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Politique
Jules Ferry
Un des pères fondateurs de l'identité républicaine et créateur de l'enseignement laïc


JULES Ferry est né le 5 avril 1832 à Saint-Dié dans les Vosges, de Charles-Edouard Ferry, avocat et conseiller général, et de Joséphine Adèle Ferry née Jamelet.
Sa famille était installée dans les Vosges depuis plusieurs générations, une famille sortie du sol et arrivée peu à peu aux carrières libérales par l'artisanat et la petite industrie.
Sa mère décéda en 1836 alors qu'il avait 4 ans.
Jules présente tous les traits du fils modèle. Plutôt chétif, il préfère la lecture, le dessin aux jeux plus rudes de son âge et, par-dessus tout, les études dans lesquelles il excelle très tôt. Intelligent, travailleur, curieux, il est presque toujours premier en classe pour le plus grand bonheur de ses maîtres.
Le jeune Jules est élève au collège de Saint-Dié-des-Vosges jusqu'en 1846, puis au lycée de Strasbourg. Il se distingue dans toutes les matières, y compris en instruction religieuse, remporte le premier prix, à la grande satisfaction de l'abbé Choiselat et de sa soeur aînée Adèle, très dévote. Son caractère s'affirme déjà. Violent quand on le contredit, il n'en est pas moins prompt à réfréner ses révoltes et ne conteste jamais l'autorité d'un père qu'il vénère. Son frère cadet, Charles, est un enfant rêveur, malin, débrouillard.
Adèle initie le jeune Jules à la prière et confie son instruction religieuse à un abbé. Elle hésita à prendre le voile mais préféra se consacrer à son père et à ses frères dont elle devint la "petite mère".
Jules Ferry est ensuite étudiant à la faculté de droit de Paris.
En 1855, il devient alors un avocat réputé, passionné par la politique. Il est vite spécialisé dans la défense juridique des républicains. Plaidant de temps à autre pour son propre compte, il se familiarise avec cette éloquence particulière qu'est l'éloquence judiciaire, dont il ne se départira pas lorsque, plus tard, dans les salles de réunion enfumées, il haranguera les foules ou exposera sa politique à la tribune de l'Assemblée.
Très vite, il se tourne vers le journalisme où l'on remarque son talent. Opposant actif au Second Empire, il connaît la notoriété en publiant en 1868 une brochure accusatrice contre le préfet de la Seine "Les comptes fantastiques d'Haussmann". Il collabore régulièrement aux journaux suivants : la Presse, le Courrier de Paris, le Temps, la Tribune, l'Eleveur.
En 1859, il devient adepte du positivisme. En fait, le syncrétisme républicain de Jules Ferry doit aussi beaucoup au positivisme ou plutôt aux positivismes, car cette école de pensée a éclaté dans la deuxième moitié du XIXe siècle en rameaux bien différents. On connaît la devise d'Auguste Comte en 1848 : "Ordre et Progrès". Elle pourrait être aussi bien celle de Jules Ferry et le fut d'ailleurs à la fin de sa vie puisqu'il donna ce sous-titre au journal vosgien L'Estafette, qu'il rachètera en 1889.
Sa carrière politique commence en mai 1869 lorsqu'il est élu député de la 6e circonscription de la Seine sur un programme radical, anti-centralisateur et anti-militariste - il s'oppose d'ailleurs à la déclaration de guerre contre la Prusse. Après la défaite de Sedan, il entre au gouvernement de défense nationale et, du 16 novembre 1870 au 18 mars 1871, il devient maire de Paris où il a la charge d'assurer le ravitaillement de la capitale assiégée par l'armée prussienne. Sa circulaire du 10 décembre 1870 exigeant des restrictions alimentaires lui vaut le surnom de "Ferry-Famine".
Le 24 octobre 1875, à l'âge de 43 ans, il épouse Eugénie Risler.
C'est aussi en 1875 qu'il devient franc-maçon. La franc-maçonnerie est influencée par les républicains dès le Second Empire. Ainsi, le 8 juillet 1875, Jules Ferry est reçu, en même temps que Littré, à la loge de la Clémente Amitié. Le 9 juillet 1876, la loge fête l'anniversaire de la réception de Ferry.
Il quitte Paris pour Versailles pendant l'insurrection communarde, après avoir été élu député des Vosges le 8 février 1871, mandat qu'il détiendra jusqu'en 1889.
Le gouvernement Thiers l'envoie en Grèce comme ministre plénipotentiaire, mais dès la chute de celui-ci il revient à la Chambre où, avec Gambetta et Grévy, il devient une figure de l'opposition. Chef de la Gauche républicaine de 1873 à 1877, il fait naturellement partie des 363 et se fait remarquer par de violentes altercations avec le duc de Broglie et le général de Rochebouët après la crise du 16 mai 1877. Il s'opposa à Mac-Mahon et, lorsque celui-ci se retira, il fut appelé par Jules Grévy pour être ministre de l'Instruction publique et des Beaux Arts, poste qu'il occupera presque sans interruption jusqu'en novembre 1883. Tout en conservant cette fonction, il fut président du Conseil du 23 septembre 1880 au 13 novembre 1881 et du 22 février 1883 au 30 mars 1885. Lors de ce second ministère, il prendra le portefeuille des affaires étrangères qu'il conservera jusqu'au renversement de son cabinet le 6 avril 1885.
Considéré comme le chef des "opportunistes", en réalité républicain de gauche, il est surtout connu pour les mesures qu'il introduisit dans la législation scolaire, décidé à enlever l'éducation à l'Eglise catholique. Ainsi, de 1880 à 1883, il créa l'enseignement laïc, et en 1881, il fit voter la loi qui rendait gratuit et obligatoire l'enseignement public primaire ; parallèlement, il ouvrit les écoles d'Etat aux jeunes filles.
La laïcité de l'Etat d'abord. Elle est fille du mouvement de l'Histoire et des nécessités du temps. Depuis Philippe le Bel et ses légistes, la Renaissance, les Lumières, la Révolution de 1789, s'est engagé un mouvement de sécularisation qui tend à séparer l'Etat et l'Eglise, à affirmer la pleine et entière souveraineté de l'Etat sur le gouvernement des hommes. C'est dans cette tradition qu'il s'inscrit, mélange de conception toute capétienne de l'Etat et d'attachement aux philosophes des Lumières, traduits en actes par les hommes de 1789. La laïcité, principe de séparation de la société civile et de la société religieuse, n'est donc pas en soi une idée nouvelle, même s'il faut attendre la Constitution du 27 octobre 1946 pour voir ce principe repris dans une loi fondamentale : "La France est une République indivisible et laïque." L'école est "une éducation", une "grande institution nationale qui se propose non pas de garder l'enfant pour lui apprendre à signer son nom, mais de façonner son âme et son cerveau pour un but patriotique et national". Il reviendra donc à l'école de faire du drapeau et de la patrie le symbole d'une union enfin retrouvée.
En 1883, après la mort de Geneviève, épouse de son frère Charles, Jules décide, en concertation avec Eugénie, d'adopter le fils de Charles, Abel.
A partir de 1883, il se distingua par sa politique coloniale. Ainsi, il engagea la France dans de nouvelles expéditions coloniales : l'Annam (1883), le Tonkin (1883-1885), Madagascar (1883-1885), la Tunisie, où il établit un protectorat, le Bas-Congo enfin, où il envoya Savorgnan de Brazza. Dans sa politique coloniale, il se heurta à l'hostilité de la droite comme de l'extrême gauche, ce qui contribua à sa chute. Jules Ferry est alors battu aux élections présidentielles le 3 décembre 1887. Sa candidature est en particulier vivement attaquée par les boulangistes qui ne lui pardonnent pas d'avoir surnommé le général Boulanger "César de café-concert". Une semaine plus tard, il est d'ailleurs victime d'un attentat au Palais-Bourbon, il est blessé d'un coup de revolver par un boulangiste du nom d'Auburtin.
Après avoir été battu aux élections législatives de 1889, Jules Ferry, par ailleurs président du Conseil général des Vosges, est élu au Sénat en 1891. Il y préside la commission des douanes et la commission de l'Algérie pour laquelle il fera une longue mission en Algérie en avril-juin 1892. En 1893, il apparaît comme candidat naturel à la Présidence du Sénat où il est élu dès le premier tour. Il ne peut exercer cette charge qu'une vingtaine de jours, puisqu'il meurt d'une crise cardiaque le 17 mars 1893, ce qui fait de lui le Président de la Haute Assemblée au mandat le plus court. Sur proposition d'Alexandre Ribot, président du Conseil, la Chambre des députés et le Sénat votent l'organisation de funérailles nationales. Il est inhumé dans le caveau de sa famille à Saint-Dié.



Lois scolaires


Nommé ministre de l'Instruction publique du 4 février 1879 au 23 septembre 1880 dans le cabinet Waddington, il attache son nom aux lois scolaires. Premières mesures :
  • Collation des grades universitaires retirée à l'enseignement privé (12/03/1880).
  • Dispersion des congrégations religieuses non autorisées (29/03/1880).
Président du Conseil du 23 septembre 1880 au 10 novembre 1881, il poursuit la mise en place des lois sur l'enseignement :
  • Gratuité de l'enseignement primaire (16/06/1881).
  • Extension aux jeunes filles du bénéfice de l'enseignement secondaire d'Etat (21/12/1881).
De nouveau ministre de l'Instruction du 31 janvier au 29 juillet 1882 (Ministère Freycinet), il continue son oeuvre scolaire :
  • Loi relative à l'obligation et à la laïcité de l'enseignement (28/03/1882).
  • Création d'une Ecole Normale féminine à Sèvres et d'une agrégation féminine (13/07/1882).

Le 25 Mai 2006


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