Politique
Paul Doumer : le plus tragique des Présidents
JOSEPH Athanase Paul Doumer est né à Aurillac (Cantal) le 22 mars 1857, dans une famille particulièrement modeste. Il fut orphelin très jeune,
Ce fils de cheminot fut coursier à 12 ans puis ouvrier graveur. Il devient bachelier grâce aux cours du soir du Conservatoire des Arts et métiers.
Il obtient une licence de mathématiques (1877) et une licence en droit (1878).
Entre 1878 et 1879, Paul Doumer est professeur de collège. C’est alors qu’il se rapproche des milieux du journalisme et obtient en 1879 le poste de rédacteur en chef du Courrier de l’Aisne, puis fonde la tribune de l’Aisne, journal nettement plus orienté à gauche.
En 1878, il épouse Blanche Richel dont il aura huit enfants (5 fils, 3 filles) dont quatre morts durant ou des suites de la Première Guerre mondiale. Le prestige retiré du sacrifice patriotique de ses quatre fils morts pour la France du fait de la Grande Guerre fut un atout essentiel dans l'élévation de Paul Doumer à la présidence de la République. Ils lui avaient inspiré auparavant un ouvrage de morale pour les enfants intitulé Le Livre de mes fils, édité pour la première fois en 1906. Il s'agissait de :
- Marcel Victor Doumer (Laon 1886-au Front 1918) : ingénieur, capitaine de cavalerie devenu pilote, mort de ses blessures dans une ambulance après avoir été abattu alors qu'il commandait l'escadrille SPA 88.
- René Léon Doumer (Laon 1887-Bourgogne (Marne) 1917) : officier d'active, capitaine de cavalerie passé pilote, as de l'aviation (7 victoires) tué en combat aérien alors qu'il commandait l'escadrille SPA 76.
- André Karl Doumer (Paris 1889-Nancy 1914) : lieutenant d'artillerie mort de ses blessures dans un hôpital militaire.
- Armand Doumer (Auxerre-1889-Paris 1922) : médecin aide major mort des suites de son intoxication par les gaz de combat.
Elu député de l’Aisne en 1885, puis de l’Yonne en 1890, il siège dans les rangs de la gauche radicale.
En 1888, il devient député radical de Laon, puis d'Auxerre en 1891. Du 1er novembre 1895 au 23 avril 1896, il est ministre des finances dans le gouvernement de Léon Bourgeois, sous la présidence de Félix Faure.
Réélu député de l’Yonne en 1902, il est placé à la tête de la commission des finances. Ayant évolué avec son retour en politique, il fait dès lors figure de modéré et ses anciens compagnons de la gauche radicale le considèrent comme un renégat. Il remporte le 10 janvier 1905 la présidence de la chambre contre Henri Brisson, une partie de la droite modérée ayant voté pour lui. Lors de son élection, il promet de "rendre plus fécond le travail législatif". Particulièrement apprécié grâce à son ardeur au travail et malgré une austérité quelque peu ostentatoire, sa courte présidence ne lui laisse pas le temps de mettre en oeuvre ses projets, puisqu’à la fin de la législature, le 31 mai 1906, il cède sa place au "perchoir" à Henri Brisson.
Il perd son siège de député en 1910 et revient au Parlement en 1912 comme sénateur de Corse. Il est réélu en 1921 et en 1930. Il est inscrit au groupe de la Gauche Démocratique, Radicale et Radicale-Socialiste.
En août 1914, il se met à la disposition du général Gallieni en ces termes : "Je sais commander ; je saurai donc obéir", et ce dernier le charge d’assurer la liaison avec le Gouvernement replié à Bordeaux. Il est nommé ministre d’Etat du premier cabinet Painlevé de septembre à novembre 1917, devient rapporteur général du budget à la fin de la guerre, puis par deux fois ministre des finances dans les septième et huitième cabinets Briand.
Il préside le Sénat de janvier 1927 jusqu’en juin 1931, puis présenté par la droite contre Aristide Briand, il est élu par l’Assemblée nationale Président de la République, le 13 mai 1931 (après sa candidature infructueuse de 1906), à soixante quinze ans, au second tour par 504 voix contre 334 à Pierre Maraud, il succède le 13 juin 1931 à Gaston Doumergue. Il est alors élu 13e Président de la IIIe République et 14e Président de la République Française. Il occupa cette fonction jusqu’au 6 mai 1932, date à laquelle il est assassiné par un émigré russe déséquilibré : Paul Gorgulov . Il mourut des suites de ses blessures le 7 mai 1932 à 4 heures 37 du matin. Après des funérailles à Notre-Dame et au Panthéon, il fut inhumé dans le caveau familial du cimetière Vaugirard. Il eut pour successeur Albert Lebrun.
Depuis le 22 juillet 1934, à Aurillac, tout en haut de l'avenue de la République, proche d'un groupe scolaire inauguré le même jour et qui porte son nom, a été érigé par souscription nationale un monument à la mémoire du Président Paul Doumer.
Rarement une famille fut autant frappée par le sort. En effet, Paul Doumer perd ses quatre fils pendant la guerre de 1914-1918, tous tués par l'ennemi - et le titre de "morts pour la France" n'est sans doute pour les parents qu'une piètre consolation. A son tour, Paul Doumer laisse sa vie pour la France, mais d'une façon bien différente.
Dans un hommage rendu au Sénat, Fernand Rabier déclare : "Nous avons pu mesurer sa passion pour le bien public, la qualité et l’intensité de son labeur, la générosité de son esprit et de son coeur. Il fut essentiellement l’homme du devoir, de tous les devoirs. Il avait le culte de la patrie, qu’il aimait d’un amour ardent et passionné…".
Son oeuvre en Indochine :
Il se fait remarquer comme rapporteur d’un projet de loi sur l’Annam et le Tonkin et est nommé en 1896 gouverneur général de l’Indochine, poste qu’il occupe jusqu’en 1902. Il conçoit la structure coloniale de l’Indochine, base le gouvernement à Hanoi, est l’un des défenseurs de la construction du chemin de fer trans-indochinois et initie la création du port de Haiphong. Il reste, à Hanoi, un pont métallique qui porte son nom : le pont Doumer.
Il participa avec le docteur Yersin à la création d'un premier sanatorium à Dalat, et à l'acclimatation de l'hévéa (arbre à caoutchouc). Enfin, il initia la création du port de Haiphong. Hanoi fut la première ville d'Asie à avoir l'électricité, Paul Doumer étant un des premiers administrateurs de la Compagnie Générale d'Electricité (créée par Pierre Azaria).
Mandats électifs :
- 1888-1891 : député de l'Aisne (circonscription de Laon, parti radical)
- 1891-1895 : député de l'Yonne (circonscription d'Auxerre)
- 1902-1910 : député de l'Aisne (circonscription de Laon)
- 1912-1931 : sénateur de la Corse
Fonctions ministérielles et exécutives :
- 1895-1896 : ministre des Finances
- 1921-1922 : ministre des Finances du gouvernement Aristide Briand
- 1925-1926 : ministre des Finances
- 1927-1931 : président du Sénat
- 1931-1932 : président de la République
Oeuvres :
- L'Indochine française (1903)
- Le Livre de mes fils (1906)
Citations :
- "La femme est une page blanche sur laquelle l’époux écrit à son gré."
- "Un homme n’est grand que s’il a vu la mort de près et l’a regardé en face, froide et impassible."
- "Lorsque nous aurons à faire la part de l'Arménie et des autres pays courbés comme elle sous le joug, nous ne compterons pas seulement ce qui restera des vivants, nous compterons aussi les morts."
19-04-2008
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