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Questions à...
Eliane Bauduin
Vice-présidente du Conseil général de l'Hérault



Eliane Bauduin est vice-présidente du Conseil général de l'Hérault, déléguée à la solidarité départementale : "Je suis désespérée de cette actualité. Elle vient de l'indifférence des gens. L'indifférence, c'est la pire des choses."


Entretien


La Citoyenneté :
Ce matin, au cours de la session du Conseil général, vous avez parlé des difficultés de l'association de Saint-Geniès, qui a été largement relatée par la presse. Quelle est votre opinion sur les attributions des aides aux associations ?
Eliane Bauduin : On n'aide pas comme ça. L'association de Saint-Geniès fait un gros travail de fond sur les populations défavorisées dans le Biterrois. Mais quand on sollicite une subvention du Conseil général, la règle c'est de présenter un projet, mais pas seulement des objectifs. Jusqu'à présent, j'ai lu pour beaucoup d'associations : "L'objectif, c'est de recréer du lien social". Mais cela est insuffisant, il faut préciser comment on veut faire les choses concrètement. Bien souvent, les associations n'ont pas un langage suffisamment concret. Ce qui a manqué à l'association de Saint-Geniès, c'est cette capacité d'écrire des choses concrètement.

La Citoyenneté : Aujourd'hui, on fait plus ou moins le bilan de la parité. Quel regard portez-vous sur la parité ? Faut-il obliger les femmes à faire de la politique ?
Eliane Bauduin : Non, les obliger, ça ne rime à rien. Il faut que les gens soient militants. J'ai des expériences de personnes qui ont été élues présidentes d'une structure, qui n'ont jamais fait du syndicalisme, ni de l'associatif, et qui n'ont pas pu assurer leur travail. Il faut un minimum d'expérience, une formation citoyenne qui vise à s'intéresser à la politique qui est la gestion de la ville.
Moi, je ne demande pas que les gens soient encartés. Je préfère bien sûr qu'ils le soient, et qu'ils le soient à gauche.
Actuellement, il y a une telle indifférence des hommes et des femmes qu'on ne peut pas mettre en avant des femmes comme ça.

La Citoyenneté : Vous êtes deux femmes élues au Conseil général. Qu'en pensez-vous ?
Eliane Bauduin : Je trouve que ce n'est vraiment pas assez. Étant donné que c'est un scrutin uninominal, les hommes s'accrochent et personne ne laisse sa place. Par ailleurs, il y a peut-être des femmes qui veulent être conseillères générales, mais à qui on ne cède pas la place.

La Citoyenneté : La loi de la parité ne s'applique pas aux élections cantonales. Faut-il aller plus loin dans cette réforme de la parité ?
Eliane Bauduin : Je préférerais qu'il y ait plus de femmes. Ce que je crains, c'est qu'à l'heure actuelle, de nombreuses femmes ont envie de faire des choses, mais parfois, pour des raisons simplement matérielles, elles n'osent pas s'aventurer.
Par contre, il y a une chose que je n'admets pas, c'est que lorsqu'une femme est candidate, il aut qu'elle soit belle, mince, jeune et intelligente. Mais on ne pose jamais ces impératifs pour les hommes.

La Citoyenneté : Que faut-il alors faire pour y remédier ?
Eliane Bauduin : Je crois que ça ne viendra pas des hommes. Les hommes sont ce qu'ils sont. Ils ont été habitués à ce que la femme leur prépare à manger, lave et repasse leur linge, s'occupe des enfants... On a l'impression que tout cela fait partie du domaine des femmes. En effet, si on demande aux hommes de faire le ménage, ça ne marchera pas.
Ce qu'il faut, c'est que la femme se prenne sa liberté, son oxygène. Mais il ne faut pas le faire avec des heurts, car ça risque d'être une catastrophe.
Nous avons reçu une éducation qui fait qu'il y a vingt ans, une femme qui sortait seule, qui allait boire un café dans un bistrot, seule ou avec une copine, on la regardait, surtout dans le Sud ; elle était considérée comme une moins que rien. Mais un homme qui ferait la même chose, on va dire que c'est un bon vivant.
La première fois que j'ai fait de la politique sur Béziers, je distribuais des tracts, et il y avait un monsieur derrière son étal qui m'a dit : "eh ! Tu serais mieux derrière tes casseroles". Les princesses, ce sont les femmes qu'on regarde, à la limite plutôt les maîtresses. Ce n'est pas une question de religion. Et c'est là où je suis féministe.

La Citoyenneté : Ne croyez-vous pas que les hommes se comportent ainsi parce qu'ils ont peur des femmes ?
Eliane Bauduin : Je pense que oui.

La Citoyenneté : Voulez-vous commenter l'actualité ?
Eliane Bauduin : Je suis désespérée de cette actualité. Elle vient de l'indifférence des gens. L'indifférence, c'est la pire des choses. Quand je décide d'être indifférente vis-à-vis de quelqu'un qui m'a fait du mal, qui m'a blessée, c'est le pire des mépris que je peux avoir. J'essaie de ne pas avoir trop d'indifférence. La société actuelle est tellement indifférente que les médias présentent plus de chiens écrasés que de choses belles dans la vie. On vend plus de papier lorsqu'on présente des chiens écrasés, des accidents, des meurtres.
Il y a deux choses qui m'ont beaucoup marquée. Je ne parle plus du 11 septembre, qui était censé bouleverser beaucoup de choses, mais il n'en est rien. Je suis bouleversée par ce qui se passe en Palestine et en Israël. Je trouve anormal que pour des raisons économico-politiques, on ne puisse pas donner de terre à des gens, qu'ils soient musulmans ou juifs, ça je m'en fous. J'ai autant d'amis d'un côté comme de l'autre. Il y a des gens bien partout, comme il y a des gens mauvais partout.
La deuxième chose qui m'a marquée, c'est le meurtre de Nanterre, parce que pendant 18 ans, j'ai fait partie d'un conseil municipal, et j'ai imaginé la scène. Cela doit être atroce. Tuer des gens qui se dévouent pour le service public, c'est inadmissible.

La Citoyenneté : Que vous inspirent les élections présidentielles ?
Eliane Bauduin : On ne sait plus. Ca perd, ça gagne. Je ne crois plus du tout aux sondages. Les sondés disent tout et n'importe quoi. Certains jours, je me dis que Lionel Jospin va gagner. D'autres jours, je pense que les Français sont tellement conservateurs qu'ils sont capables de garder Jacques Chirac. En fait, j'ai bon espoir pour que la gauche gagne.

Montpellier, le 08-04-2002

Lire aussi :
Portrait d'Eliane Bauduin

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