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Médecine

La tuberculose


LA tuberculose est connue depuis des siècles. Autrefois, on l'appelait "consomption". Il s'agit d'une maladie grave qui s'attaque habituellement aux poumons, mais qui peut toucher aussi d'autres parties du corps, dont le cerveau, les ganglions lymphatiques et les os. Bien que la tuberculose puisse être complètement traitée à l'aide d'antibiotiques, elle demeure un problème de santé important et elle tue jusqu'à trois millions de personnes chaque année dans le monde entier, particulièrement dans les pays pauvres (Asie, Amérique du Sud, Afrique).
Elle est en recrudescence depuis une quinzaine d'années (environ 10 millions de nouveaux cas par an dans le monde).
En 1993, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré la tuberculose "urgence mondiale".
On estime que d'ici à 2020, si la lutte n'est pas renforcée, on comptera près d'un milliard de nouvelles infections, 150 millions de nouveaux malades et 36 millions de décès par tuberculose.


Cause


Mycobacterium tuberculosis dit bacille de Koch (BK) : découvert en 1882 par l'Allemand Robert Koch (1843-1910), prix Nobel 1905. Le 24 mars, date de cette découverte, a d'ailleurs été déclaré Journée mondiale de la tuberculose par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour rappeler que cette maladie fait l'objet d'une épidémie hors contrôle dans une bonne partie du monde.
En 1998, un premier gène de virulence a été identifié.


Causes favorisantes


Pauvreté, malnutrition, diabète, ulcère gastrique, maladie infectieuse grave, fatigue inhabituelle (grossesse, surmenage...), faible poids corporel, transplantation, contaminations importantes et répétées, sida, et surtout alcoolisme et abus de drogues.
Les bébés, les enfants d'âge préscolaire et les personnes âgées sont également exposés à un risque accru, car leurs systèmes immunitaires sont plus faibles que celui des adultes en bonne santé.
Par ailleurs, selon des recherches faites sur les animaux et des observations chez les humains, certaines déficiences en nutriments semblent favoriser une plus grande incidence de la tuberculose : une déficience en protéines, en vitamine B12 (plus courante chez les végétariens), en vitamine D et en zinc.
On rencontre la tuberculose de façon plus endémique dans les pays économiquement défavorisés. L'OMS en a identifié 22 comme étant à haute incidence ; sauf la Chine et la Fédération de Russie, ils sont tous en Asie du Sud-Est (l'Indonésie, les Philippines, le Vietnam, la Thaïlande, le Myanmar (ancienne Birmanie), le Cambodge), au Moyen-Orient (l'Afghanistan, le Bangladesh, le Pakistan) ou en Afrique (le Niger, l'Afrique du Sud, l'Éthiopie, le Congo, la Tanzanie, le Kenya, l'Ouganda, le Zimbabwe, le Mozambique). Dans ces pays, la prévalence dans les prisons est souvent 100 fois plus élevée que dans la population générale. Les camps de réfugiés présentent aussi un problème de taille.
En Occident, la maladie est plus répandue dans les milieux défavorisés, chez les autochtones, les sans-abri, les utilisateurs de drogues intraveineuses, les personnes atteintes de sida et les gens nés à l'étranger dans un pays où l'incidence de tuberculose est élevée.
L'infection par le VIH multiplie par 30 le risque de voir apparaître le stade actif de la tuberculose.


Contagion


L'homme est le seul réservoir du germe et représente le principal agent de transmission de la bactérie.
Par voie aérienne (fines gouttelettes se transformant en noyaux microscopiques en suspension dans l'air). La contagion est rarement digestive (bacille bovin dans le lait).
La tuberculose n'est pas aussi contagieuse que de nombreuses autres maladies, y compris la grippe et la varicelle.
Une fois que les bactéries ont pénétré l'organisme, deux scénarios peuvent se présenter : soit qu'elles sont éliminées rapidement (dans 50 % des cas), soit l'organisme les "emprisonne" et la personne devient un porteur sain, c'est-à-dire qu'elle est infectée par la bactérie sans avoir de symptôme. Si, pour une raison quelconque (comme une maladie), le système immunitaire du porteur sain s'affaiblit, les bactéries prolifèrent et commencent à endommager les tissus ; c'est ce qui se produit chez 5 à 10 % des personnes porteuses. Lorsqu'un traitement médicamenteux préventif est administré à une personne touchée par une infection tuberculeuse latente, le risque de développer la maladie par la suite diminue à 1 ou 2 %.
Pour développer une infection, une personne doit habituellement passer beaucoup de temps avec une personne ayant reçu un diagnostic de tuberculose évolutive. Par exemple, en passant plusieurs heures, tous les jours pour quelques mois. On ne peut pas contracter l'infection tuberculeuse en donnant une poignée de main, en s'assoyant sur un siège de toilette ou en partageant la vaisselle utilisée par une personne tuberculeuse. La tuberculose se propage dans l'air lorsqu'une personne atteinte de tuberculose infectieuse tousse ou éternue.
Une personne infectée par le bacille tuberculeux peut développer la tuberculose si son système immunitaire est incapable d'empêcher la croissance du bacille. Le risque de développer la tuberculose est le plus élevé durant les deux premières années de l'infection.
Environ 10 % des adultes infectés développeront la tuberculose au cours de leur vie.


Symptômes


La maladie peut évoluer en plusieurs phases :
  • La primo-infection tuberculeuse :
    Elle correspond au premier contact de l'organisme avec la bactérie. La contamination se fait par voie aérienne (inhalation de micro-gouttelettes contenant les bactéries présentes dans les sécrétions respiratoires des patients infectés) entraînant des lésions pulmonaires (on parle de chancre pulmonaire, avec des ganglions intrathoraciques). La multiplication de la bactérie entraîne une réponse immunitaire et une nécrose caséeuse (défense de l'organisme destinée à empêcher le développement des bactéries et à favoriser leur destruction). Dans 9 cas sur 10, la primo-infection tuberculeuse évolue spontanément vers la guérison définitive (sans traduction clinique ni radiologique). Les formes graves de la primo-infection sont la pleurésie et la méningite ;

  • La tuberculose pulmonaire chronique :
    Son début est rarement caractéristique ou aigu (fièvre, toux, crachats purulents, fièvre vespérale). Des lésions infiltratives destructrices (cavernes) et fibreuses des poumons évoluent par poussées. Certaines maladies favorisent sa survenue (diabète, alcoolisme, dénutrition...) après une primo-infection tuberculeuse. La bactérie peut alors atteindre de nombreux organes (poumon, rein, os, cerveau) ;

  • Autres localisations :
    Tuberculose ostéo-articulaire, coxalgie (atteinte de la hanche), mal de Pott (colonne vertébrale), tumeurs blanches aux articulations (coudes, genoux, poignets...), tuberculose rénale ou génitale (souvent cause de stérilité chez la femme), tuberculose intestinale, adénopathies tuberculeuses atteignant souvent les ganglions du cou, méninges, rein... Mais ces localisations sont plutôt rares.


Prévention


Le vaccin BCG antituberculeux n'offrirait pas de protection absolue (son efficacité varie entre 0 % et 80 %), ni permanente. C'est pourquoi il est peu utilisé dans les pays occidentaux.
Ce vaccin peut prévenir l'infection du cerveau par la tuberculose chez les enfants, mais pas l'infection pulmonaire chez les adultes.
Les personnes à risques ou qui pensent avoir été en contact avec un malade en phase active peuvent subir un test cutané. Dans le cas où une infection tuberculeuse latente est décelée, un traitement préventif aux antibiotiques permet, dans 70 % à 90 % des cas, d'éviter le passage au stade de la maladie. Vu le petit nombre de microbes en cause dans les infections latentes, le traitement préventif ne comprend généralement qu'un seul médicament - parfois deux - prescrit quotidiennement pendant six à neuf mois.


Comment réduire les risques ?


Si vous faites partie de l'un des groupes à risque et que vous croyez avoir été exposé aux bacilles tuberculeux ou si vous avez des symptômes de la maladie, vous devez consulter votre médecin.
Un test cutané peut déterminer si vous êtes atteint d'une infection tuberculeuse. Si tel est le cas, il est important d'empêcher l'affaiblissement de votre système immunitaire. Le traitement à l'aide d'antibiotiques permettra à votre système immunitaire de combattre les bactéries et de prévenir le développement de la maladie.
Vous devrez peut-être subir des tests supplémentaires ou passer des radiographies pulmonaires pour déterminer si vous avez la tuberculose. Toute personne atteinte de tuberculose doit prendre des antibiotiques pour une période d'au moins six mois afin de détruire les bacilles tuberculeux.
Les personnes qui ne terminent pas l'antibiothérapie risquent davantage de développer une souche de tuberculose résistante aux antibiotiques et plus difficile à traiter. Elles risquent aussi de propager plus facilement l'infection aux autres.


Traitements

  • Le sanatorium :
    Même avant que sa nature infectieuse soit établie, on isolait - parfois de force - les personnes atteintes de tuberculose pour éviter qu'elles ne contaminent la population. On doit à un botaniste allemand du nom de Hermann Brehmer l'"invention" du sanatorium : atteint de la maladie, on dit qu'il alla séjourner dans l'Himalaya dans l'attente de la mort et que, à sa grande surprise, il y recouvra la santé. Il revint en Allemagne et ouvrit un établissement selon la recette "air pur, temps frais, soleil, repos complet, nourriture abondante". De tels établissements furent rapidement ouverts ailleurs en Europe et, plus tard, en Amérique du Nord.

  • Les antibiotiques :
    Les antituberculeux les plus courants sont l'isoniazide, la rifampicine, le pyrazinamide, la streptomycine et l'éthambutol.
    La mise au point de ces antibiotiques relégua presque aussitôt le sanatorium à l'histoire.
    La croyance généralisée, à ce moment-là, fut que la tuberculose allait un jour être complètement éradiquée. Après un déclin régulier, dans les pays industrialisés, qui s'est poursuivi jusqu'au début des années 1980, la maladie a ensuite repris une pente ascendante - notamment chez les sans-abri, les usagers de drogues intraveineuses et les personnes atteintes de sida.

  • Le DOTS :
    Mis au point par le Docteur Karel Styblo, le DOTS (acronyme anglo-saxon de "traitement de brève durée sous surveillance directe") a été adopté au niveau mondial en 1991.
    Le DOTS consiste en cinq éléments : engagement politique, services d'examen microscopique, approvisionnement en médicaments, systèmes de surveillance et utilisation de schémas thérapeutiques hautement efficaces sous surveillance directe. Une fois les cas de tuberculose infectieuse diagnostiqués (frottis positifs à l'examen microscopique), les agents de santé, les agents communautaires et les bénévoles ayant reçu la formation requise, surveillent directement les malades pour s'assurer qu'ils prennent la dose d'antituberculeux prescrite pendant toute la durée du traitement (de six à huit mois).
    Après deux mois de traitement, et à nouveau à la fin du traitement, on procède à un nouvel examen des crachats pour faire le point des progrès accomplis. Un système d'enregistrement et de notification permet de suivre les progrès des malades ainsi que le résultat final du traitement.
    Environ dix millions de cas infectieux ont bénéficié d'un traitement DOTS efficace.
    Dans la moitié de la Chine, les taux de guérison chez les nouveaux cas atteignent 96 %. Au Pérou, l'utilisation généralisée de la stratégie depuis plus de cinq ans s'est soldée par la guérison de 91 % des cas et une baisse de l'incidence.
    A la fin de 2000, les 22 pays les plus touchés, où surviennent 80 % des cas incidents, avaient tous adopté la stratégie DOTS. Cinquante-cinq pour cent de la population mondiale avaient accès à la stratégie DOTS, soit deux fois plus qu'en 1995. La même année, 27 % du total estimatif des cas de tuberculose étaient traités dans le cadre de cette stratégie, soit deux fois et demi le nombre signalé en 1995.
    L'objectif de l'OMS est de dépister 70 % des cas nouveaux de tuberculose infectieuse et de guérir 85 % des cas dépistés. Dix pays avaient atteint cet objectif en 2000. Les gouvernements, les organisations non gouvernementales et la société civile doivent continuer à améliorer la lutte contre la tuberculose pour permettre la réalisation de ces objectifs partout dans le monde.


Législation en France


La vaccination par le BCG est obligatoire depuis le 5-01-1950 pour l'entrée en collectivités et pour les enfants de moins de six ans. Elle est précédée d'un test cutané.
Le test cutané. Le seul moyen de déceler la présence de bactéries latentes est par un test cutané spécifique à cette maladie. On injecte une minuscule quantité de tuberculine (protéine purifiée de Mycobacterium tuberculosis) sous la peau, et la réaction, 72 heures plus tard, peut indiquer la présence de la bactérie. Il faut parfois plusieurs semaines de présence bactérienne avant que le test l'indique. Un test positif signifie seulement la présence de bactéries, qui peuvent avoir été rendues dormantes par le système immunitaire.
La radiographie pulmonaire. Après un test cutané positif, le médecin peut exiger un rayon X pour déceler la présence de :
  • bactéries entourées de macrophages, qui créent des zones opaques sur la radiographie ;
  • nodules ou cavités, causés par les bactéries ;
  • signes de pneumonie ;
  • liquide dans les poumons.
N.B. La maladie est déclarée lorsque le test cutané est positif et que les poumons sont visiblement affectés sur la radiographie.


Que faire en cas de rechute ou de résistance au traitement ?


Quand un traitement a été trop court ou pris irrégulièrement, les bacilles peuvent devenir résistants à certains antibiotiques. On doit alors choisir d'autres antibiotiques dont la sensibilité est testée (antibiogramme). Le traitement adapté sera en général prolongé et impose un isolement en milieu hospitalier spécialisé.
C'est dire l'importance d'un traitement pris régulièrement et complètement, afin de prévenir les tuberculoses à bacilles résistants.


Traitements non conventionnels


Une personne atteinte de la tuberculose ne peut probablement recourir aux produits naturels que comme adjuvants aux médicaments conventionnels, étant donné que les propriétés antimicrobiennes des plantes ne sont pas comparables à celles des antibiotiques.
L'Organisation mondiale de la Santé indique que la réglisse fait partie des pharmacopées traditionnelles pour soigner la tuberculose. La Commission Européenne reconnaît l'usage de la réglisse pour traiter les inflammations du système respiratoire, mais sans mentionner la tuberculose. Des recherches récentes de laboratoire ont révélé ses puissantes propriétés antibactériennes susceptibles de pouvoir s'appliquer dans les infections pulmonaires sévères.
Les stérols et les stérolines végétaux, des gras végétaux naturels présents dans plusieurs fruits et légumes, pourraient être prometteurs pour les personnes dont la tuberculose est multirésistante aux antibiotiques.


Adresse


Comité national contre les maladies respiratoires et la tuberculose
66, boulevard Saint-Michel
75 006 Paris

Montpellier - 31 Mars 2004

Diana BOUAYAD-AMINE




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