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Jardinage

Le Nôtre, le jardinier ami du grand roi


ANDRE Le Nôtre est certainement le plus célèbre des "jardiniers" français. Toutefois, en l'absence d'écrits théoriques de sa main, et du fait de la disparition de ses papiers ainsi que des multiples remaniements qu'ont subis ses jardins, le personnage et son oeuvre restent aujourd'hui largement méconnus.
Il naît à Paris en mars 1613, dans une famille de jardiniers des Tuileries. Son grand-père, Pierre, avait collaboré dès 1572 à l'entretien du jardin des Tuileries ; son père, Jean, en avait la charge de "jardinier ordinaire".
Il commence son apprentissage vers l'âge de 12 ans, d'abord par la théorie : géométrie, arithmétique, architecture, dessin...
A 22 ans, il devient premier jardinier du duc d'Orléans, le frère de Louis XIII.
A l'époque où il contribue aux travaux des parcs de Gagny, du Raincy, de Maisons puis de Fontainebleau, il épouse en 1640 Françoise Langlois, fille d'un commissaire ordinaire de l'artillerie de France ; leurs trois enfants meurent en bas âge. Toutefois, la tradition se perpétue puisque deux des trois soeurs d'André s'allient à des jardiniers. Françoise épouse Simon Bouchard, responsable des orangers des Tuileries, charge qui est transmise à la mort de ce dernier à ses enfants. Elisabeth se marie avec le jardinier Pierre Desgots, qui travaille notamment à Chantilly, et leur petit-fils Claude Desgots sera le plus proche collaborateur d'André.

Dès 1656, Le Nôtre exerce ses talents à Vaux-le-Vicomte, au service du surintendant Fouquet : c'est grâce à cette oeuvre qu'il sera propulsé au sommet de la gloire. Il y déploie un savoir-faire magistral. En 1657, Le Nôtre obtient l'une des trois charges de contrôleur général des bâtiments. Ainsi, son rôle ne se limite pas aux jardins. Le château, entouré de douves, se présente comme une petite île dégagée dans ses environs immédiats de toute végétation haute : ainsi l'a voulu constamment Le Nôtre dans toutes ses créations.
En novembre 1666, Louis XIV accorde à Le Nôtre une gratification exceptionnelle de 4 000 livres, "en considération du travail extraordinaire qu'il a fait pendant ces deux dernières années". Le Roi n'est pas le seul à être satisfait, Mme de Sévigné en tête, l'opinion publique est unanime à vanter les beautés et les agréments du parc ainsi remodelé. En effet, comme cela a été précisé au début de ce texte, Le Nôtre s'est vu confier la tâche de dessiner un jardin qui soit à la hauteur de l'architecture : ce jardin est celui des Tuileries où son grand-père, son père et lui-même y ont déjà beaucoup travaillé. Il va le remodeler complètement, à tel point que presque rien ne subsistera de l'état antérieur ! Le Nôtre a imaginé de percer, en direction de la colline de Chaillot, une allée qui, partie des Tuileries, prolongerait la ville hors d'elle-même. C'est ainsi que naquirent les Champs-Elysées.

André Le Nôtre a également reçu une formation d'architecte et de peintre, dans l'atelier de Simon Vouet. Il possède une collection d'oeuvres d'art qu'il lèguera à Louis XIV.
Il a déjà travaillé pour le Roi sur de nombreux sites, mais celui de Versailles est particulièrement ingrat : une butte étroite, des marécages... Il va, suivant le rythme de la construction du château, y parfaire le modèle du jardin à la française que toute l'Europe viendra admirer et dont bien des princes étrangers s'inspireront.
Le tracé général est géométrique : le jardin s'ordonne à partir d'un axe principal, avec des axes secondaires, des allées en étoile, des bassins en cercle et demi-cercle ; le tout en symétrie et étagé sur plusieurs niveaux. Les arbres sont rigoureusement taillés, composant une véritable architecture végétale.
N'ayant pas réellement "inventé" la perspective, André Le Nôtre l'a cependant portée à un point de perfection jusqu'alors inconnu. Ce sont les méthodes propres à l'élaboration de la défense des forteresses qui vont servir à Le Nôtre pour réaliser ses fameux effets de niveaux et travailler tout particulièrement l'axe longitudinal de ses créations.

En 1651, Louis XIV fait sa première visite à Versailles. Dans son esprit chemine peu à peu le projet d'une installation véritablement royale. Ainsi, la collaboration de Le Vau, Le Nôtre et Lebrun est requise pour déployer à Versailles le meilleur de leur talent. En 1663, Le Nôtre crée à l'ouest deux parterres latéraux. Ils deviendront plus tard le Parterre du Nord et le Parterre du Midi. A partir de ce moment, les travaux seront continuels. En 1668, c'est l'amorce du Grand Canal, sur une idée de Le Nôtre. De même, Le Nôtre fit venir des arbres déjà grands par milliers et aménagea quelques bosquets.

La légende a fait de Le Nôtre un jardinier brave et chaleureux, ami du grand roi, au verbe libre et à la bêche sur l'épaule.

Bénéficiant de revenus considérables, Le Nôtre rassemble, à partir des années 1650, une très importante collection d'oeuvres d'art. Celle-ci comprend des tableaux de peinture italienne, mais aussi hollandaise et flamande, des sculptures, des porcelaines et surtout en grand nombre des médailles modernes et des estampes.

Le sommet de la carrière du jardinier est, sans conteste, son anoblissement en 1681, où il choisit pour armes "un gros chou-cabus dont les premières feuilles pendent des deux côtés, comme des plumes". En 1693 le roi le fait, de surcroît, chevalier de l'ordre royal de Saint-Michel, distinction rare réservée aux écrivains et aux artistes. Toutefois, Le Nôtre n'a jamais reçu le titre de premier jardinier du roi, même s'il en a occupé la position pendant plus de trente ans.

En 1693, âgé de 80 ans, il décide de se démettre de ses charges. En 1692, Le Nôtre a déjà divisé sa charge de dessinateur des plants et parterres entre ses petits-neveux Le Bouteux et Desgots qui reçoit en outre, en 1698, l'office de contrôleur général des bâtiments du roi.
A la mort de Le Nôtre, le Mercure Galant de septembre 1700 commente sa disparition en ces termes élogieux :
"Le Roy vient de perdre un homme rare, & zélé pour son service, & fort singulier dans son art, & qui luy faisoit honneur. C'est Mr. Le Nostre, Controlleur Général des Bastimens de Sa Majesté, Jardins, Arts et Manufactures de France. (...) Jamais homme n'a mieux sçu que luy tout ce qui peut contribuer à la beauté des Jardins..."

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