Il commente l'actualité
Gérard Bouisson
Maire de Villeneuve-les-Maguelone et conseiller général de l'Hérault
"De toutes façons, quand quelque chose de bien se fera, je voterai pour. Je sais apprécier ce qui est bien et ce qui ne l'est pas. Mais il est bien évident que le jour où Georges Frêche proposera quelque chose qui ne correspondra pas aux besoins des gens, là je voterai contre ou je m'abstiendrai."
Gérard Bouisson est le maire PC de la commune de Villeneuve-les-Maguelone (Hérault) depuis 1979. Il est également conseiller général du canton de Frontignan.
Entretien
La Citoyenneté : Vous avez dit que l'intégration de Villeneuve-les-Maguelone dans la Communauté d'agglomération de Montpellier est pour vous une déception et restera un mauvais souvenir de votre parcours politique, pouquoi ?
Gérard Bouisson : La Communauté d'agglomération de Montpellier est effectivement une grosse déception pour moi, parce qu'en 25 ans de mandat de maire, on a mis Villeneuve-les-Maguelone au niveau d'une ville. A Villeneuve, il y a tout.
Georges Frêche a eu autant de temps que moi pour réaliser les mêmes choses que moi, mais il a préféré faire le Corum ou le Tramway, plutôt que s'occuper des problèmes du Thôt qui sont quand même des problèmes de société importants. Les ordures ménagères, il faut les traiter. En vingt ans, il n'a pas été capable de les traiter. De même, pour l'assainissement, il y a 20 ans qu'il est sur la Céreirède, il n'a pas encore traité ce problème. Nous avons fait une station d'épuration qui épure à 96%.
La Citoyenneté : Les pro-agglo font valoir l'aspect de la solidarité intercommunale de la loi Chevènement. Qu'en pensez-vous ?
Gérard Bouisson : Je suis pour la solidarité, mais qui soit librement consentie. Pendant tous mes mandats d'élu, j'ai fait de la solidarité. J'étais au Sivom intercommunal de la Gardiole. Dans la Gardiole, j'ai 50 hectares, c'est-à-dire que je payais pour les villes qui avaient du terrain sur la Gardiole. Mais on le faisait, parce qu'on avait envie de le faire.
La Citoyenneté : Suite aux conclusions de la Commissaire du gouvernement, qui vous sont défavorables, le Tribunal Administratif doit se prononcer aujourd'hui. Les juges suivront sans doute ces conclusions. Votre commentaire ?
Gérard Bouisson : De toutes façons, quand quelque chose de bien se fera, je voterai pour. Je sais apprécier ce qui est bien et ce qui ne l'est pas. Mais il est bien évident que le jour où Georges Frêche proposera quelque chose qui ne correspondra pas aux besoins des gens, là je voterai contre ou je m'abstiendrai. Mais je n'irai pas là-bas comme je vais au Conseil général. En effet, au Conseil général, je suis dans une équipe, on travaille au sein d'un groupe majoritaire, on prend les décisions ensemble en commission, on avance dans le bon sens.
La Citoyenneté : Lorsqu'on analyse les relations entre Georges Frêche et les opposants à l'Agglomération, on se demande s'il s'agit d'un "problème d'hommes". Pour vous, est-ce véritablement un problème d'hommes ou un problème de loi, à savoir que le groupe communiste a voté contre la loi Chevènement à l'Assemblée nationale ?
Gérard Bouisson : Moi, je considère que la loi a été mal faite, et que nos collègues députés ont bien fait de ne pas la voter. Mais, malheureusement, aujourd'hui elle est appliquée. Pourquoi Montpellier aura-t-elle droit à 50% des sièges au sein du Conseil de l'Agglomération, alors que partout où il y a des communautés d'agglomération, la représentativité de la commune-centre est comprise entre 30 et 45% ? Pourquoi Villeneuve-les-Maguelone et Montaud auront-elles chacune un représentant, alors que la première compte dix fois plus d'habitants que la seconde ? Il y a quelque chose qui ne va pas.
La Citoyenneté : Aujourd'hui, les sondages placent Arlette Laguiller devant Robert Hue pour l'élection présidentielle. Qu'en pensez-vous ?
Gérard Bouisson : Pour une fois, je suis d'accord avec elle. Je crois que c'est elle qui a raison. Notre participation au gouvernement a semé de la confusion dans l'esprit de nos électeurs. Si nous n'étions pas dans ce gouvernement, nous aurions les mains beaucoup plus libres pour dire les choses. Aujourd'hui, nous votons les lois avec les socialistes et ce n'est pas toujours une bonne chose.
La Citoyenneté : Cela n'est-il pas dû aussi au fait d'avoir réformé le Parti communiste ?
Gérard Bouisson : Non, parce qu'il était temps pour les communistes de sortir de leur coquille. A une époque, on allait à une réunion, le rapport était fait par le secrétaire de section, quelques critiques lui étaient adressées, mais à la fin on acceptait toujours le rapport sans le modifier. Cela s'appelait le centralisme démocratique. Il fallait bien qu'on évolue, d'autant plus que la société a évolué.
La force du Parti communiste, c'était le prolétariat. Aux deux ou trois derniers congrès du Parti, on a laissé tomber le mot prolétariat. Il n'y a plus de prolétaire, les gens qui produisent vraiment ont pratiquement disparu, ce sont les machines qui produisent. Il faudrait faire adhérer au PC les machines.
La Citoyenneté : Est-ce que l'arrivée de Jean-Pierre Chevènement avec ses propositions souverainistes et sa position de l'Europe n'a pas fait de la concurrence au Parti communiste ?
Gérard Bouisson : Je pense que Chevènement a pris un créneau qui le mène de la Droite à la Gauche, et dans ce créneau, il y a toute une série de personnes qui se sont mis à voter pour Chevènement. De toutes les façons, cette campagne pour l'élection présidentielle est bipolarisée, on n'en voit que deux, Chirac et Jospin. Au départ, Chevènement était l'homme providentiel, mais plus on arrivera à échéance, plus il baissera dans les sondages.
La Citoyenneté : Et cette question des 500 signatures, vous pensez que c'est la démocratie ?
Gérard Bouisson : Moi, je considère que ce n'est pas la démocratie, parce que normalement, tout le monde devrait pouvoir être candidat. Mais ça ne me gêne pas que Le Pen ne puisse pas être candidat. Mon candidat, c'est Robert Hue, et je voterai pour lui au premier tour, mais j'ai donné ma signature au Parti des travailleurs, parce que ce jeune a des choses à dire.
Villeneuve-les-Maguelone, le 20-03-2002
Lire aussi : Portrait de Gérard Bouisson
|