PolitiqueLéon Blum Le militantisme jusqu'au bout
LEON Blum est né le 9 avril 1872 à Paris, où il fréquenta le lycée Henri IV. Il faisait partie d'une vieille famille bourgeoise juive originaire de Westhoffen en Alsace. Son père, commerçant aisé, tenait un magasin de nouveautés très coté.
Il rencontra à Paris l'écrivain André Gide et publia ses premiers poèmes à l'âge de 17 ans dans un journal créé avec celui-ci.
Il fut admis en 1890 à l'Ecole normale supérieure. A sa sortie, hésitant entre le droit et la littérature, il entreprit finalement les deux à la Sorbonne, en visant une carrière de fonctionnaire. Il fut licencié ès lettres en 1891 et en droit en 1894. Il collabora à la Revue Blanche à partir de 1892.
C'est grâce à sa rencontre avec Jean Jaurès en 1897 que son action militante à la section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) commença vraiment.
Il fit remarquer très tôt son talent littéraire et son esprit indépendant.
Léon Blum fut reçu à sa 2e présentation du concours du Conseil d'Etat à l'âge de 25 ans et y fut nommé Auditeur en décembre 1895. Il y fera une brillante carrière de près de 25 ans, atteignant la plus haute fonction, celle de Maître des Requêtes. Cette carrière fut interrompue par ses fonctions au cabinet de Marcel Sembat, alors ministre des Travaux publics. C'est en effet en août 1914 qu'il devint chef de cabinet de Marcel Sembat, après avoir été réformé pour cause de myopie. Il quitta le cabinet de Sembat en 1916 et retourna travailler au Conseil d'Etat .
Sous l'influence des excès antisémites pendant le procès contre l'officier juif Alfred Dreyfus, Léon Blum s'engagea au Parti Socialiste dès 1899. Il le dirigea (la SFIO : Section Française de l'Internationale Ouvrière) à partir de 1920.
Il participa très activement au Congrès Socialiste de Tours, en 1920, qui devint le théâtre d'une dramatique polémique entre socialistes fidèles à la doctrine française et socialistes convertis au communisme, sous l'influence de la révolution russe de 1917. Le Parti communiste russe avait envoyé à Tours des délégués qui y firent une active propagande. De toutes ses forces, Léon Blum combattit les communistes, tels Marcel Cachin et André Marty. Le débat s'acheva par un vote. Les communistes majoritaires mirent la main sur l'Humanité fondée par Jean Jaurès. Ils firent sécession pour créer un nouveau parti : le "Parti communiste français". Cependant, Léon Blum encourageait ses amis à garder leur fidélité au socialisme humaniste et réformiste.
C'est aussi durant l'affaire Dreyfus que Léon Blum rompit avec Maurice Barrès, qu'il considérait jusqu'alors comme son maître en littérature.
En 1904, il collabora à l'Humanité (fondé avec Jean Jaurès) en qualité de journaliste. Il y publia des travaux de critique littéraire et dramatique.
En 1924, Léon Blum soutint le Cartel des gauches d'Edouard Herriot.
Député de la Seine de 1919 à 1928, il fut député de Narbonne en 1929, et fut réélu, brillamment, en 1932 et en 1936.
Après l'émeute des ligues de Droite, le 6 février 1934, tous les partis de gauche antifascistes s'étaient groupés dans un cartel renouvelé, le Front Populaire. Les accords du Front populaire permirent la victoire aux élections législatives d'avril 1936 et débouchèrent sur le premier gouvernement à dominante socialiste de la IIIe République. Léon Blum devint président du Conseil à partir du mois de juin. Il ne se chargeait d'aucune responsabilité particulière pour se consacrer tout entier à la direction du gouvernement. Le gouvernement était alors composé seulement de socialistes et de radicaux, les communistes le soutenant de l'extérieur. Ce gouvernement de Front populaire fut aussi le premier à comprendre des femmes, alors qu'à cette époque elles ne pouvaient pas encore voter en France.
Les causes de la victoire du Front populaire sont multiples : crise économique, montée d'Adolf Hitler, scandales financiers, instabilité du gouvernement de la législature de 1932, existence des ligues de droite, armées et de plus en plus nombreuses, émeutes du 6 février 1934. Tous ces éléments ont participé à son émergence.
Les résultats donnant le Front populaire vainqueur aux élections donnèrent beacoup d'espoir au sein du prolétariat, qui déclencha une grève générale spontanée. Ces grèves obligèrent le patronat à négocier avec les salariés et leurs syndicats, et à accorder des congés payés et une baisse du temps de travail.
L'histoire a surtout retenu la non-intervention dans la guerre d'Espagne contre l'avis des communistes. Léon Blum fut empêché d'intervenir ouvertement par l'opposition des radicaux, renforcée par l'activisme de l'extrême droite et d'une partie de la droite ; mais il y eut une aide clandestine, organisée par Pierre Cot et Jules Moch. On peut noter que les rapports avec l'Italie furent beaucoup plus difficiles qu'avec l'Allemagne. Sur le plan intérieur, le gouvernement Blum parvint à résoudre la crise sociale. Mais dès l'été 1936, il dut faire face à diverses difficultés, parmi lesquelles la dévaluation du franc à cause de la situation monétaire et la politique financière en général, qui transformèrent l'inquiétude de la droite en opposition résolue.
Les calomnies de l'extrême droite visaient toutes les personnalités du Front populaire. Elles eurent notamment pour conséquence le suicide du ministre de l'intérieur Roger Salengro.
Le bilan du Front populaire est mitigé, mais cette brève expérience permit tout de même un nombre important d'avancées dans de nombreux domaines, en particulier dans le domaine social : congés payés (obtenus suite à des grèves, mais ils figuraient déjà dans la profession de foi de Jean-Baptiste Lebas, futur ministre du Travail), semaine de quarante heures, établissement des conventions collectives, prolongement de la scolarité à 14 ans, etc. La relance des dépenses d'armement, prioritaire même devant les dépenses sociales, est également à mettre à son crédit.
Parmi les socialistes, deux grandes tendances se dessinaient sur le plan international pour lutter contre le fascisme. D'une part une frange plus à droite, incarnée par les Britanniques, les Scandinaves, les Tchèques et les Polonais qui voulaient adapter le socialisme aux classes moyennes ; et d'autre part une tendance de gauche incarnée par l'Italie, la Suisse, la France et la Belgique qui proposait "une tactique révolutionnaire de lutte prolétarienne pour la conquête du pouvoir [...]". Léon Blum préconisait aussi d'insister sur les intérêts communs des classes moyennes avec les classes ouvrières.
Dans la presse française se formèrent deux camps bien distincts, d'une part les partisans du Front populaire (L'Humanité, Le Populaire, L'Oeuvre, Vendredi, Marianne, etc.), d'autre part les opposants (L'Action française, L'Echo de Paris, L'Ami du peuple, Le Jour, Candide, Gringoire, Je suis partout, etc.). Entre ces deux positions, très peu de journaux ou d'hebdomadaires jouèrent la carte de la neutralité. La presse allant dans le sens du Front populaire était largement plus faible que la presse d'opposition, et l'une comme l'autre contribueront à l'échec du gouvernement de Front populaire. C'est dans la presse étrangère, notamment anglo-saxonne, que parurent les analyses les plus objectives.
Léon Blum remit sa démission en juin 1937 et fut remplacé par un gouvernement radical. Il revint à l'Hôtel Matignon, pour une présidence éphémère en mars 1938. La défaite définitive du Front populaire eut lieu en septembre-décembre 1938 avec l'arrivée au pouvoir d'Edouard Daladier. C'est l'époque de l'Anschluss. Nul ne paraît en mesure d'arrêter les progrès d'Hitler triomphant. En 1940, après le désastre militaire qui frappe la France, le gouvernement de Vichy le défère à la Cour de Justice de Riom en qualité de "responsable de la défaite". Devant ce tribunal créé contre lui, il confond le Maréchal Pétain. Celui-ci décide, par "décision" du 7 avril 1942, de suspendre les séances de la Cour de Riom, et, en même temps condamne Léon Blum à la prison à vie. D'avril 1942 au 31 mars 1943, il sera détenu à la maison d'arrêt de Bourrasol. Fin mai 1943, des officiers allemands pénètrent dans sa cellule. Vichy le livre à Hitler : il est déporté au camp de concentration de Buchenwald. Durant sa détention, il entretint une importante correspondance et commença à écrire un ouvrage de réflexions qu'il terminera en décembre 1944 et qui sera publié après la guerre sous le titre A l'échelle humaine.
Léon Blum fut libéré par la Ve armée américaine le 7 mai 1945 et reprit ses articles quotidiens dans le journal Le Populaire. Il fut chef de la délégation française, puis président de la conférence constitutive de l'Unesco, après avoir négocié un important emprunt auprès des Etats-Unis (accords Blum-Byrnes). Il dirigea le dernier gouvernement provisoire avant l'instauration de la Quatrième République, de décembre 1946 à janvier 1947. Son rôle essentiel consiste alors à négocier aux Etats-Unis un important crédit pour assurer le relèvement du pays.
Il se retire ensuite à Jouy-en-Josas près de Versailles où il mourra le 30 mars 1950 à l'âge de 78 ans.
Par ailleurs, Léon Blum respectait la religion juive de ses pères, il se sentait juif et Français car il pensait que l'un n'empêchait pas l'autre, et, par la suite, s'engagea dans plusieurs mouvements sionistes après la guerre. Pour une grande partie de la population juive, Blum était un homme politique comme les autres. En revanche, une autre partie de cette population voyait d'un mauvais oeil son accession au pouvoir et craignait notamment une poussée de l'antisémitisme.
Il souffrit très tôt de l'antisémitisme. Il en était déjà victime en tant que critique littéraire. Mais l'antisémitisme le frappa de plus belle dès le moment où il fut élu à la Chambre et où ses discours au Parlement commencèrent à remporter un immense succès. Il fut ainsi la cible de nombreuses attaques dans les quotidiens d'extrême droite, sous forme de caricatures et de pamphlets racistes.
Ouvrages de Léon Blum
- Stendhal et le beylisme
- L'histoire jugera
- Souvenirs sur l'Affaire
- Du mariage
- Pour être socialiste
- A l'échelle humaine
Ouvrages sur Léon Blum
- Jean Lacouture, Léon Blum, éd. du Seuil, 1977, rééd. "Points", 1979
- Jules Moch, Rencontres avec Léon Blum, éd. Plon, 1970 ; Le Front populaire, grande espérance, éd. Perrin, 1971
- Pierre Renouvin et René Rémond, Léon Blum, chef de gouvernement. 1936-1937. Actes du colloque, éd. Armand Colin, 1967
- Danielle Tartakowsky, Le Front populaire : la vie est à nous, éd. Gallimard, 1996
- Michel Winock, Les Années trente. De la crise à la guerre, éd. du Seuil, "Points", 1990
- Robert Frank, Le Prix du réarmement français. 1935-1939 (thèse de doctorat), Publications de la Sorbonne, 1982
Citations
- Nous sommes convaincus, jusqu'au fond de nous-mêmes que, pendant que vous irez courir l'aventure, il faut que quelqu'un reste garder la vieille maison (27 décembre 1920).
- Je ne suis pas sorti souvent de mon cabinet ministériel pendant la durée de mon ministère ; mais chaque fois que j'en suis sorti, que j'ai traversé la grande banlieue parisienne et que j'ai vu les routes couvertes de théories de tacots, de motos, de tandems avec des couples d'ouvriers vêtus de pull-overs assortis [...], j'avais le sentiment d'avoir, malgré tout, apporté une embellie, une éclaircie dans des vies difficiles, obscures. On ne les avait pas seulement arrachées au cabaret ; on ne leur avait pas seulement donné plus de facilité pour la vie de famille mais on leur avait ouvert une perspective d'avenir, on avait créé chez eux un espoir. Léon Blum au procès de Riom (1942).
- Je voudrais que dans tous les villages et dans toutes les villes, on enseigne l'Espéranto qui serait un facteur pour l'entente des peuples et le plus sûr moyen pour maintenir la paix universelle.
- On peut lire dans Du Mariage (édition de 1937) : "Les jeunes filles pourront quitter un jour le toit paternel (p. 242). Elles reviendront de chez leur amant avec autant de naturel qu'elles reviennent à présent du cours ou de prendre le thé chez une amie." Remplacez "amant" par "petit copain" et vous avez la situation actuelle qui ne choque plus personne.
- "On est socialiste à partir du moment où l'on a cessé de dire : Bah ! C'est l'ordre des choses ; il en a toujours été ainsi et nous n'y changerons rien". Léon Blum, 1919.
Le 3 Janvier 2006
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