Comment faire l'amour ?

L'art des pratiques du sexe


Le Kama-sutra et ses textes associés, l'Anangaranga, Le Jardin parfumé et le Tao, ne sont pas aussi abruptement sexuels que l'on pourrait le supposer. Il existe un lien entre ces textes anciens et la vie au XXe siècle : la prépondérance accordée dans les deux cas aux sentiments.
Il nous est possible d'avoir des relations sexuelles avec de nombreux partenaires, mais si celles-ci ne s'accompagnent pas d'un peu d'amour et de chaleur, alors nous ne pouvons atteindre le kama. Le concept de kama se définit comme "la jouissance de sujets appropriés l'un à l'autre, au moyen des cinq sens, ouïe, toucher, vue, goût, odorat, assistés de l'esprit uni à l'âme". En tant que tel, le kama est aussi pertinent aujourd'hui qu'il pouvait l'être en Inde autour de l'an 400.
Le Kama-sutra fut écrit entre le IVe et le VIIe siècle (sans que l'on puisse le dater plus précisément) dans une Inde qui n'existe plus. A cette époque, le citoyen idéal était en quête d'une vie idéale et de satisfaire son plaisir du sexe. Il s'entourait d'amis, faisait l'amour comme s'il s'agissait d'une forme d'art, mangeait et buvait bien, se passionnait pour la peinture et la musique, et se voulait juste et bon dans son rôle de seigneur et maître et sa pratique du sexe.
Le Kama-sutra fut écrit pour la noblesse de l'Inde ancienne par un noble. Vatsyayana pensait que la vie se décomposait en dharma, artha et kama. Le dharma était l'acquisition de la vertu et du mérite religieux, l'artha celle de la richesse, et le kama celle de l'amour et du plaisir. Ces idéaux ne sont pas très éloignés des principes qui régissent nos vies. Si le mérite religieux n'a plus aujourd'hui la même importance, nous recherchons toujours la connaissance de soi et l'élévation intellectuelle ; la plupart d'entre nous aimeraient avoir assez d'argent pour s'assurer d'un train de vie confortable ; et la plupart d'entre nous seraient heureux de vivre une relation amoureuse sexuellement harmonieuse. La principale différence est que le monde d'aujourd'hui est plus égalitaire qu'il ne l'était à l'époque de Vatsyayana. Le Kama-sutra était une sorte de manuel du parfait homme d'affaires, traitant du sexe plutôt que de l'argent. Il était destiné aux hommes parce que les femmes avaient alors un rang social inférieur. Mais les femmes ne sont pas pour autant absentes des préoccupations de l'auteur : des pages entières sont consacrées à l'excitation et la stimulation de la partenaire, et ces instructions sont explicites. Le "travail de l'homme" inclut les baisers, les étreintes, les caresses et les égratignures, et si la femme venait à n'être pas satisfaite par l'union, Vatsyayana suggère alors que "l'homme doit lui frotter le yoni (vulve) avec sa main et ses doigts". Il préconise même des positions spécifiques en fonction des caractéristiques comparées du couple. Le "haut congrès" permet une pénétration maximale, lorsqu'un homme avec un petit lingam (pénis) fait l'amour à une femme au vagin profond. Le "bas congrès" facilite la pénétration pour un homme au large pénis et une femme au vagin étroit.
Bien que le Kama-sutra soit généralement considéré comme un livre consacré au sexe, il traite également des manières, de la façon de vivre et des arts qu'un être cultivé se doit de pratiquer. Si certains des sujets abordés dans le manuscrit original paraissent étranges aujourd'hui (l'art d'apprendre à parler aux perroquets et aux sansonnets, par exemple), de nombreux arts sensuels, comme le bon usage des parfums, de la musique et de la nourriture, concernent toujours les pratiques sexuelles modernes.
Durant ces quarante dernières années, d'importantes études ont été effectuées sur la sexualité humaine. De nombreux chercheurs et sexologues, comme Masters et Johnson, Kinsey et Shere Hite, ont décrit de façon détaillée les nombreuses facettes de l'activité sexuelle, depuis la masturbation jusqu'aux caresses préliminaires et aux rapports sexuels. L'une des nombreuses tragédies du IIIe Reich fut d'avoir détruit des décennies de recherches en sexologie, que les spécialistes américains n'ont pu rattraper que dans les années soixante-dix. Les textes traitant d'amour et de sexe, comme le Kama-sutra, sont bien peu nombreux, mais ils nous offrent une vision extrêmement riche de ces sujets d'un point de vue culturel et historique.

Le Kama-sutra n'était que l'un des nombreux traités sexuels orientaux traduits et publiés en Occident, et nous devons pour cela remercier le célèbre explorateur victorien sir Richard Burton et son collègue, Forster Fitzgerald Arbuthnot. L'Anangaranga, Le Jardin parfumé et le Tao - qui figurent et sont cités dans ce livre - ont également beaucoup à offrir.
Deux ans après la publication du Kama-sutra en Occident, Burton et Arbuthnot firent paraître l'Anangaranga. Ce texte était spécifiquement destiné à prévenir la séparation des époux. Son auteur, Kalyanamalla l'explique : "La principale cause de séparation dans un couple et la raison qui pousse un mari dans les bras de femmes étrangères ou la femme dans les bras d'hommes étrangers est le besoin de plaisirs variés et la monotonie qui suit la possession." Ecrit vers 1172, l'Anangaranga est un recueil de textes érotiques reprenant des extraits du Kama-sutra. Son titre se traduit par "Théâtre de l'intangible", en référence à Kama, le dieu hindou de l'amour, qui devint un esprit intangible lorsque son corps fut réduit en cendres par un regard du troisième oeil du dieu Shiva.
Ce livre fut publié peu avant le début des croisades, époque où les échanges culturels entre Orient et Occident furent nombreux. A leur retour, les croisés introduisirent des pratiques jusque-là inconnues en Europe, notamment sexuelles. Les puissants guerriers des croisades qui avaient survécu à des années de combat avaient apprécié l'"éducation sensuelle" qu'ils avaient reçue dans les harems d'Arabie, d'Afrique du Nord et de Syrie. L'Europe y gagna une sexualité plus raffinée, ainsi que d'autres délicatesses érotiques, comme l'hygiène et l'art des jeux préliminaires. C'est grâce à ces concepts importés d'Arabie que l'Occident apprit à bien faire l'amour.

Il fallut en revanche attendre l'époque victorienne pour voir enfin apparaître en Occident des traités écrits abordant l'ancienne et très imaginative culture érotique arabe. Le Jardin parfumé est la traduction d'un vieux manuscrit arabe découvert en Algérie au milieu du XIXe siècle par un officier français en poste en Afrique du Nord. L'auteur du manuscrit original, le cheikh Nefzaoui, vivait probablement à Tunis au XVIe siècle. Le cheikh Nefzaoui avait une connaissance des réactions sexuelles et de l'anatomie humaine bien plus étendue que celle des anciens hindous. Cela n'est pas tout à fait surprenant, si l'on considère que les médecins arabes étaient alors extrêmement réputés et exerçaient dans les villes importantes de l'Ancien Monde. D'un point de vue prétique, la plupart des conseils du cheikh Nefzaoui sont judicieux et fondés sur un solide bon sens : il recommande, par exemple, d'éviter certaines positions parce qu'elles "prédisposent aux douleurs rhumatismales et à la sciatique".
Même s'il n'avait pas effectivement identifié la zone que nous appelons maintenant "point G", il avait remarqué que certaines positions provoquaient un plaisir particulièrement intense chez les femmes. A la lecture de ce texte on est rapidement convaincu que le cheikh Nefzaoui devait avoir une profonde expérience des choses du sexe.
Le Jardin parfumé, tout comme le Kama-sutra, est bien plus qu'un simple manuel technique : le cheikh Nefzaoui aborde également les nourritures sensuelles, les aphrodisiaques et les types d'hommes et de femmes qu'il juge désirables.
Le Jardin parfumé fut la troisième des publications de sir Richard Burton pour la Hindoo Kama Shastra Society (Société hindoue d'érotologie, Kama étant l'amour et Shastra la science). Cette société avait pour but la traduction des textes rares et importants consacrés à l'amour et au sexe. Une partie du texte original du Jardin parfumé traitait des pratiques homosexuelles, et fut également traduite par Burton. Il venait de terminer ce chapitre lorsqu'il mourut (le 20 octobre 1890), et sa femme, opposée au projet, jeta la traduction au feu. Heureusement, tout ne fut pas perdu, car le collègue de Burton, le docteur Grenfell Baker, réussit à en reproduire la plus grande partie grâce aux conversations qu'il avait eues avec Burton avant sa mort.

Le Tao est l'expression de la sagesse chinoise ancienne. Il est plus ancien que les trois autres livres, en ce sens qu'il exprime une science de la vie qui fut développée si tôt qu'elle précède les traditions de l'Egypte, de l'Inde et de la Grèce antiques. Le Tao est une sagesse qui repose sur huit piliers : la philosophie, la revitalisation, une alimentation saine, les "aliments oubliés", la médecine, la sagesse sexuelle, la maîtrise et le succès. La sexologie taoïste prône l'usage du sexe et de l'énergie sexuelle pour améliorer sa santé, harmoniser ses relations et développer sa vie spirituelle.
Les taoïstes pensent que la stimulation sexuelle doit être prolongée pour atteindre le paroxysme de l'excitation.



Les maladies vénériennes


Alors que les maladies sexuellement transmissibles (MST) existaient déjà à l'époque de la rédaction du Kama-sutra, Vatsyayana n'en fait pas mention. Les hommes et les femmes ont toujours cherché à éviter de telles infections, mais les protections, qui étaient autrefois importantes, sont devenues aujourd'hui indispensables. On doit cette évolution du comportement sexuel à la propagation tragique du sida (syndrome d'immunodéficience acquise). L'expression "sexe à moindre risque" décrit les activités sexuelles qui rendent peu probable l'exposition des participants au VIH (virus de l'immunodéficience humaine), qui est l'agent responsable du sida. Le principe du "sexe à moindre risque" est d'éviter les échanges de fluides corporels (sperme, sécrétions vaginales, sang), parce que ces échanges sont le moyen de transmission le plus courant du virus. Le moyen le plus efficace de minimiser les risques de contamination lors de rapports sexuels est l'usage de préservatifs associés à un spermicide.



La minimisation du risque


Lorsqu'une confiance parfaite existe et que chacun en sait assez sur l'histoire sexuelle de l'autre, les pratiques du "sexe à moindre risque" sont inutiles. Mais il est toujours possible qu'un nouveau partenaire soit infecté. Les nouveaux partenaires doivent toujours s'en tenir à ces pratiques, jusqu'à se connaître assez pour pouvoir être certains de l'absence totale de risque.



Le sexe sans pénétration


Comme le savent tous les amants ayant un tant soit peu d'expérience, la pénétration n'est pas systématique dans les rapports sexuels. Les baisers, les étreintes, les caresses et les massages expriment l'intimité avec éloquence et sans risque d'infection par le VIH. La masturbation mutuelle peut également être une solution, mais le partenaire actif doit éviter tout contact avec le sperme ou les sécrétions vaginales de l'autre si ses mains portent la moindre coupure, abrasion ou blessure.
Les rapports bucco-génitaux sont une activité à haut risque, en particulier si les fluides sont avalés. Un certain degré de protection peut être assuré par l'usage d'un préservatif pour la fellation, ou d'une barrière de latex (digue dentaire) pour le cunnilingus, mais ces méthodes ne sont pas parfaitement sûres.
En acceptant les activités sexuelles sans pénétration dans sa relation, un couple qui a des raisons de suspecter la possibilité d'une transmission du virus en viendra à moins dépendre du sexe coïtal. Lorsque le coït a effectivement lieu, il est toujours nécessaire d'utiliser un préservatif.



Le VIH et le développement du Sida


Lorsque le VIH a contaminé le sang, il s'attaque au système immunitaire, le mécanisme complexe qui permet à l'organisme de se défendre contre les infections. Les dommages causés rendent le corps vulnérable aux nouvelles infections et l'exposent à des maladies qui autrement seraient rares, dont certains types de cancers et de pneumonies. Lorsqu'une personne commence à développer ce type de maladies, on considère que son sida est déclaré. Ce sont ces maladies et non pas le VIH en lui-même, qui mènent à la mort.

Infections et incubation
Lorsqu'une personne est infectée par le VIH, celui-ci est présent dans son sang. Il est également présent dans le sperme des hommes infectés et dans les sécrétions vaginales des femmes infectées. Toute personne entrant en contact intime avec ces fluides, prend le risque de contracter le virus.
Une fois que le virus est entré dans le sang, il n'existe aucun moyen de s'en débarrasser et le sida se déclare généralement dans les huit à dix ans. On ne peut, en revanche, contracter le VIH par de simples contacts quotidiens avec un malade. Par exemple, le virus n'est pas transmis par une poignée de main, une toux, un éternuement, ni par un objet que le porteur du virus aurait touché.



Les préservatifs


Le préservatif est la pierre angulaire du "sexe à moindre risque". Il réduit non seulement le risque de contamination par le VIH, mais protège aussi des autres maladies sexuellement transmissibles - ainsi que des grossesses. Les principales objections apportées au port des préservatifs est que leur pose interrompt le déroulement des rapports et qu'ils réduisent la sensation pour l'homme. Le premier problème se résout facilement, si l'on prend l'habitude de faire de sa pose une expérience érotique et une partie intégrante de préliminaires. La deuxième objection est parfois vraie, mais une légère perte de sensation est un faible prix à payer en regard de la protection contre le VIH et autres infections comme la syphilis et l'herpès.

L'usage du préservatif
Faites de la pose du préservatif sur le pénis de votre partenaire un geste intime, sensuel et érotique et intégrez ce geste à vos habitudes sexuelles. Commencez par lui masser délicatement les parties génitales, puis faites évoluer le mouvement de votre main du massage vers un début de masturbation.
Otez soigneusement le préservatif de son emballage, chassez-en l'air en serrant l'extrémité entre le pouce et l'index (une bulle d'air prisonnière pourrait le faire éclater durant le coït), puis déroulez-le sur le pénis d'un geste lent, régulier et sensuel. Si votre partenaire n'est pas circoncis, faites sortir doucement le gland du prépuce avant de poser le préservatif.

Choisir et utiliser ses préservatifs
Le préservatif doit être de bonne qualité. Pour une sécurité maximale, évitez les marques inconnues et les modèles étranges et vérifiez la date de péremption. Il est par ailleurs tout aussi important de l'utiliser correctement : s'il n'est pas assez serré, il peut glisser du pénis et laisser échapper du sperme dans le vagin durant le coït.
Les préservatifs ne doivent jamais être réutilisés. Evitez également de les mettre en contact avec des corps gras, comme les huiles et crèmes de massage et les dérivés d'hydrocarbures (vaseline). Les préservatifs sont faits de latex et cette matière s'abîme ou s'affaiblit au contact des huiles. Si un lubrifiant est nécessaire, recourez à des produits spécifiques.
Certaines personnes n'aiment pas les préservatifs, mais il s'agit d'une aversion acquise, qui peut être désapprise relativement facilement. Il est également possible d'utiliser des préservatifs féminins.
Pour vous protéger des infections durant les rapports bucco-génitaux, utilisez des barrières orales (digue dentaire) pour le cunnilingus et des préservatifs pour la fellation ; les préservatifs parfumés peuvent rendre la fellation plus agréable pour la femme.



Faire durer le plaisir


Un homme et une femme réellement attachés l'un à l'autre voudront prolonger l'intimité unique que procurent les rapports sexuels, en restant physiquement et émotionnellement proches. Venant juste de réaffirmer un lien très personnel, certains couples trouvent qu'ils discutent plus facilement après l'amour de sujets importants pour les aspects communs ou individuels de leur vie. Il est important d'être capable de communiquer sur votre vie sexuelle et tout particulièrement sur les évolutions que vous voudriez lui apporter. Certains couples parlent de ces choses en faisant l'amour et d'autres après, alors qu'ils en évoquent les plaisirs et parfois les déceptions qu'ils viennent de partager. Souvent, un couple désirera tout simplement recommencer, auquel cas il sera peut-être nécessaire pour la femme de masturber son partenaire pour obtenir une nouvelle érection. S'ils n'ont pas l'intention de refaire l'amour, mais que la femme n'a pas encore été satisfaite, l'homme peut alors masturber sa partenaire pour l'aider à atteindre l'orgasme.

Que faire après
Le Kama-sutra, conscient du fait que les amants désirent prolonger l'intimité particulière que crée entre eux l'union sexuelle, les conseille sur les plaisirs sensuels qu'ils peuvent partager immédiatement après. Les détails ont, inévitablement, changé à travers les siècles, mais les principes qui définissent les recommandations de Vatsyayana sont toujours actuels :
"A la fin du congrès, les amants, avec modestie et sans se regarder l'un l'autre, iront séparément au cabinet de toilette. Ensuite, assis à leurs mêmes places, ils mangeront quelques feuilles de bétel et le citoyen appliquera de sa propre main sur le corps de la femme un onguent de pur santal ou de quelque autre essence. Il l'enlacera alors de son bras gauche et, avec des paroles aimables, la fera boire dans une coupe qu'il tiendra de sa propre main, ou lui donnera de l'eau. Ils pourront manger des douceurs outre autres choses, selon leurs goûts, et boire des jus frais, du potage, du gruau, des extraits de viande, des sorbets, du jus de mangue, de l'extrait du jus de citronnier sucré, ou toute autre chose qui soit appréciée dans leur pays et connue pour être douce, agréable et pure."

Maintenir l'harmonie
La plupart des amants ne souhaitent pas dissiper trop rapidement le charme des instants qui suivent l'amour en se contentant de se retourner et de s'endormir, ou en faisant quoi que ce soit d'exigeant, physiquement ou intellectuellement. Certains se contentent de rester simplement étendus dans les bras l'un de l'autre, tandis que d'autres apprécient de se masser doucement. S'ils choisissent de se lever, ce peut être pour manger ensemble, ou pour se livrer à une activité peu contraignante, comme écouter de la musique ou faire une promenade.