Politique
Patrice de Mac-Mahon "Le maréchal de l'ordre"
MARIE Edme Patrice Maurice, comte de Mac-Mahon, duc de Magenta, né le 13 juillet 1808 au château de Sully (Saône-et-Loire) près d'Autun, mort le 8 octobre 1893 au château de la Forêt, à Montcresson (Loiret), était maréchal de France et fut le 2e président de la République française après Adolphe Thiers, fonction qu'il occupa du 24 mai 1873 au 30 janvier 1879.
Il faisait partie d'une vieille famille d'origine irlandaise qui descendait elle-même d'un certain Boro, roi d'Irlande au Xe siècle. Les hommes du clan Mac-Mahon, fidèles à la religion catholique, auraient abandonné leur pays après la défaite du très catholique roi Jacques II d'Angleterre contre le protestant Guillaume de Nassau.
La mère de Mac-Mahon était de très haute noblesse. C'était une grande dame, qui lui donna l'exemple de la charité et de la hauteur de vue. On trouve chez le comte de Mac-Mahon, père du maréchal, une belle fidélité au roi. Il avait épousé en émigration une demoiselle Pélagie Riquet de Caraman qui lui avait donné dix-sept enfants, dont neuf seulement avaient survécu. Le seizième était le futur président de la République française.
Dès sa petite enfance, au château de Sully il avait appris à servir la messe pendant que son père chantait au lutrin. L'Irlandais se souvenait-il de ses lointaines origines ? Il n'y avait pas en basse bourgogne de noble plus catholique que lui. Son premier précepteur était un civil qui devait devenir avocat à Châlons. Mais il fut vite remplacé par un ecclésiastique, un chanoine d'Autun fort savant qui suivait pas à pas l'éducation religieuse de l'enfant. Dès qu'il fut en âge, on le fit accepter comme interne dans un séminaire de la ville. Il avait dix ans quand il y apprit la mort de sa mère. On se séparait alors des enfants de fort bonne heure, dans les hautes classes.
Il aurait pu être prêtre, car il était pieux et dévoué à l'Eglise. Il a été élevé très religieusement. Il choisit la carrière militaire, voyant ses frères passer dans un régiment de hussards qui partait en 1823 pour la guerre d'Espagne. Les chevaux, les uniformes, le son du tambour, tout enthousiasmait l'adolescent. Il serait bien parti lui-même pour livrer bataille en Espagne au Trocadero, mais il n'avait que quinze ans !
Son père le mit au collège Saint-Louis et le fit suivre par un aumônier. Un professeur de Saint-Cyr se chargea ensuite de son éducation, lui permettant de préparer le concours dans de très bonnes conditions. Il fut reçu treizième dans cette école créée par Napoléon et conservée par la monarchie en 1825. En 1827, il suivait pendant deux ans les cours de l'école d'état-major. Filière classique pour les jeunes gens plus tard destinés aux grands commandements.
A peine sorti de son école, Patrice de Mac-Mahon recevait le grade de sous-lieutenant au très brillant 4e régiment de hussards. Depuis l'Empire, ces cavaliers n'avaient guère eu l'occasion de montrer leur valeur. Il servit donc d'abord lors de l'expédition d'Alger, où il se fit remarquer par sa capacité et sa bravoure. Rappelé en France, il attira de nouveau l'attention lors de l'expédition d'Anvers en 1832. Il devint capitaine en 1833 et cette année-là revint en Algérie. Il mena des raids de cavalerie audacieux à travers les plaines occupées par les bédouins et se distingua au siège de Constantine en 1837. Depuis cette date jusqu'à 1855 il fut presque constamment en Algérie et accéda au grade de général de division.
En 1840, à trente-deux ans, Mac-Mahon est nommé dans un bataillon de chasseurs à pied, unités nouvelles en voie de constitution. Il renonce à des avantages de carrière pour faire partie d'une unité au feu. Il se trouve affecté comme chef de bataillon au 20e de chasseurs. Est-il enfin parti pour la gloire ?
Il n'avait pas droit à ce poste, n'étant que capitaine. Mais le duc d'Orléans l'a connu en Algérie. Il s'étonne qu'un officier d'aussi grande valeur perde des avantages de carrière parce qu'il veut se battre. Le maréchal Soult est ministre de la Guerre : le vieux courtisan comprend parfaitement le langage du principe. Il signe la nomination de Mac-Mahon au grade de chef d'escadron.
La guerre d'Algérie, pour lui, est un renouvellement des croisades. Il ne s'agit pas seulement de planter sur la terre étrangère le drapeau de la France, mais aussi d'imposer son dieu. L'identité des Arabes n'est pas son affaire. Celle des Kabyles encore moins. Il pense qu'ils doivent respecter aussi bien le dieu que le drapeau des Français.
Il a fait toute sa carrière outre-Méditerranée, le futur président de la République. Il ne connaît pratiquement pas la métropole, qui est pour lui un foyer d'intrigues et de désordres. La succession des révolutions, des coups d'Etat et des régimes a fini par le laisser froid. Il pense que son devoir de militaire est de servir la France, et que le meilleur moyen de ne pas déroger et de garder son honneur d'officier est de mettre le moins possible les pieds dans Paris.
Au cours de sa vie militaire, Mac-Mahon n'avait jamais ressenti la nécessité de prendre femme. On ne connaissait au grand Irlandais, cavalier, chasseur et soldat, aucune liaison marquée, aucun scandale de moeurs ; sa vie était un exemple de chasteté.
Il épousa enfin à Paris le 13 mars 1854 Elisabeth de La Croix de Castries. De cette union naîtront 4 enfants : Patrice (1855-1927), 2e Duc de Magenta ; Eugène (1857-1907) ; Emmanuel (1859-1930) et Marie (1863-1954).
Pendant la Guerre de Crimée on lui donna le commandement d'une division et, en septembre 1855, il mena avec succès l'attaque sur les ouvrages fortifiés de Malakoff, où il y prononça son célèbre "J'y suis, j'y reste !", ce qui aboutit à la chute de Sébastopol.
Après son retour en France, il fut comblé d'honneurs et fait sénateur. Désirant pourtant une vie plus active, il refusa le commandement suprême des troupes françaises et fut une fois encore envoyé, sur sa demande, en Algérie, où il vainquit complètement les Kabyles. De retour en France, il vota comme sénateur contre la loi inconstitutionnelle sur la sécurité générale, qui fut proposée après l'attentat manqué d'Orsini contre la vie de l'empereur.
Il se distingua particulièrement lors de la campagne d'Italie de 1859. Moitié par chance, moitié par audace et par flair, il poussa ses troupes en avant sans avoir reçu d'ordres à un moment critique lors de la bataille de Magenta, ce qui assura la victoire française. Pour ces brillants services, il reçut de Napoléon III le bâton de maréchal et fut titré duc de Magenta.
En 1861, il représenta la France au couronnement de Guillaume Ier de Prusse et, en 1864, fut nommé gouverneur général d'Algérie. Son action dans ce poste représente l'épisode le moins réussi de sa carrière. Bien qu'il eût effectivement mis en oeuvre quelques réformes dans les colonies, les plaintes furent si nombreuses que deux fois dans la première moitié de 1870 il présenta sa démission à Napoléon III. Quand le cabinet Ollivier, qui devait si mal finir, fut formé, l'empereur abandonna ses projets algériens et Mac-Mahon fut rappelé.
Il participa à la guerre franco-allemande de 1870, essuya plusieurs défaites en Alsace et lors de la Bataille de Sedan où il fut blessé dès le début des combats. Il est fait prisonnier lors de la capitulation de Sedan. En 1871, il fut nommé à la tête de l'armée dite "versaillaise" qui réprima sévèrement la Commune de Paris en massacrant 30 000 personnes, emprisonnant 38 000 et déportant au bagne 7 000 autres.
Porté par sa popularité, il est élu président de la République après la chute d'Adolphe Thiers le 24 mai 1873, et projette une restauration de la monarchie, après avoir limogé le Premier ministre pour le remplacer par un monarchiste. Mais l'échec de cette restauration le conduit à voter le septennat présidentiel. Avec le duc Albert de Broglie comme président du Conseil, il prend une série de mesures pour l'ordre moral; mais ce n'est pas à lui qu'on doit le septennat ; ce sont les députés qui l'ont voté parce qu'ils espéraient que dans les sept années à venir le problème de la fusion serait résolu par le décès du comte de Chambord ("En attendant qu'il plaise à Dieu d'ouvrir les yeux du comte de Chambord... ou de les lui fermer", disait-on dans les milieux orléanistes).
L'Assemblée ayant le 9 novembre 1873 fixé son mandat à sept ans, suite à l'adoption de l'amendement proposé par le député Henri Wallon, il déclara dans un discours prononcé le 4 février 1874 qu'il saurait pendant sept ans faire respecter l'ordre légalement établi. Préférant rester au-dessus des partis, il assista plutôt qu'il n'y prit part aux procédures qui, en janvier et février 1875, aboutirent aux lois fondamentales qui établirent finalement la République comme le gouvernement légal de la France. Pourtant Mac-Mahon devait écrire dans ses mémoires toujours inédits : "Par ma tradition de famille et en raison des sentiments que mon éducation m'avait inculqués dès le plus jeune âge envers la maison royale, je ne pouvais pas être autre chose que légitimiste." C'est avec répugnance qu'il consentit en 1876 à la formation des cabinets Dufaure et Jules Simon, dominés par les Républicains.
Quand les mandements épiscopaux des évêques de Poitiers, Nîmes et Nevers, recommandant à la sympathie du gouvernement français le cas du pape captif Pie IX, furent suivis d'une résolution de la Chambre proposée par la gauche et demandant au Gouvernement de "réprimer les manifestations ultramontaines" (4 mai 1877), Mac-Mahon, douze jours plus tard, demanda à Jules Simon de démissionner et constitua un ministère conservateur sous la direction du duc de Broglie ; il convainquit le Sénat de dissoudre la Chambre et fit un voyage à travers le pays pour assurer le succès des Conservateurs aux élections, tout en protestant qu'il ne désirait pas renverser la République. C'est ce qu'on a appelé "le coup du 16 mai". Cependant, les élections suivantes du 14 octobre donnèrent à la gauche une majorité de 120 sièges et le ministère de Broglie démissionna le 19 novembre. Mac-Mahon tenta d'abord de former un gouvernement de fonctionnaires dirigé par le général de Rochebouët, mais la Chambre ayant refusé d'entrer en contact avec lui, Rochebouët démissionna dès le lendemain et le président se vit contraint de rappeler Dufaure, à la tête d'un ministère de gauche. Il conserva son poste jusqu'en 1878, pour permettre la paix politique pendant l'Exposition Universelle mais, les élections sénatoriales du 5 janvier 1879, ayant livré maintenant cette assemblée à la gauche, Mac-Mahon qui ne disposait plus d'aucun soutien parlementaire préféra démissionner le 30 janvier 1879 et Jules Grévy lui succéda.
Il meurt le 8 octobre 1893 au château de La Forêt, près de Montargis, après avoir entrepris la rédaction de ses mémoires. Il sera inhumé le 22 octobre aux Invalides, après des obsèques nationales.
Citations
Mac-Mahon est resté célèbre pour un certain nombre de déclarations, probablement pas toutes authentiques :
- Lors de la guerre de Crimée qui opposait la France et le Royaume-Uni à la Russie, Mac-Mahon prit la position de Malakoff. A un émissaire britannique qui lui conjurait de quitter la place, qu'il disait minée, Mac-Mahon a répondu, inventant la formule : "J'y suis, j'y reste". Il resta et ne sauta pas.
- En voyant des inondations qui frappèrent la ville de Moissac : "Que d'eau ! Que d'eau ! Et encore, on n'en voit que le dessus".
- "La fièvre typhoïde est une maladie terrible. Ou on en meurt, ou on en reste idiot. Et je sais de quoi je parle, je l'ai eue".
- Alors qu'il allait passer en revue les élèves de l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, Mac-Mahon fut informé que le soldat le plus brillant de la promotion était noir de peau. A l'école militaire de Saint-Cyr le mot nègre est du reste utilisé depuis le XIXe siècle pour désigner le major, c'est-à-dire l'élève le plus brillant de la promotion. Arrivé devant lui, et alors qu'il était évidemment difficile de ne pas reconnaître le soldat, Mac-Mahon lui demanda : "Ah c'est vous le nègre ?". Et à court de mots, il ajouta : "Très bien, continuez !".
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