Histoire des collectivités
Naissance de la solidarité
LE MOT solidarité a connu sa première application dans les
communes. Ainsi, en 1870, 13 367 communes ont des bureaux de bienfaisance, administrés
par les bénévoles, qui distribuent à 500 000 indigents une allocation moyenne de
29 francs à Paris et de 15 francs en province. En 1897, il y a 2 700
organisations de bienfaisance à Paris dont les trois quarts sont confessionnelles.
Dans beaucoup de communes se développe également une médecine gratuite pour les
pauvres ; les médecins sont rémunérés par la mairie, éventuellement aidée par des
subventions de l'État ou du département. Le 15 juillet 1893, une loi fait obligation aux
communes de créer des "bureaux d'assistance". Ces bureaux sont administrés sous la présidence
du maire. Ils sont chargés d'instruire les demandes d'assistance médicale gratuite et de
dresser la liste des ayants droit potentiels : 1 900 000 personnes en 1897.
Cette assistance obligatoire est étendue, en 1905, aux vieillards et aux incurables privés de
ressources. L'aide aux familles nombreuses prend également naissance dans les mairies :
ce n'est qu'à partir de 1913 qu'une allocation annuelle est systématiquement versée aux chefs
de famille de plus de trois enfants.
En 1919, un conseiller municipal du Perreux, Armand Lévy, propose d'élargir la compétence
du bureau d'assistance en y regroupant toutes les activités sociales déjà existantes dans la
commune. Parmi les oeuvres existantes, il énumère "le bureau de bienfaisance proprement
dit, la caisse des écoles, les cantines scolaires, l'oeuvre des enfants à la mer et à la
montagne, les oeuvres de colonies scolaires, les oeuvres luttant contre la tuberculose,
l'alcoolisme, l'assistance aux vieillards, aux infirmes, l'assistance médicale gratuite,
l'assistance aux jeunes filles, aux mères, les gouttes de lait, les dispensaires, l'assistance
par le travail, les secours de chômage, les allocations familiales et tout ce qui concerne les
hôpitaux, hospices, asiles, aliénés, transport des malades et blessés".
Après la guerre de 14-18, les chômeurs (l'idée de venir en aide à des chômeurs valides fut
longtemps considérée comme une invitation à la paresse) et les réfugiés sont admis à bénéficier
de ces bureaux.
Plus tard, l'instauration des "assurances sociales" amènera un profond
bouleversement des systèmes de prévoyance et de solidarité sans que, pour autant, les bureaux
d'assistance disparaissent : fusionnés, en 1953, avec les anciens bureaux de bienfaisance
et devenus bureaux d'action sociale, ils corrigent, par leurs interventions, les rigidités des
systèmes nationaux de solidarité.
Montpellier - Le 16 Avril 2003
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