Médecine
LES TROUBLES DU SOMMEIL
LE SOMMEIL est un état physiologique obligatoire, dont
dépend l'équilibre de l'humeur, des rythmes biologiques, et du bon fonctionnement hormonal.
Mais il ne sert pas à se reposer, car le cerveau reste actif pendant que l'on dort. Le sommeil
occupe un tiers de notre existence. La privation de sommeil peut être grave et dangereuse :
elle peut entraîner des modifications de la personnalité, des hallucinations voire un délire
de persécution. Toutefois, nous ne savons toujours pas pourquoi nous dormons.
Chez l'homme adulte, le sommeil est organisé en cycles de 60 à 100 minutes (mn). Chaque
cycle comporte successivement les stades 1 et 2 du sommeil lent léger, les stades 3 et 4 du
sommeil lent profond, puis le sommeil paradoxal. Pendant la période intermédiaire séparant
deux cycles successifs, le sommeil redevient très léger, pouvant provoquer des éveils
nocturnes, surtout chez les petits enfants et les personnes âgées.
Le sommeil provoque de nombreuses modifications au niveau de l'organisme : la
respiration, la température, la tension artérielle se modifient ; les hormones et les
neurotransmetteurs, substances qui circulent dans le sang, varient selon des cycles
réguliers ; des ondes cérébrales, caractéristiques du sommeil, apparaissent et remplacent
celles de l'état de veille.
Le sommeil normal peut être évalué à l'aide d'examens. Ainsi, la polysomnographie
est l'enregistrement simultané de signaux physiologiques durant le sommeil : l'activité
électrique du cerveau (électroencéphalogramme ou EEG), l'activité des muscles des yeux
(électro-oculogramme ou EOG) et l'activité musculaire (électromyogramme ou EMG).
La polygraphie, quant à elle, consiste à enregistrer les signaux respiratoires.
L'aspect du sommeil est appelé hypnogramme.
D'autres méthodes ne faisant pas intervenir les ondes électriques du cerveau, donnent
une idée du sommeil. Citons en exemple l'actimétrie, basée sur le fait que l'on bouge
peu pendant le sommeil et beaucoup pendant l'état de veille.
Pendant le sommeil lent, les tracés obtenus avec le polysomnographe et le polygraphe
deviennent de plus en plus lents. Les globes oculaires ont des mouvements lents, puis
s'immobilisent ; la fréquence respiratoire diminue, l'amplitude des mouvements
respiratoires augmente ; la fréquence cardiaque se ralentit, la pression artérielle
baisse.
Pendant le sommeil paradoxal, le tracé de l'EEG est voisin de celui du stade 1 du sommeil
lent. Les globes oculaires sont en mouvement sous les paupières demeurées closes. A l'exception
de brèves secousses des petits muscles du visage et des doigts, le tonus musculaire est aboli.
La fréquence cardiaque et la pression artérielle demeurées ralenties, sont marquées par de
brusques irrégularités. La fréquence respiratoire est irrégulière.
Le sommeil paradoxal est le moment électif, mais non exclusif, du rêve.
La qualité du sommeil n'est pas liée à sa durée qui n'est pas standardisée et qui se
modifie selon les âges de la vie. La durée totale du sommeil diminue régulièrement avec l'âge.
Ainsi, alors que la durée totale quotidienne du sommeil est de 16 h chez le nourrisson,
avec prédominance de sommeil paradoxal, elle est comprise entre 7 et 9 h chez la personne
adulte. Les personnes âgées ont un sommeil de nuit morcelé et sont amenées à faire la sieste.
En plus de l'âge, d'autres facteurs influent sur le sommeil de l'homme :
- Génétique. Il existe des grands (jusqu'à 10 h et plus par nuit) et des petits
(3 à 5 h par nuit) dormeurs. Chez les premiers, le stade 2 est beaucoup plus important,
alors que les durées du stade 1 et du sommeil paradoxal sont un peu plus élevées.
- Environnement. Le bruit entraîne une perturbation du rythme cardiaque pendant le
sommeil. La durée du sommeil lent profond diminue à haute température, alors que la durée du
sommeil paradoxal diminue à basse température. A haute altitude, la durée du sommeil lent
profond diminue au début.
- Chronobiologie. Le cycle veille-sommeil est soumis à des synchroniseurs des rythmes
endogènes : pour la variation circadienne (période autour de 24 h : alternance
du jour et de la nuit), la durée de sommeil varie selon l'heure du coucher. Pour la variation
ultradienne (de période inférieure à 20 h), l'envie de dormir entre 13 h et 15 h
n'est pas liée au repas de midi.
- Hypnotiques. Ces substances agissent sur le sommeil, en allongeant le stade 2 du
sommeil lent léger, et en diminuant le stade 4 du sommeil lent profond de façon durable, ainsi
que le sommeil paradoxal de façon transitoire.
L'exploration du sommeil et de ses troubles s'est progressivement développée durant les
trente dernières années.
30 à 50 % de la population souffre de troubles du sommeil, au moins une fois dans la
vie.
Il existe plusieurs types de troubles du sommeil :
- L'insomnie consiste en une baisse de la durée habituelle et/ou une modification de
la qualité du sommeil. L'insomniaque se plaint d'un mauvais sommeil, est sujet à des éveils
nocturnes, à une difficulté d'endormissement, à un éveil précoce, ainsi qu'à des problèmes de
vigilance (somnolence) et d'irritabilité le lendemain. L'insomnie transitoire, qui dure en
général moins d'un mois, peut être liée à un stress passager, à l'abus des excitants (tabac,
café, alcool), au bruit, à la chaleur..., mais aussi à une affection physiologique (asthme,
fièvre, toutes sortes de douleurs...). L'insomnie chronique, quant à elle, est provoquée, la
plupart du temps, par la dépression ou l'anxiété. Elle touche 20 à 30 % de la population
au cours de sa vie, surtout le sujet âgé et la femme. Mais dans 15 à 20 % des cas,
l'insomnie n'a pas d'explication. L'insomnie de l'adolescent est en général induite par les
modifications biologiques (pollutions nocturnes, fantasmes...) liées à la puberté. L'adolescent
devient alors anxieux, irritable, parfois boulimique ; il peut même rater ses examens
scolaires. Dans certains cas, il s'agit d'un décalage de l'horloge biologique, que l'on peut
recaler en dehors des périodes scolaires.
Chez l'enfant, le sommeil est nécessaire à la croissance, au bon fonctionnement hormonal,
à la maturation du système nerveux. A l'état normal, il se réveille entre minuit et 5 heures
du matin. Il est alors dit insomniaque, s'il tarde à s'endormir ou à se rendormir, à cause de
problèmes organiques (angine, eczéma...) ou de cauchemars pouvant provoquer cris et pleurs. On
peut prévenir cet état ou y remédier grâce à des paroles apaisantes, des câlins, une histoire,
en évitant le biberon nocturne, mais aussi en faisant appel au pédiatre. Ces perturbations,
rares après trois ans, ne sont pas encore qualifiées de troubles du sommeil avant six mois, et
sont en général liées à la séparation avec la mère.
L'insomnie peut être soignée par des médicaments : antidépresseurs, anxiolytiques,
somnifères. Ces derniers sont à éviter chez les enfants et à utiliser avec prudence chez les
personnes âgées. A long terme, les somnifères peuvent entraîner une dépendance et des pertes
de mémoire. D'autres moyens permettent de lutter contre l'insomnie : la relaxation, la
psychothérapie, la prise d'une infusion (valériane) le soir...
Des neuro-hormones sécrétées par deux glandes, l'hypophyse et l'épiphyse, agissent sur les
rythmes circadiens. Ainsi, la sécrétion de la mélatonine par l'épiphyse est inhibée par la
lumière, et suit des variations circannuelles et circadiennes avec un maximum la nuit.
- Le ronflement ou ronchopathie est une affection qui touche entre cinq cent
mille et un million de personnes en France, avec une prédominance masculine. Il est rare chez
les jeunes, alors que deux hommes sur trois entre 40 et 65 ans en souffrent. Il est facilité
par l'obésité, l'absorption d'alcool et les repas copieux. Le ronflement est dû à la vibration
rapide (entre 25 et 200 fois par seconde) du voile du palais, et plus exactement des parois du
pharynx, situé au carrefour des voies respiratoires entre les fosses nasales et le larynx.
Pendant le sommeil, la relaxation musculaire et la position sur le dos entraînent un
rétrécissement du conduit pharyngé ; si ce dernier est anormalement étroit, l'écoulement
de l'air y est perturbé, d'où le ronflement.
Dans certains cas, le rétrécissement pharyngé est total, l'air ne peut plus passer, ce qui
engendre l'apnée obstructive du sommeil, interruption plus ou moins prolongée de la
respiration (asphyxie). Le syndrome d'apnées obstructives du sommeil ou SAOS est une véritable
maladie qui touche 10 % des ronfleurs. Lorsqu'il est associé au SAOS, le ronflement peut
en plus entraîner une impuissance, des troubles de mémoire et de la vigilance. Des études ont
montré que le ronflement associé à un SAOS peut provoquer des accidents cardio-vasculaires
mortels entre 4 h et 7 h du matin, mais aussi une hypertension artérielle, une
somnolence excessive pendant la journée.
Pour identifier un SAOS, on peut faire une polysomnographie, mais également un enregistrement
des bruits de la trachée ou un enregistrement de la SaO2, pourcentage de l'hémoglobine saturée
en oxygène, mesure basée sur la propriété du sang d'absorber différemment les rayons lumineux
qui le traversent selon sa teneur en oxygène.
Actuellement, il n'existe aucun traitement médicamenteux du ronflement. Mais plusieurs moyens
permettent de lutter contre cette affection. Tout d'abord, une meilleure hygiène de vie
(limitation du tabac, de l'alcool, perte de poids, arrêt de somnifères) est vivement
conseillée. Aussi, des résultats inespérés ont été obtenus avec la rééducation du ronfleur
pendant le sommeil : un signal sonore se déclenche dès qu'il se met sur le dos.
Chez l'enfant, le ronflement peut être lié à un développement anormal des os de la face, ou à
une hypertrophie des amygdales et/ou des végétations. Dans ce cas, seul le traitement
chirurgical permet de supprimer le ronflement. L'intervention chirurgicale est pratiquée
depuis les années cinquante : elle consiste à élargir le pharynx en supprimant la partie
basse du voile mou du palais, ainsi que la luette.
Plus récente et pratiquée avec une anesthésie locale, la chirurgie au laser est réalisée pour
l'ablation du voile du palais, ou alors pour brûler les tissus concernés qui se rétractent en
cicatrisant. Dans certains cas, le ronflement est engendré par un obstacle nasal : la
dilatation narinaire est alors réalisée par chirurgie.
A défaut d'un traitement médicamenteux spécifique, le SAOS est traité par les mêmes méthodes
que le ronflement : amélioration de l'hygiène de vie, régime alimentaire, rééducation,
pas de consommation de somnifères. De plus, une sécrétion d'hormones thyroïdiennes
(hypothyroïdie) insuffisante entraîne souvent le développement d'un SAOS, qui diminue et même
parfois disparaît, suite à l'administration de ces hormones. Par ailleurs, le manque d'oxygène
lié au SAOS est compensé par un masque ou une canule nasale (oxygénothérapie).
La ventilation en pression positive continue (VPPC) durant le sommeil est une méthode très
efficace, mais il s'agit d'un traitement palliatif, poursuivi durant toute la vie.
Enfin, le traitement chirurgical du SAOS est effectué à plusieurs niveaux : l'ouverture à
travers la peau de la trachée (trachéotomie) ; la chirurgie nasale ;
l'uvulo-palato-pharyngoplastie (UPPP), élargissement du pharynx avec suppression de la partie
basse du voile du palais et de la luette.
- Les troubles du cycle veille-sommeil sont marqués par une sommnolence excessive
durant les heures d'activité, et des insomnies durant les heures de repos. Ce phénomène peut
être lié à une altération endogène ou à un facteur exogène (décalage horaire, par exemple).
- Les parasomnies ou épisodes paroxystiques du sommeil surviennent dans l'enfance,
mais disparaissent plus tard dans la majorité des cas : somnambulisme, énurésie (pipi au
lit), terreurs nocturnes.
- L'hypersomnie ou besoin du sommeil excessif durant la journée, est souvent
d'origine psychologique : anxiété, dépression, stress psychique intense. Elle affecte la
majorité des adolescents, mais également des vieillards. Elle est aussi engendrée par des
maladies de la vigilance (hypersomnie idiopathique, hypersomnie récurrente,
narcolepsie-cataplexie), le SAOS, les somnifères...
Montpellier - Juin 2000
Diana BOUAYAD-AMINE
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