Loisirs
Le théâtre
A l'origine, le théâtre avait une fonction religieuse et sacrée, servant d'exutoire et permettant aux citoyens d'évacuer les tensions sociales à travers leur représentation sur la scène : dans la Grèce antique, la tragédie, puis la comédie jouèrent ce rôle véritablement purificateur dans la société. Aujourd'hui, le théâtre a beaucoup perdu de son caractère sacré et mystérieux, mais une certaine osmose entre spectateurs et comédiens peut encore se produire au cours des représentations.
Pour un comédien, en revanche, le plaisir de jouer est resté le même : celui d'incarner, face à une assemblée, dans un espace un peu magique, un personnage, et d'exprimer, selon les rôles et les techniques théâtrales, des pensées et des sentiments qui ne lui appartiennent pas, mais qu'il tire de sa propre expérience. Cette nécessaire métamorphose explique que le théâtre soit souvent un excellent remède à la timidité.
Le panorama du théâtre en France s'est profondément modifié après 1945. Jusqu'alors, Paris avec ses nombreux théâtres et sa longue tradition du spectacle s'opposait à une sorte de "désert français". La province comptait bien une cinquantaine de théâtres, mais ceux-ci étaient vieillots et sans âme, ne sortant de leur léthargie que pour abriter d'éphémères tournées.
Le tournant des années cinquante
A l'instar d'hommes tel Jean Vilar, fondateur du festival d'Avignon et directeur du Théâtre national populaire (T.N.P.) à partir de 1951, des animateurs de talent vont oeuvrer pour un théâtre original, indépendant et décentralisé. Des expériences nouvelles fleurissent un peu partout : Grenoble (1945) et Saint-Etienne (1947), dirigées par Jean Dasté ; Lyon (1953) et Villeurbanne (1957), sous la direction de Roger Planchon...
Quelques années plus tard, les maisons de la culture créées par le ministre André Malraux serviront de lieu d'accueil et de centre de création. Elles contribueront notamment à l'implantation du théâtre dans un certain nombre de villes ouvrières de la banlieue parisienne (Nanterre, Gennevilliers).
Parallèlement, sous l'impulsion de quelques municipalités, apparaîtront des théâtres de qualité : théâtre Gérard-Philippe à Saint-Denis (T.G.P.), théâtre de la Commune à Aubervilliers...
Panorama actuel
A la fin des années soixante, la plupart de ces initiatives furent confirmées par la création de centres dramatiques nationaux (C.D.N.), de théâtres nationaux et de troupes permanentes. La situation est aujourd'hui la suivante :
Théâtres nationaux
Placés sous la tutelle administrative et financière de l'Etat, ils sont au nombre de cinq, dont quatre à Paris :
- Comédie-Française ;
- Odéon (théâtre de l'Europe) ;
- Théâtre national de Chaillot ;
- Théâtre de l'Est parisien (T.E.P.) ;
- Théâtre national de Strasbourg.
Centres dramatiques nationaux
Trente C.D.N., dont six centres dramatiques pour la jeunesse, sont implantés dans douze régions françaises. La région Ile-de-France en compte huit (les "Amandiers" à Nanterre, le T.G.P. à Saint-Denis, la "Commune" à Aubervilliers relèvent de ce statut). Les C.D.N. sont liés à l'Etat par un contrat de trois ans.
Les théâtres parisiens
Une cinquantaine de théâtres donnent des représentations à Paris : trente-huit sont privés, quatre relèvent de la ville de Paris (qui intervient surtout au niveau de la responsabilité financière), six ont le statut de théâtre national (à ceux déjà cités, il faut ajouter l'Opéra de Paris et l'Opéra-Comique). En outre, il existe quarante-cinq cafés-théâtres (quatre-vingts en province) et une dizaine de salles à usage de spectacle.
Le répertoire
Une très grande diversité caractérise aujourd'hui l'activité théâtrale en France. En outre, il est difficile d'opérer une classification des théâtres d'après les oeuvres qu'ils présentent, car la plupart versent dans tous les genres en puisant dans le répertoire national et international des pièces de qualité. On peut voir ainsi Shakespeare ou Marivaux à Aubervilliers, mais aussi des oeuvres contemporaines, parfois d'auteurs peu connus.
Le spectacle théâtral est divers non seulement dans son répertoire, mais aussi dans ses adaptations. Celles-ci sont parfois l'oeuvre de directeurs et de comédiens étrangers, qui, avec leur sensibilité spécifique, contribuent à l'élargissement du champ de la création.
La Comédie-Française
Fondée en 1680 par Louis XIV, la Comédie-Française, dénommée aussi Maison de Molière ou encore le "Français", résulta de la fusion des troupes de l'hôtel de Bourgogne et de l'hôtel Guénégaud. C'est en 1799 qu'elle vint s'installer, pour ne plus la quitter, dans l'actuelle salle Richelieu. Investie d'une double mission : sauvegarder le patrimoine dramatique français et augmenter le répertoire, la Comédie-Française disposa à la Libération de deux salles : salle Richelieu pour le répertoire classique, salle de l'Odéon pour la représentation des oeuvres contemporaines. En 1959, les deux théâtres furent à nouveau dissociés (l'Odéon est aujourd'hui le théâtre de l'Europe).
La dernière réforme de la Comédie-Française date de 1975. Théâtre national placé sous la tutelle administrative et financière de l'Etat, la Comédie-Française est exploitée par la Société des comédiens français, composée de sociétaires en activité et dirigée par un administrateur général. Ce dernier est nommé par décret en Conseil des ministres. La troupe est constituée d'une trentaine de sociétaires liés au théâtre pour 10, 15, 20 ans ou plus et d'un nombre variable de pensionnaires (une trentaine environ) recrutés par contrat d'un an renouvelable. Les sociétaires honoraires (une vongtaine) sont parfois appelés à jouer.
Fidèle à sa mission de diffusion des grands classiques, la Comédie-Française inclut dans son répertoire des pièces d'auteurs du XVIIe siècle (Corneille, Molière...), du XVIIIe siècle (Diderot, Malraux...), d'auteurs appartenant au répertoire universel (Schiller, Tchekhov...). La plupart des représentations ont lieu salle Richelieu, mais la troupe se produit également au Petit Odéon, à l'Odéon, dans les salles de province et de banlieue et donne une vingtaine de représentations par an à l'étranger.
Le théâtre de boulevard
Utilisée pour désigner le répertoire des salles situées sur les grands boulevards parisiens, qui ne jouaient autrefois que des mélodrames et des vaudevilles, l'expression "théâtre de boulevard" s'applique à toute pièce dont le caractère léger et facile s'oppose à celui des grandes oeuvres du répertoire littéraire, classique ou contemporain. Avec l'émission "Au théâtre ce soir", la télévision a joué pendant des années un rôle capital dans la promotion du théâtre de boulevard.
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