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Politique

François Mitterrand
L'acteur des deux septennats


FRANCOIS Mitterrand est né le 26 octobre 1916 à Jarnac (Charente). Son père Joseph était agent de la compagnie des chemins de fer de Paris à Orléans, puis vinaigrier et président de la Fédération des syndicats de fabricants de vinaigre.
En octobre 1925, il est interne au collège religieux Saint-Paul d'Angoulême (jusqu'à son bac).
En octobre 1934, il est envoyé en pension chez les frères maristes, à Paris, pour suivre des études de droit et de Sciences-Po.
En février 1935, il participe aux manifestations de l'Action française ("contre l'invasion métèque" à l'Université). En mars de la même année, il adhère aux Volontaires nationaux (créés par le dirigeant des Croix-de-Feu, le Colonel de La Rocque).
En janvier 1936, il participe aux manifestations des étudiants de droite pour la démission du professeur de droit Gaston Jèze. Le 4 juillet, il publie son premier article dans l'Echo de Paris (quotidien de droite).
En juillet 1937, il est diplômé de Sciences-Po. (section générale). En septembre, il fait son service militaire dans l'infanterie coloniale (2e classe) et refuse d'être élève-officier.
En septembre 1939, c'est la guerre : il est sergent-chef sur la ligne Maginot. Trois fois cité, blessé, fait prisonnier, il parvint à s'évader en décembre 1941 lors de son transfert dans un camp de représailles.
Le 15 janvier 1942, il est à Vichy. A la Légion des combattants, il rédige des fiches sur les "anti-nationaux" gaullistes et communistes. En avril, il démissionne, ayant le sentiment "de ne servir à rien". De retour en France, il ne tarda pas à rejoindre les rangs de la Résistance et passa dans la clandestinité en 1943 : sa carrière politique procède directement de cet engagement.
Dès le début 1943, prévoyant la faillite inéluctable du nazisme après la défaite de Stalingrad, François Mitterrand met un pied dans la Résistance. Il mène diverses opérations clandestines sous le nom de Morvan.
Le 12 mars 1944, les mouvements de prisonniers fusionnent en MNPGD Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés) dont il devient président, malgré l'opposition de Michel Cailliau, neveu du général de Gaulle. Au mois de mai de la même année, il est secrétaire général désigné par le gouvernement provisoire d'Alger pour assurer l'intérim du département ministériel des Prisonniers de guerre.
Le 27 octobre 1944, il épouse Danielle Gouze (née le 28 octobre 1924). Ils auront deux fils : Jean-Christophe et Gilbert. Hors mariage, François Mitterrand a eu une fille, Mazarine Pingeot (née en décembre 1974), reçue à l'agrégation de philosophie le 11 juillet 1997. François Mitterrand avait trois frères : Robert, polytechnicien et ingénieur, Jacques, Général d'aviation, et Philippe, exploitant agricole, maire de Saint-Séverin en Charente ; il avait également quatre soeurs.
Éduqué dans la foi catholique par un précepteur privé puis, le jeune homme affiche sa sympathie pour un mouvement fascisant, la Cagoule, sans toutefois y adhérer.
En janvier 1945, il est rédacteur en chef de Votre Beauté (revue du groupe l'Oréal, dirigé par Eugène Schueller, ancien financier de la Cagoule.
Elu député de la Nièvre en novembre 1946, il assuma des responsabilités ministérielles tout au long des dix premières années de la IVème République. Ministre de la France d'outre-mer et partisan résolu de la décolonisation, il mit fin aux tensions qui menaçaient la cohésion de plusieurs territoires et noua, avec les leaders africains, des relations personnelles et durables.
Démissionnaire en 1953, à la suite de la déposition du sultan du Maroc, il réintégra le gouvernement l'année suivante et fut ministre de l'intérieur dans le cabinet Mendès-France (1954-1955), puis garde des sceaux dans le cabinet Guy Mollet (1956) : ce furent ses dernières fonctions ministérielles ; il refusa celles qu'on lui offrait dans les derniers cabinets de la IVème République, dont il désapprouvait la politique algérienne.
Le 6 janvier 1958, il accuse de Gaulle d'avoir pour "compagnons" non plus "l'honneur et la patrie" mais "le coup de force et la sédition".
Le 26 mars 1959, il est élu maire de Château-Chinon, dans la Nièvre. Il le restera jusqu'en 1981. Le 26 avril de la même année, il est élu sénateur de la Nièvre, il est inscrit au groupe de la gauche démocrate et socialiste. En 1962, il est élu député de la Nièvre.
En 1963, il crée la "Ligue pour le combat républicain" qui, en mai, fusionne avec le Club des Jacobins : le Comité d'action institutionnelle (CAI) est créé.
En juin 1964, il prend la tête de la Convention des institutions républicaines (CIR) qui regroupe plusieurs clubs de gauche.
De 1964 à 1981, il est président du Conseil général de la Nièvre.
Candidat contre le général de Gaulle aux élections présidentielles de 1965, François Mitterrand se présente comme le champion de l'alternance au gaullisme. Il mit le général de Gaulle en ballottage et recueillit près de 45 % des suffrages au second tour. C'est ainsi qu'il réunit les partis de gauche autour de son nom, sous l'étiquette de la FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste), il en est président de 1965 à 1968.
Le 30 mai 1968, le général de Gaulle dissout l'Assemblée nationale. Le 30 juin 1968, François Mitterrand est réélu au second tour des législatives (la FGDS n'a que 57 sièges). Le 7 novembre de la même année, il abandonne la présidence de la Fédération de la gauche.
Le 27 avril 1969, le général de Gaulle démissionne. Du 1er au 15 juin, lors de l'élection présidentielle, François Mitterrand ne se présente pas. Gaston Defferre est candidat SFIO, il obtient 5,01 % des voix au 1er tour.
Après le désastre subi par les formations de gauche lors de l'élection présidentielle de 1969, qu'elles avaient cru pouvoir aborder en ordre dispersé, et la rénovation du parti socialiste au congrès d'Epinay (1971), François Mitterrand s'imposa définitivement comme le candidat de la gauche unie.
De 1971 à 1981, il est premier secrétaire du parti socialiste.
De 1972 à 1981, il est vice-président de l'Internationale socialiste.
Le 26 juin 1972, Parti socialiste et Parti communiste signent le Programme commun de la gauche. Le 28 juin de la même année, au congrès de l'Internationale socialiste à Vienne, François Mitterrand affirme que son objectif est de "refaire un grand parti socialiste sur le terrain occupé par le Parti communiste".
Le 2 avril 1974, le Président Pompidou meurt. Au premier tour de la présidentielle, le 5 mai, François Mitterrand obtient 43,24 % des voix. Au second tour, le 19 mai, il obtient 49,19 % des voix. Valéry Giscard d'Estaing est élu.
Le 19 octobre 1980, Michel Rocard annonce sa candidature à l'élection présidentielle. Le 8 novembre, François Mitterrand annonce la sienne ; Michel Rocard se retire.
Après ce nouvel échec en 1974, François Mitterrand gagne enfin les élections présidentielles en 1981 (au second tour avec 51,75 % des voix), tirant parti de l'impopularité du président en titre, Valéry Giscard d'Estaing, et de son lâchage par Jacques Chirac, le chef du parti néogaulliste.
François Mitterrand entame en mai 1981 un "règne" de 14 ans, comparable par sa durée à celui de Henri IV, de Louis-Philippe ou encore de... Napoléon 1er.
Ses amis lui donnent le surnom de "Florentin" en référence à l'art de l'esquive pratiqué par des gens de la Renaissance comme Laurent le Magnifique ou Machiavel.
A l'étranger, après un discours tiers-mondiste à Cancun, au Mexique, François Mitterrand s'engage résolument aux côtés des Occidentaux contre l'URSS, qui prétend pointer des missiles SS20 vers l'Europe occidentale.


Premiers ministres du premier septennat


  • 1981-1984 : Pierre Mauroy (démissionne le 17 juillet 1984).
  • 1984-1986 : Laurent Fabius, plus jeune Premier ministre (34 ans) depuis Decaze, sous le règne de Louis XVIII.
  • 1986-1988 : Jacques Chirac, chef de l'opposition. C'est la première cohabitation de la Ve République entre un Président et un Premier ministre de bords opposés.


Premiers ministres du second septennat


  • 1988-1991 : Michel Rocard. En trois ans, celui-ci pacifie la Nouvelle-Calédonie. Il instaure la CSG, premier impôt équitable et universel, et le RMI, une allocation aux déshérités victimes de la crise rampante des années 80.
  • 1991-1992 : Edith Cresson (première femme à occuper ce poste en France).
  • 1992-1993 : Pierre Bérégovoy (se suicidera le 1er mai 1993, peu après la nomination d'Edouard Balladur).
  • 1993-1995 : Edouard Balladur. En 1993, première année de récession depuis la fin de la guerre, c'est le retour de la droite au Gouvernement et la deuxième cohabitation.
Ses deux septennats furent marqués par un ensemble de mesures sociales qu'attendait le monde du travail et que François Mitterrand défendit pied à pied lors des périodes de cohabitation (1986-1988 et 1993-1995), par l'extension et le renforcement des libertés locales et de la liberté d'expression, par la modernisation du code pénal, l'abolition de la peine de mort, etc.
Il assura le bon fonctionnement des institutions par un respect scrupuleux de la séparation des pouvoirs et par une pratique exemplaire de l'alternance et de la cohabitation.

François Mitterrand fut aussi l'un des meilleurs écrivains politiques de ce temps :
  • Aux frontières de l'Union française (1953) ;
  • La Chine au défi (1961) ;
  • Le Coup d'Etat permanent (1964) ;
  • Technique économique française (1968) ;
  • Ma part de vérité (1969) ;
  • Un socialisme du possible (1971) ;
  • La Rose au poing (1973) ;
  • La Paille et le Grain (1975) ;
  • Politique I (1977) ;
  • L'Abeille et l'Architecte (1978) ;
  • Ici et maintenant (1980) ;
  • Politique II (1982) ;
  • Mitterrand par lui-même (1992) ;
  • Mon testament (1995) ;
  • L'Allemagne et la France (1996).
François Mitterrand est mort à Paris le 8 janvier 1996. Il fut inhumé à Jarnac.

Montpellier - Le 7 Avril 2004


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