existence, Laurence de Grimoult de Villemotte, fille d'un hobereau local. Le mariage est célébré à Nancy en décembre 1853, onze mois avant la naissance de leur premier enfant, Louis Hubert Gonzalve. L'avènement du petit Hubert est une grande nouvelle, car, depuis des années, les Lyautey attendent impatiemment un descendant mâle.
Les solides vertus des Lyautey, leur austérité un peu rigide de hauts fonctionnaires et de soldats ne peuvent en effet rivaliser avec l'éclat chevaleresque des Grimoult de Villemotte. Le Lyautey du Maroc, caracolant en burnous d'apparat sur un pur-sang arabe, sera le digne héritier de cette lignée de gentilshommes mondains, séduisants, brillants causeurs. De la tribu Lyautey il respecte ce qu'il y a de solide en lui, mais, au fond, il n'admire vraiment que l'autre versant de son ascendance, ce penchant pour l'élégance, cette aisance altière qui fait les vrais originaux.
Oui, les Grimoult de Villemotte ont à ses yeux une qualité incomparable : ils sont nobles ! "Si loin que remontent mes souvenirs, avouera Lyautey, je n'ai jamais conçu de ne pas appartenir à cette caste supérieure et ne pas être, par droit de naissance, de ceux appelés à diriger."
Tous les deux ans, Hubert part en vacances avec ses parents chez sa grand-tante dans l'Eure-et-Loir, à Touchebredier. Dans cette gentilhommière, proche de Châteaudun, l'enfant se plie à l'étiquette désuète de cette noblesse provinciale : visites aux châtelains du voisinage, déjeuners interminables suivis d'un immuable tour de parc, et, pour seule distraction, une sortie au marché de Châteaudun... Hubert, lui, ne rêve que de plaies et de bosses, aventures romanesques et exploits héroïques.
Mais pour l'heure, avec la fougue de ses treize ans, Hubert, endoctriné par ses pieuses tantes, est farouchement légitimiste. En 1866, il choisit de coucher sur le papier cette foi ardente. Il rédige, avec son meilleur ami, Antonin de Margerie, fils d'un professeur de faculté ami de son père, une vibrante profession de foi, intitulée Pourquoi nous sommes royalistes.
Chez le jeune Hubert, ces jeux d'un enfant plus intellectuel que la moyenne dévoilent cependant une des constantes de son caractère : son tempérament dominateur, son besoin d'action, son désir de primer. Plus tard, il avouera dans son journal intime : "Ma plus vieille maîtresse est cette ambition effrénée de mes quinze ans." Ambition qui trouve sa nourriture dans des succès scolaires ardemment recherchés. Esprit littéraire plus que scientifique, quoique très rationnel, Hubert rédige de brillantes dissertations sur Pascal et Descartes. En mai 1868, son père ayant été nommé ingénieur en chef des Ponts et Chaussées à Dijon, il quitte sa chère Lorraine pour la Bourgogne où il va rester quatre ans. Mais, durant les grandes vacances, il retournera retrouver à Nancy son ami Margerie. Il se passionne, comme tous les jeunes gens, pour les poètes romantiques. Précocement nostalgique, il aime les tableaux, les estampes anciennes, les antiquaires, les vieilles pierres de Nancy et de Dijon, villes dont la beauté le marquera pour toujours.
Son enfance fut marquée par une chute à l'âge de deux ans d'un balcon au premier étage. Il fut alors soigné par le chirurgien Velpeau mais dut porter un corset pendant dix ans l'obligeant à rester alité longtemps. C'est alors qu'il lut beaucoup.
Il entra à Saint-Cyr en 1873 puis fut envoyé en Algérie pendant deux ans en tant qu'officier de cavalerie de 1880 à 1882 où il découvrit la société musulmane. Il ne fit jamais mystère de ses opinions royalistes.
Il servit en Indochine de 1894 à 1897, d'abord à l'état-major du corps d'occupation à Hanoï (Tonkin), puis en qualité de chef du bureau militaire du gouverneur général Armand Rousseau. Ce fut au Tonkin qu'il rencontra Gallieni qu'il devait rejoindre à Madagascar où il servit de 1897 à 1902.
En 1903, il fut appelé par le gouverneur général Jonnart, en Algérie. Œuvrant avec efficacité pour le maintien de la paix, il y reçut ses étoiles de général. En 1912 enfin, celui qu'on allait surnommer Lyautey l'Africain devenait le premier résident général de France au Maroc. Il donna là toute la mesure de son génie de stratège et de grand administrateur. Ayant pris rapidement une connaissance parfaite de la région, du terrain et des moeurs comme des tribus, il fut soucieux de respecter la religion islamique dont il s'instruisit, et de respecter aussi la personne du sultan, Commandeur des croyants. Il sut s'attirer la confiance des élites locales, prenant dans son sens exact le terme de protectorat. Il sut pacifier et il sut bâtir, créant notamment avec Casablanca les premières structures du Maroc moderne.
Pendant la première guerre mondiale, il quitta temporairement ses fonctions pour devenir, entre décembre 1916 et mars 1917, ministre de la Guerre dans le cabinet Briand. Après avoir regagné le Maroc, il fut fait, en 1921, maréchal de France. Mais l'hostilité du cartel des gauches lui ôta, durant le gouvernement Painlevé, le commandement des troupes engagées contre la rébellion d'Abd-el-Krim pour les confier à Pétain, ce qui le conduisit à donner sa démission et à rentrer définitivement en France, en 1925. Il y remplit, avant de mourir, une dernière mission : l'organisation de l'Exposition coloniale de 1931.
Caractère exceptionnel, doué d'une remarquable intelligence dans l'action, Hubert Lyautey consacra quelques ouvrages au métier militaire. L'essai qu'il publia en 1891 dans La Revue des deux mondes, "Du rôle social de l'officier dans le service militaire universel", dans lequel il faisait connaître sa conception humaniste de l'armée, eut un grand retentissement et influença toute une génération d'officiers. Il développa ces thèmes dans un ouvrage, Le rôle social de l'armée (1900), et publia également Dans le sud de Madagascar, pénétration militaire, situation politique et économique (1903), le fruit de son expérience coloniale.
Hubert Lyautey n'était pas encore maréchal de France quand il fut élu à l'Académie française, le 31 octobre 1912, au fauteuil d'Henry Houssaye par 27 voix. Il ne fut reçu qu'après la guerre, le 8 juillet 1920, par Mgr Duchesne.
Mort en France (à Thorey), le 27 juillet 1934, Lyautey fut enseveli à Rabat. En 1961, sa dépouille devait être ramenée en France pour être déposée aux Invalides.
Distinctions
Il fut brillamment élu (avec 27 voix) à l'Académie française en 1912 au fauteuil 14, accueilli par l'historien moderniste Louis Duchesne qui écrivit son discours de réception.
Il fut élevé à la dignité de maréchal de France le 19 février 1921. Le même jour, il reçut du prétendant au trône de France, Philippe d'Orléans, la plaque de l'ordre du Saint-Esprit. Il possédait également la Médaille militaire reçue des mains du maréchal Canrobert et la Médaille de Sainte-Hélène qu'un vieux paysan lui avait donnée parce que son fils à qui il l'aurait léguée était mort au Champ d'Honneur.
Membre du comité de patronage des Eclaireuses et Eclaireurs de France aussitôt après leur fondation (1911), ainsi que de celui des Eclaireuses et Eclaireurs unionistes de France, il se vit offrir la présidence d'honneur des Scouts de France en 1929.
Il fut commissaire général de l'exposition coloniale internationale de 1931 et, à ce titre, fit construire le Palais de la Porte Dorée qui a abrité jusqu'à récemment le musée des arts africains et océaniens, et qui est aujourd'hui la Cité nationale de l'histoire de l'immigration.
Oeuvres
- Le rôle social de l'officier (1891)
- Du rôle colonial de l'armée (1900)
- Dans le Sud de Madagascar, pénétration militaire, situation politique et économique (1903)
- Lettres du Tonkin et de Madagascar : 1894-1899 (1920)
- Paroles d'action : 1900-1926 (1927)
- Lettres de jeunesse : 1883-1893 (1931)
- Vers le Maroc : lettres du Sud-Oranais : 1903-1907 (posthume, 1937)
- Notes de jeunesse : 1875-1877, dans Rayonnement de Lyautey (posthume 1947)
Bibliographie
Jacques Benoist-Méchin rédigera sa biographie dans sa fameuse série des "Rêve le plus long de l'Histoire" sous le titre de Lyautey l'Africain, ou Le rêve immolé (1966).
André Maurois en 1931 aux Editions Plon et Marie André en 1940 aux éditions Alsatia avaient brillamment évoqué auparavant sa vie et son oeuvre.
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