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Paul Valéry
Le méditerranéen de Sète
DANS l'immeuble qui s'ouvrait sur la Grand Rue, au numéro 65, à Sète, est né Paul Valéry le 30 octobre 1871. Son père, Barthélémy Valéry, a fait toute sa carrière dans l'administration des douanes. Il était issu d'un milieu de marins-pêcheurs originaires de Bastia en Corse. De nature consciencieuse, il s'intéressait à la culture et avait des goûts conservateurs. Il entretint des rapports distants avec son fils Paul, dont il influença très peu le caractère. Sa mère, Fanny Grassi, fille de Giulio Grassi, consul d'Italie, reçut une très bonne éducation. Tout en étant très anxieuse, elle était débordante d'énergie et d'imagination. Paul ressembla bien plus à sa mère qu'à son père. Le petit Paul apprit surtout l'italien et le corse, et très peu le français.
Le petit Paolo, déjà plein de tempérament et de vivacité, est inscrit à l'école chez les dominicains. En octobre 1878, il entra au collège de Sète, en classe de neuvième qui ne comptait que quatre élèves. Valéry garda un bon souvenir de cette période. Il resta au collège "aux charmes sans pareil" jusqu'à l'âge de 13 ans, avant de déménager avec ses parents à Montpellier. Vers l'âge de dix ans, Paul avait les traits fins, était physiquement peu résistant, et était très sensible et impressionnable. Ainsi, il évita toute compétition, tout en n'étant jamais solitaire. C'est à ce moment qu'il commença à lire et à développer son imagination. Il s'intéressa très tôt aux mathématiques, mais aussi à la poésie. A Montpellier, où il passa l'examen d'entrée en 3e, il s'ennuya beaucoup au cours des années de lycée. L'année de son baccalauréat, il écrivit deux pièces de théâtre : "Le Rêve de Morgan" et les "Esclaves". Un de ses loisirs à Montpellier était de flâner dans les ruelles. A Montpellier, il logea successivement rue de l'Ecole de droit, 3 rue Urbain V, et 9 rue de la Vieille Intendance, dans la maison des intendants du Languedoc.
En novembre 1888, il débuta des études de droit à la faculté de Montpellier, dont son
frère, Jules Valéry, était professeur et doyen. Durant cette période, il fit partie de
l'Association Languedocienne, ainsi que de l'AGEM (Association générale des étudiants de
Montpellier). C'est d'ailleurs dans le bulletin de l'AGEM que furent édités ses poèmes :
"Celle qui sort de l'onde" (1890), "Fleur mystique" (1891) et
"Pour la nuit" (1892). Puis il interrompit sa seconde année de droit pour faire
son volontariat au 122e régiment de la caserne des Minimes à Montpellier. C'est aussi à
Montpellier, au Jardin des Plantes, qu'est née l'amitié entre Paul Valéry et André Gide,
inspirés par le tombeau de Narcissa. Son départ de Montpellier pour Paris date du 3 mars 1894.
Suite à sa rencontre avec Mallarmé, Gide, Hérédia et Claude Debussy, il voulut s'orienter vers une carrière littéraire. Mais au cours d'un séjour à Gênes, en 1892, il décida de se consacrer à la connaissance de soi et à la maîtrise rigoureuse de la pensée. Alors que
dans les Cahiers, il note ses observations sur les phénomènes mentaux, son
"Introduction à la méthode de Léonard de Vinci" est publiée en 1895, et
"La Soirée avec M. Teste" en 1896.
La nature scientifique de l'esprit de Paul Valéry se révèle d'une manière intime dans la forme de tous ses ouvrages, dans ses procédés de travail et de composition. Il pouvait résumer en quelques lignes l'essentiel d'une théorie scientifique, ou critiquer d'un mot les tendances de toute une école, ou même de toute une époque. Sa méthode était celle d'un ingénieur, d'un algébriste. Il était aussi un sensuel, un érotique de l'esprit : il traitait l'abstrait comme du concret, en lui attribuant un aspect, un goût, une odeur, une forme, une couleur.
Après son mariage avec Jeannie Gobillard, nièce de Berthe Morisot (Madame Manet), le 31 mai 1900, il fréquenta beaucoup plus les milieux artistiques et littéraires.
De 1900 à 1922, il devient secrétaire particulier d'Edouard Lebey, directeur de l'agence Havas, ce qui enrichit sa personnallité.
La publication de "La Jeune Parque" en 1917 fut un succès immédiat. En 1922, il publia de nouveaux poèmes réunis sous le titre de "Charmes".
Paul Valéry a dit à propos de la poésie française : "Notre poésie ignore, ou même redoute, tout l'épique et le pathétique de l'intellect. Que si quelquefois elle s'y est risquée, elle s'est faite morne et assommante. Lucrèce ni Dante ne sont Français. Nous n'avons point chez nous de poètes de la connaissance."
Valéry était le Poète de la vie et de la passion intellectuelles. Mais il était aussi un Poète de la nature, de la femme, du paysage et de la mer. Même sans savoir qu'il est né à Sète et qu'il a passé des années de son adolescence à Gênes et à Montpellier, on reconnaît, à travers ses images et ses descriptions, la zone méditerranéenne avec son ciel, sa lumière, son climat, ses horizons :"Le Cimetière marin", "La Jeune Parque" ou encore "L'Album de vers anciens". Du Cimetière
marin, Valéry dira : "Il est ma pièce personnelle. Je n'y ai mis que ce que je
suis. Ses obscurités sont les miennes. La lumière qu'il peut contenir est celle même que j'ai vue en naissant."
Paul Valéry était avant tout un poète, un grand poète ("L'Album de vers
anciens", "La Jeune Parque", "Charmes"). Il fut aussi un essayiste ("Variété", "Eupalinos"...). Mais dans sa prose, on retrouve les traces de son don poétique. En fait, les poèmes de Paul Valéry dénotent le grand intellectuel et ses plus rigoureux essais révèlent le poète.
D'après Paul Valéry, "Ce qu'on appelle réalisation, est un véritable problème de rendement dans lequel n'entre à aucun degré le sens particulier, la clef que chaque auteur
attribue à ces matériaux, mais seulement la nature de ces matériaux et l'esprit du
lecteur." Pour Valéry, l'élan et le travail d'élaboration comptent plus que le résultat
achevé. Sa philosophie porte sur toutes choses un regard constructeur ; elle énonce,
au-delà des mots, la loi de l'instabilité permanente des choses.
En 1925, Paul Valéry entra à l'Académie Française.
En 1936, il fut nommé président de la Coopération intellectuelle de la S.D.N. L'année suivante, il fut nommé professeur de poétique au Collège de France. La même année, il publia "Degas, danse, dessin". L'année 1941 verra la publication de plusieurs oeuvres du poète : "Mélange", "Tel quel" et "Mon Faust".
Malade et affaibli, il s'éteind le 20 juillet 1945, à Paris "libéré" qui lui réserve de grandioses funérailles nationales. Le 27 juillet, son cercueil quitte Paris et prend la direction de Sète pour être inhumé, selon ses voeux, dans le cimètière marin du mont
Saint-Clair, face à une méditerranée, maternelle et fondatrice, dont les flots, la lumière et
la culture ont durablement marqué sa vie et imprégné l'ensemble de son oeuvre. Le cimetière
marin immortalisé par son génie poétique... "Ce toit tranquille, où marchent des colombes, / Entre les pins palpite, entre les tombes ; / Midi le juste y compose de feux / La mer, la mer, toujours recommencée !
Après sa mort, furent publiés les recueils : "Vues" (1948),
"Histoires brisées" (1950), "Lettres à quelques-uns" (1952), ainsi que la correspondance qu'il échangea avec Gide (1955) et Gustave Fourment (1957).
Montpellier - Le 4 Septembre 2002
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