Histoire de France
Mai 68 40 ans déjà !
MAI 68 a changé la France. Cette révolution manquée a révolutionné la société. A cause de ce singulier printemps, la vie quotidienne de cinquante millions de personnes n'a plus été la même. Après mai, les Français n'ont plus eu la même manière de penser, de sentir, de parler, de s'habiller, d'éduquer leurs enfants, de vivre en couple ou de passer leurs loisirs. En mai, le pouvoir n'est pas tombé. Ce sont les vieilles contraintes de la société patriarcale et rurale, minées par l'industrialisation rapide du pays, étouffantes pour la jeunesse, humiliantes pour la classe ouvrière, qui ont sauté d'un coup sous la poussée d'une insurrection impensable. C'est le retard social accumulé par une société en pleine croissance, qui maintenait les salariés dans la sujétion et la gêne, qui est soudain devenu insupportable, jusqu'à déclencher la plus grande grève de l'histoire de France. Après mai, les rapports de pouvoir, les libertés individuelles, les conventions sociales se transformèrent.
Prémisse démocratique enrobée d'une gangue rhétorique raide et enflée, la révolte suscite souvent l'ironie. Le décalage entre les mots et les choses de mai a produit toute une littérature de la moquerie. On a tourné en dérision les slogans emphatiques de ce printemps émeutier, l'utopie des propositions, l'errement des références au Viêt-Nam, à Lénine ou à Fidel.
La masse des grévistes et des manifestants, en 68, luttaient au nom de revendications autrement riches, démocratiques et réalistes que le discours des organisations du Quartier latin. Ensuite, derrière l'exaltation des slogans, les leaders de ces groupes ont eu bien soin, en mai et après, de ne jamais passer la ligne rouge de la guerre civile. La révolte de mai frappe par son ampleur alliée à son innocuité. Pas à un mort en mai, sinon par l'accident d'une noyade et le dérapage d'une seule manifestation ouvrière. Bien au contraire, tous les acteurs, même les plus virulents, ont tracé autour de leur action une frontière implicite au-delà de laquelle on ne s'aventura jamais, par crainte des pertes humaines.
La condition scandaleuse des immigrés, l'inégalité entre hommes et femmes, la dictature mesquine des petits chefs, l'interdiction des sections syndicales, le monopole de l'information audiovisuelle, une morale personnelle étroite et guindée, la misère des bidonvilles, la tristesse des HLM, l'archaïsme du patronat, de la classe politique et de la plupart des autorités constituées, la sujétion de la justice : sur tous ces points et bien d'autres, les enragés ont eu gain de cause et leurs revendications furent légitimées, sinon satisfaites.
Mai 68 fut donc un important mouvement étudiant et social français du printemps 1968 qui a forcé le président Charles de Gaulle à dissoudre l'Assemblée nationale et à organiser des élections anticipées. Ce mouvement fait partie d'un ensemble d'événements dans les milieux étudiants d'un grand nombre de pays de part et d'autre du Rideau de fer, notamment en Allemagne, aux Etats-Unis, en Tchécoslovaquie, au Japon, en Italie ou au Mexique. L'évènement est aussi à mettre en corrélation avec l'influence exercée par les valeurs du mouvement hippie sur les jeunesses occidentales durant la deuxième moitié des années 1960.
En France, ces événements prennent cependant une ampleur particulière car ils sont accompagnés de puissantes manifestations d'étudiants, puis d'une grève générale qui paralyse complètement le pays (des camions militaires devront assurer des transports de fortune). Ce mouvement s'accompagne d'une vague de réunions informelles à l'intérieur des organismes, des entreprises, des administrations, des lycées et des universités, des théâtres, des maisons de jeunes, des maisons de la culture.
Dans tout le pays, les portes s'ouvrent à n'importe quel citoyen, la parole se libère et devient pour quelques semaines la raison d'être des Français. Enthousiasmé ou catastrophé, dubitatif ou méditatif, chacun selon sa sensibilité participe ou observe. Des dialogues intenses se nouent dans les rues, entre inconnus, et à travers les générations.
Origine
En France, le mouvement étudiant demandant une amélioration des conditions de vie des étudiants commence en novembre 1967. Ce mouvement rencontre peu d'écho. En 1968, le "mouvement du 22 mars", prenant le relais de la contestation menée par de petits groupes tels les anarchistes et les enragés de René Riesel, se fait connaître ce jour-là en occupant les locaux de l'université de Nanterre. L'une de ses principales revendications est le droit d'accès pour les garçons aux résidences universitaires des filles. La figure de proue de ce mouvement se nomme Daniel Cohn-Bendit. Il devient le symbole de la remise en cause de l'autoritarisme.
Les causes de ce mouvement sont diverses selon les analystes. Mais toutes tournent autour de l'idée qu'une grande rigidité cloisonnait les relations humaines et les moeurs dans toute la société.
La direction politique
La direction politique du mouvement étudiant se trouvait à Paris pour deux raisons. D'abord, la plupart des étudiants s'y trouvaient : 200 000 sur 550 000. Ensuite, depuis le début des années 60, le milieu étudiant parisien était le centre d'une série de débats politiques entre tendances de gauche.
Le résultat de ces débats fut l'affaiblissement des structures étudiantes "traditionnelles", notamment de l'Union Nationale des Etudiants de France (UNEF), mais aussi de l'Union des Etudiants Communistes (UEC), qui organisait les adhérents du PCF en milieu étudiant.
En conséquence, les "groupuscules" trotskistes (JCR, OCI, VO) ou maoïstes (UJC-ml...) fleurissaient au profit d'une UNEF de plus en plus moribonde. Sans courroie de transmission efficace parmi les jeunes, et sentant les effets des scissions au sein de l'UEC, le PCF s'attaqua - parfois physiquement - aux "groupuscules". Durant le seul mois de décembre 1967 :
- A Rouen, des militants du PCF empêchèrent physiquement la tenue d'une réunion de la JCR.
- A Brive, un tract PCF accusa Voix Ouvrière (ancêtre de Lutte Ouvrière) d'être financée "par les flics et les monopoles" et attaqua physiquement les vendeurs de VO dans la rue.
- A Lyon, le PCF attaqua une réunion de l'OCI et de Révoltes (le journal du CLER).
- A l'usine Alsthom Saint-Ouen les diffuseurs du bulletin de VO furent attaqués par les militants de la CGT.
Ces "arguments" physiques montraient que les staliniens craignaient de perdre leur influence auprès des jeunes, notamment dans les usines.
Et le réflexe bureaucratique prima chez les staliniens. De plus en plus, le mensonge et l'amalgame devinrent leurs armes préférées tandis qu'ils retrouvaient l'esprit des procès de Moscou. Par exemple, en mars 1968, les lambertistes furent qualifiés de "fascistes de gauche" dans un tract du PCF diffusé sur la faculté d'Orsay.
Quelques slogans soixante-huitards
- Il est interdit d'interdire. ce slogan mérite une place spéciale : "Il est interdit d'interdire" fut, au départ simple boutade autoréférentielle lancée par le fantaisiste Jean Yanne ; il fut par la suite repris au premier degré, ce dont le concerné se montrera surpris... et amusé.
- L'imagination prend le pouvoir !
- A bas la société spectaculaire marchande.
- Ne travaillez jamais.
- Je prends mes désirs pour des réalités car je crois en la réalité de mes désirs.
- Fin de l'université.
- Vivre sans temps mort et jouir sans entrave.
- L'ennui est contre-révolutionnaire.
- Pas de replâtrage, la structure est pourrie.
- Nous ne voulons pas d'un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque de mourir d'ennui (cette phrase tirée de l'introduction du Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem fut largement commentée par Thierry Maulnier, qui était membre de l'Académie française, et par le chroniqueur André Frossard, qui le deviendra).
- Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau.
- On ne revendiquera rien, on ne demandera rien. On prendra, on occupera.
- Plébiscite : qu'on dise oui qu'on dise non, il fait de nous des cons.
- Depuis 1936, j'ai lutté pour les augmentations de salaire. Mon père avant moi a lutté pour les augmentations de salaire. Maintenant j'ai une télé, un frigo, un VW. Et cependant, j'ai vécu toujours la vie d'un con. Ne négociez pas avec les patrons. Abolissez-les.
- Le patron a besoin de toi, tu n'as pas besoin de lui.
- Travailleur : tu as 25 ans mais ton syndicat est de l'autre siècle.
- Veuillez laisser le Parti communiste aussi net en sortant que vous voudriez le trouver en y entrant.
- Soyez réalistes, demandez l'impossible.
- On achète ton bonheur. Vole-le.
- Sous les pavés, la plage (au moment de l'érection des barricades, on avait retrouvé sous le macadam l'ancien pavement de Paris, et sous les pavés - immédiatement utilisés de la façon que l'on devine - le lit de sable sur lequel ils étaient posés).
- Autrefois, nous n'avions que le pavot. Aujourd'hui, le pavé.
- L'âge d'or était l'âge où l'or ne régnait pas. Le veau d'or est toujours de boue.
- La barricade ferme la rue mais ouvre la voie.
- Il n'y aura plus désormais que deux catégories d'hommes : les veaux et les révolutionnaires. En cas de mariage, ça fera des réveaulutionnaires.
- Le réveil sonne : PREMIRE humiliation de la journée !
- Imagine : c'est la guerre et personne n'y va !
- Laissez la peur du rouge aux bêtes à cornes.
- Cours camarade, le vieux monde est derrière toi.
- Les murs ont la parole.
- Elections, piège à cons.
- (Sur une bouteille de poison) Presse : ne pas avaler.
- ORTF : La police vous parle tous les soirs à 20 heures.
- Prenez vos désirs pour la réalité.
- Nous sommes tous des Juifs allemands.
En réponse à la violente répression, des affiches sérigraphiées disent :
- Les CRS aussi sont des hommes : la preuve, ils violent les filles dans les commissariats.
- CRS=SS
|
|
|
|