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Il y a 20 ans, disparaissait Ludovic Massé


Il y a 20 ans, jour pour jour, disparaissait Ludovic Massé. Le 24 août 1982, il s'éteignit à l'âge de quatre-vingt-deux ans, et fut enterré le 26 août, à Céret (Pyrénées-Orientales, 66), auprès des siens, selon son voeu.

LUDOVIC Massé est né le 7 janvier 1900 à Evol (Pyrénées-Orientales, 66), hameau du Conflent, près d'Olette. Il fut le dernier d'une famille de cinq enfants. Son père, Sylvain Massé, était maître d'école, et sa mère, Françoise Py, était la fille de montagnards aisés. A cinq mois, il quitta son village natal pour Saint-Jean-Pla-de-Corts en Vallespir, où son père avait été nommé, et où il passa une enfance libre et heureuse, pauvre mais "royale". Enfant, il développa un sentiment de supériorité et de révolte. Une grande complicité l'unissait à son père ("Les Grégoire", "La Terre du liège"). Mais sa mère lui inspirait crainte et respect, bien qu'il lui ressemblât physiquement.

Etant au contact des animaux dès son plus jeune âge, ses premiers écrits furent animaliers ("Le Livre des Bêtes Familières"). De plus, ses écrits furent influencés par les récits et légendes du pays catalan. En fait, il reçut une double culture : catalane et française. Sylvain, son frère aîné et parrain, eut aussi une grande influence sur lui : il est l'un des personnages du premier roman de Ludovic ("Fièvre au village").

Ludovic fut un brillant élève, et ce grâce, dira-t-il plus tard, aux compliments et aux encouragements de son père. A l'âge de treize ans, il est reçu au certificat d'études, et part à Céret pour y fréquenter l'enseignement primaire supérieur. Il quitta alors la période la plus heureuse de sa scolarité. De plus, Ludovic découvrit sa faiblesse en calcul. Il devint alors susceptible, agressif, face aux remarques de ses maîtres.
En 1916, il entre à l'école normale de Perpignan. Cette nouvelle épreuve fut d'autant plus rude qu'il était timide et fier. Ses mauvais résultats, son indiscipline lui valent, au bout d'un an, une menace de renvoi. Ses trois années d'internat sont heureusement adoucies par la lecture et le sport. C'est alors qu'il commença à écrire. A la fin de sa formation scolaire, à l'âge de dix-neuf ans, il est contraint de gagner sa vie rapidement. Par conséquent, il n'entreprit pas d'études universitaires.

Ses livres préférés sont les atlas, et il en sera ainsi jusqu'à sa vieillesse. La révélation fut pour lui la découverte de Vallès. Il s'est senti très proche de lui, il a adhéré à son amour pour le peuple, les opprimés, et à ses mépris pour les nantis et pour toutes les chapelles.

En octobre 1919, il est nommé instituteur à Cabestany, à quelques kilomètres de Perpignan. En avril 1921, il part pour le service militaire.

Dès sa sortie de l'école normale, il collabore au "Méridional sportif", où il tient les chroniques du cyclisme, de la boxe... souvent signées de pseudonymes ("Ludovic le Petit", "Louis de la Fouilleraque"...).

La mort de son père en 1927 sera à l'origine de ses premiers romans. Mais son ambition est grande : il doit se faire connaître à Paris pour y être publié par un grand éditeur. "Le Livre des Bêtes Familières", inspiré de Jules Renard, eut un succès relatif auprès des éditeurs parisiens.

Ludovic Massé subjuguait ses visiteurs par son esprit, sa verve, l'insolence et la drôlerie de ses jugements. Il décrivait sa terre catalane avec amour et enthousiasme.

En mai 1930, il épouse Louise Bassou, plus jeune que lui de 10 ans, peu instruite. Ainsi, il reproduisit le couple de ses parents. De cette union, naquirent trois enfants : deux filles et un garçon. L'oeuvre de Massé porte l'emprunte profonde de Louise : c'est Marie du "Mas des Oubells" ; c'est Marguerite dans "La Flamme Sauvage" ; c'est Jeanne d'"Ombres sur les champs" ; c'est Madeleine dans "Le Refus". En 1953, il lui dédie "La Terre du Liège", en 1959, "Les Contes en sabots".

En avril 1933, son rêve est réalisé : il entre en "grande littérature" avec son livre "Le Mas des Oubells" édité chez Grasset.

En 1934, il s'engage dans la vie politique locale et nationale, et collabore aux revues de gauche dans l'esprit du Front Populaire. Le 12 février 1934, il s'engage "à chaud" contre le fascisme.

La période 1936-1939 sera l'étape décisive dans la vie et dans le cheminement intellectuel et éthique de Ludovic Massé. Il sera marqué définitivement par la guerre civile espagnole et ce qu'il estime la trahison des démocraties et des partis politiques de gauche qui portaient l'espoir des masses.

Sa rencontre en 1938, puis son amitié avec Roger Martin du Gard, influeront grandement sur sa vie littéraire.

En 1939, Massé et ses amis se dépensent sans compter à Céret pour aider les réfugiés qui affluent en flot continu pendant des semaines, le Perthus étant le principal passage frontalier des Pyrénées-Orientales.

En 1940, l'intérêt de Massé pour la peinture se transforma en véritable passion, grâce à sa rencontre avec Dufy et surtout Dubuffet, avec qui il eut une grande connivence. La même année, Ludovic Massé est nommé à Perpignan, à l'école Paul-Bert : il y est déplacé d'office, car il est jugé néfaste, exerçant une fâcheuse influence sur les populations et particulièrement sur les milieux ouvriers et paysans.

En 1942, il quitte définitivement l'enseignement, pour se consacrer à la littérature. En fait, depuis "Lam, la truite", paru en 1938 chez Larousse, aucun de ses écrits ne fut publié. Mais la période 1943-1946 lui apporte de grandes satisfactions : ses oeuvres seront publiées, parmi lesquelles "Le Livret de famille" et "Le Vin pur".

Sa réputation d'homme de gauche l'obligea à quitter Perpignan pour aller s'exiler en Ariège (de juin à septembre 1944). Mais en octobre 1944, il revint avec plaisir à Perpignan, avec sa famille.

En 1947, commence une période très difficile : la plupart de ses écrits sont refusés. Cela le rend nerveux et aggrave ses problèmes de santé. De plus, en février 1951, il perd sa "chère vieille maman". Mais l'année 1952 s'annonce meilleure : "La Terre du liège" est publié à l'Amitié par le Livre. En 1953, colère, chagrin, déception et révolte se réveillent en lui, face au rejet de son roman "Le Refus" par le jury du prix Romain Rolland.

La période 1954-1958 fut la plus sombre pour Ludovic-Massé. Meurtri à jamais, il décide de n'être qu'un compteur d'histoires. De plus, sa femme Louise est atteinte d'un cancer. Elle décède le 10 juin 1959. Toutefois, un événement positif est la publication des "Trabucayres" le 15 novembre 1955 ; puis en avril 1959, une satisfaction est la publication des "Contes en sabots", dédié à sa femme. Il reprend goût à la vie après la naissance de ses petits-enfants, et surtout après la publication du "Refus" en octobre 1962. Puis, il décida de se remarier avec une Catalane, de quarante ans de moins que lui.

Découragé par les difficultés de l'édition, il s'est éloigné au fil des années de la littérature. Il s'occupa plus de peinture.

Au printemps 1969, son livre "Simon Roquère" avec un dénouement tolstoïen, est publié, dédié à la mémoire de sa mère.

Par la suite, atteint de cataracte, il vivra jusqu'à la fin de sa vie dans une quasi-cécité, malgré une intervention chirurgicale en 1977.

L'année 1973 fut la dernière durant laquelle l'écrivain se livra encore à des activités intellectuelles. Il remit alors ses manuscrits à son fils.

En 1981, "Pip et la Liberté" est publié, en feuilleton, par le Courrier de Céret, mais aussi, le "Mas des Oubells" est réédité chez Grasset, ce qui fit sortir l'écrivain de l'oubli.

Il s'éteignit le 24 août 1982, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, et fut enterré le 26 août, à Céret, auprès des siens, selon son voeu.

Montpellier - Le 24 août 2002


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