Médecine
L'obésité
L'OBESITE est définie par une augmentation du poids
corporel et, plus exactement, de la masse grasse (ou tissu adipeux) de l'organisme.
La proportion de graisses dans le corps est comprise entre 15 et 25 %. Ces graisses
sont contenues dans les cellules adipeuses ou adipocytes. Ce sont ces cellules qui fournissent
l'énergie nécessaire aux réactions cellulaires, tout en libérant des lipides en fonction des
besoins de l'organisme.
L'obésité est consécutive à une suralimentation ou à des troubles hormonaux.
Un sujet est qualifié d'obèse lorsque son poids dépasse de 20 % le poids idéal
(c'est-à-dire celui qui, en fonction de la taille et du sexe, correspond à la plus grande
longévité).
Alors que le nombre d'obèses dans le monde est aujourd'hui de 10 à 25 % de la
population totale, la France compte plus de 4 millions d'adultes obèses et 16 millions de
personnes adultes en surpoids (soit 37 %).
Un grand nombre de personnes obèses est rencontré en Normandie et en Lorraine, ainsi que
dans les familles à faibles moyens financiers.
Le record du monde d'obésité est observé chez les Mélanésiens, les Polynésiens et les
Micronésiens.
Ces chiffres sont bien sûr alarmants, d'autant plus que l'OMS (Organisation mondiale de la
santé) prévoit un doublement du nombre d'obèses en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis d'ici
2025.
La population infantile est, quant à elle, touchée à 10 % par l'obésité, en France.
Alors qu'aux Etats-Unis, 30 % des jeunes (surtout les Noirs) sont en surpoids, dont
17 % d'obèses, la proportion est de 21 % en Allemagne, 16 % en Italie,
11 % en Belgique et 6 % en Espagne.
Une hormone est souvent déficiante chez les obèses : il s'agit de la leptine qui agit
directement sur l'hypothalamus, réduisant ainsi la sensation de faim. Une autre hormone joue
un rôle dans la sensation d'appétit : la mélanocortine.
Par ailleurs, de nombreuses études ont démontré l'existence de gènes de l'obésité. Parmi
ces travaux, ceux de l'équipe du docteur Philippe Froguel de l'Institut Pasteur, ont tout
d'abord prouvé une anomalie génétique portant sur le récepteur de la leptine, chez quelques
rares familles. La leptine induit une baisse de la sécrétion du neuropeptide Y, puissant
stimulateur de la prise alimentaire. La même équipe a montré par la suite le rôle du gène ob1,
localisé sur le chromosome 10, et intervenant dans un tiers des obésités familiales.
En France, l'obésité est responsable de la mort de 100 000 personnes chaque année. On
considère que cette maladie est due à l'environnement dans 70 % des cas, et aux gènes
dans 30 % des cas.
L'obésité doit être combattue dès le plus jeune âge. En effet, l'alimentation du bébé aura
des conséquences sur sa silhouette ultérieure. Les bébés nourris au biberon ont plus de risque
de grossir que ceux allaités : alors que le lait maternel est plus riche en lipides qu'en
protéines, c'est l'inverse qui est observé dans les laits maternisés industriels (les
protéines étant considérées comme le nutriment "bâtisseur"). Or l'une des causes
d'obésité infantile est liée à un excès en protéines, ces dernières induisant une augmentation
des cellules graisseuses.
Les parents qui obligent leur enfant à finir son assiette, en lui imposant une ration
d'adulte, doivent savoir qu'une nourriture moins abondante chez le jeune enfant, lui évitera
certainement une obésité future.
Par ailleurs, la sédentarité est l'une des causes de l'obésité chez l'enfant : manque
d'activité physique, immobilité pendant des heures devant un écran de télé ou d'ordinateur.
Ainsi, les spécialistes conseillent de pratiquer trois heures de sport par semaine, en dehors
de celles effectuées à l'école.
Parallèlement à la sédentarité, le grignotage est lui aussi mis en cause dans la survenue
de l'obésité chez l'enfant. Les enfants aiment spontanément les aliments riches en sucres et
en graisses : biscuits, frites, boissons gazeuses... Donc, il faut obliger l'enfant à
respecter les repas équilibrés, pris à heures régulières en famille autour d'une table.
Enfin, 20 % des enfants exposés à certains problèmes (conflits parentaux, deuil...)
prennent du poids.
Ces causes sont aussi valables en cas d'obésité chez l'adulte.
Le surpoids et l'obésité ont souvent des conséquences graves. Ainsi, en France, l'obésité
tue plus de personnes que les accidents de voiture et le sida réunis. En effet, une personne
obèse est plus exposée au diabète, à l'hypertension artérielle, ainsi qu'à des maladies
respiratoires, cardio-vasculaires, rhumatologiques et cancéreuses. Parallèlement, l'obésité a
aussi des conséquences psychologiques, économiques (dépenses de santé), professionnelles.
Actuellement, deux traitements anti-obésité sont sur le marché : le Xenical du groupe
phamaceutique suisse Roche, et le Meridia du laboratoire allemand BASF. Ces deux produits
agissent directement sur le tube digestif, en bloquant les enzymes appelées lipases qui
découpent les lipides des aliments en molécules plus petites (ou monoglycérides). Les cellules
graisseuses captent et stockent ces monoglycérides.
Le traitement au Xenical ou au Meridia coûte 1000 dollars par an, soit environ
6000 FF. Mais il n'est pas remboursé par la Sécurité sociale.
Bientôt, un nouveau médicament, la Sibutramine, sera commercialisé. Ses effets seront ceux
des médicaments de la génération précédente qui agissaient sur le cerveau pour diminuer
l'appétit.
Deux molécules sont actuellement testées chez l'homme : d'une part, la leptine, et
d'autre part, l'UCP (Uncoupling protein) grâce à laquelle les cellules perdent leur énergie
sous forme de chaleur, au lieu de l'utiliser pour accumuler des réserves graisseuses.
La lipoaspiration (succion des graisses surabondantes), quant à elle, donne des résultats
médiocres.
L'affaire du "gène de l'obésité" ou "affaire Bihain" a secoué la biologie
française en 1998. Daniel Bihain, alors directeur de l'unité 391 de l'INSERM, aurait découvert
un gène de l'obésité. L'INSERM signa alors un partenariat avec la société privée Genset. Des
membres de l'équipe de Bihain ont dénoncé leur directeur qui aurait manipulé les résultats.
Aujourd'hui, cette affaire n'est toujours pas élucidée.
Montpellier - Janvier 2000
Diana BOUAYAD-AMINE
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